Séoul avait préparé quatre drones pour prouver que son canon laser fonctionne. Deux ne sont jamais arrivés dans la ligne de mire.
Il y a des démonstrations qui laissent un souvenir impérissable, mais pas toujours celui qu’on espérait. Le 1er octobre, pour le 78e anniversaire de ses forces armées, la Corée du Sud a braqué son arme laser vers le ciel devant les caméras et devant son chef de l’État. Le système a bien brûlé deux drones, qui sont tombés en dégageant une fumée noire du plus bel effet. Le problème, c’est qu’il devait en brûler quatre.
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Deux séquences, deux ratés
La scène se déroule à Gyeryongdae, le complexe qui abrite l’état-major sud-coréen. Dans les tribunes, le président Lee Jae-myung, son ministre de la Défense et le président de l’Assemblée nationale. Les cibles sont des drones civils modifiés, pilotés par un câble en fibre optique. Première séquence, l’un des deux appareils s’écrase dès le décollage parce qu’une rafale a endommagé son câble de commande, et le laser n’engage que le second. Deuxième séquence, les deux volent correctement, le faisceau en détruit un, mais l’autre dérive hors de la zone autorisée à cause des conditions en altitude et les militaires le neutralisent eux-mêmes par sécurité.
Ce que la séance n’a pas pu montrer
Les deux tirs réussis prouvent que l’arme fonctionne contre un drone isolé dans de bonnes conditions. Ils ne disent rien de ce qui intéresse un état-major. Comment le système se comporte-t-il face à une nuée de plusieurs dizaines d’appareils arrivant ensemble ? Que donne-t-il quand la visibilité se dégrade ? Avec deux cibles sur quatre, la démonstration répond à la question facile et laisse les autres en suspens.
【South Korea’s Medium Suicide Drone Fails First Shipboard Launch Test】
On August 25, a medium-sized loitering munition developed by South Korea’s Agency for Defense Development (ADD) underwent its first shipboard launch test from the ROKS Marado amphibious assault ship.
Both… pic.twitter.com/wi57T4goC1
— 笑脸男人 (@lfx160219) August 28, 2026
L’ironie que personne n’a relevée
Voilà le détail savoureux. Ce qui a fait échouer la moitié de l’exercice, c’est le vent et les conditions en altitude. Or ce sont exactement les ennemis d’une arme laser. La Cour des comptes américaine le dit sans détour dans ses travaux sur les armes à énergie dirigée, le brouillard et les intempéries réduisent la portée et la qualité du faisceau, et l’efficacité décroît avec la distance. Un missile se moque du crachin, un laser non. La démonstration a donc involontairement rappelé la vulnérabilité principale de la technologie qu’elle devait célébrer.
Comment on fait tomber un drone sans munition
Le principe n’a rien d’une arme de science-fiction qui pulvérise sa cible. Le système maintient un faisceau de laser à fibresur un point précis du drone jusqu’à ce que la chaleur abîme la cellule ou un organe vital. Le modèle en service développe 20 kW et porte la zone visée à environ 700 °C sur des impulsions de dix à vingt secondes, pour une portée utile d’environ 3 km. L’ensemble tient dans un conteneur de neuf mètres de long. Pas de bruit, pas de traînée lumineuse, pas de douille au sol.

Le tir à 1,25 euro, et ce que le chiffre ne dit pas
C’est l’argument qui fait mouche auprès des budgets. Hanwha, qui a participé à la construction, évalue le coût d’un tir à environ 2 000 wons, soit à peu près 1,25 euro d’électricité, quand un missile intercepteur se compte en centaines de milliers d’euros. Le rapport paraît écrasant, mais ce montant ne couvre que le courant consommé pendant le tir. Il ignore l’achat du système, dont le développement a mobilisé près de 55 millions d’euros depuis 2019, son entretien, et l’alimentation électrique nécessaire pour enchaîner les tirs.
Deux nouveautés présentées sans calendrier
À côté du système en service, Séoul a sorti deux engins inédits. Un véhicule de combat laser monté sur un blindé à roues 8×8, et un prototype remorqué de 100 kW destiné cette fois aux roquettes, aux obus d’artillerie et aux coups de mortier. Aucune date d’entrée en service n’a été communiquée.
| Version | Format | Puissance | Cibles visées |
|---|---|---|---|
| En service depuis fin 2024 | Poste fixe en conteneur | 20 kW | Petits drones |
| Prototype blindé | Véhicule 8×8 à roues | Non communiquée | Petits drones |
| Prototype remorqué | Remorque | 100 kW | Roquettes, obus, mortiers |
Les responsables coréens revendiquent par ailleurs un progrès notable. En remplaçant l’oscillateur importé, la pièce qui génère le faisceau, par un composant national, ils ont fait passer la part de fabrication locale de 76 à 90 % et la puissance de 20 à 30 kW. Le temps nécessaire pour abattre un petit drone à voilure tournante serait tombé de deux à quatre secondes à une ou deux. Nuance importante, personne n’a précisé si le laser utilisé le 1er octobre disposait de ce nouvel oscillateur.
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Cinq semaines, trois ratés publics
L’épisode ne tombe pas dans un ciel serein. Le 25 août, deux munitions rôdeuses tirées depuis un navire d’assaut amphibie se sont écrasées aussitôt après le lancement. L’agence de développement a identifié une trappe de lanceur mal alignée, défaut jamais apparu lors des essais au sol. Le 16 septembre à Pocheon, six missions sur dix-sept ont échoué pendant la première démonstration de technologies de drones militaires du pays, le ministère évoquant des interférences radio dues au nombre d’appareils en vol simultané et à la présence du public. Le diagnostic des analystes coréens est toujours le même. Le pays sait fabriquer, mais il lui manque l’expérience du réel accumulée par ceux qui ont employé ces systèmes au combat, et ses industriels répètent en conditions contrôlées avant de découvrir que le terrain ne ressemble jamais aux répétitions. Le président Lee a d’ailleurs annoncé une accélération sur les intercepteurs laser de forte puissance et les systèmes de commandement assistés par intelligence artificielle.
Sources :
- The Korea Times et SBS, démonstration du 1er octobre 2026 à Gyeryongdae
- Aju Press, synthèse sur les essais coréens, 2 octobre 2026
- Army Recognition, mise en service du système en octobre 2024
- Government Accountability Office, travaux sur les armes à énergie dirigée
