Rallonger un sous-marin de 25 mètres pour y glisser 28 missiles de plus : c’est le pari du nouveau module que la marine américaine vient de dévoiler. De quoi tripler la puissance de frappe de ses sous-marins d’attaque, et changer leur catégorie.
Le 14 septembre 2026, le constructeur General Dynamics Electric Boat a diffusé une photo de la première section de coque baptisée Virginia Payload Module, ou VPM, entièrement achevée.
Sur la photo on peut voir une sorte de « gros boudin » en acier flottant sur une barge, en réalité ce dernier marque une petite révolution pour la flotte sous-marine américaine, appelée à retrouver et démultiplier sa capacité de frappe.
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Le premier module Virginia Payload vient d’être dévoilé et grâce à lui les sous-marins américains vont tripler leur puissance de frappe
Un tronçon qui change tout
Le principe du VPM est d’insérer, au milieu de la coque d’un sous-marin de la classe Virginia, une rallonge de près de 25 mètres bourrée de tubes lance-missiles. Concrètement, ce module ajoute quatre grands tubes verticaux, chacun capable de contenir sept missiles de croisière Tomahawk, soit 28 engins supplémentaires. En additionnant les douze missiles déjà logés dans la proue, un sous-marin ainsi équipé pourra emporter jusqu’à 40 missiles de croisière, contre douze seulement pour les premiers Virginia.
Le Tomahawk, faut-il le rappeler, est l’un des missiles les plus redoutés au monde. Capable de voler à basse altitude sur plus de mille kilomètres pour frapper avec précision une cible terrestre, il permet à un sous-marin tapi au large de menacer des objectifs loin dans les terres, sans que l’ennemi ne le voie venir.
Multiplier par plus de trois le nombre de ces missiles à bord, c’est transformer chaque sous-marin en une véritable arsenal flottant, capable de mener seul une campagne de frappes soutenue.
Quand un sous-marin change de nom
Ce bond de capacité est tel que la marine américaine a décidé de reclasser ces bâtiments. Jusqu’ici, les Virginia étaient des sous-marins d’attaque, désignés par le sigle SSN, dont la mission première est la chasse aux navires et aux autres sous-marins. Depuis août 2026, les dix-neuf exemplaires appelés à recevoir le VPM changent officiellement de catégorie : ils deviennent des SSGN, des sous-marins lance-missiles guidés. Un changement d’appellation qui n’a rien d’anecdotique, car il consacre une nouvelle vocation, celle de plateforme de frappe massive.
Le premier à inaugurer ce module sera l’USS Arizona, dont la livraison est espérée pour 2029. Ajoutons que les tubes du VPM ne se limiteront pas aux Tomahawk : ils pourront aussi accueillir des missiles hypersoniques de nouvelle génération, à raison de trois par tube, ou encore des drones sous-marins, faisant du sous-marin un couteau suisse des profondeurs.
| Version | Missiles de croisière emportés | Dispositif |
|---|---|---|
| Virginia Block I et II | 12 | 12 tubes verticaux individuels |
| Virginia Block III et IV | 12 | 2 tubes de proue (6 missiles chacun) |
| Virginia Block V et VI (VPM) | jusqu’à 40 | 2 tubes de proue + 4 tubes du module (7 missiles chacun) |
| Ohio converti (SSGN) | 154 | Anciens tubes de missiles balistiques reconvertis |
Boucher un trou béant
Pourquoi ce besoin soudain de gonfler la capacité des Virginia ? La réponse tient dans le tableau ci-dessus, à la dernière ligne. Aujourd’hui, l’essentiel de la puissance de frappe sous-marine américaine repose sur quatre vénérables sous-marins de la classe Ohio, reconvertis au début des années 2000. Chacun d’eux emporte l’impressionnant chiffre de 154 missiles Tomahawk, de véritables arsenaux flottants. Ces navires ont plus de quarante ans, et ils doivent tous quitter le service d’ici 2029.

Leur retrait ouvre un gouffre : selon certaines estimations, la marine américaine s’apprête à perdre une part majeure de sa capacité de frappe sous-marine. C’est précisément ce trou que le VPM doit combler. Plutôt que de concentrer toute cette puissance dans quatre mastodontes, la nouvelle stratégie consiste à la répartir sur un grand nombre de sous-marins Virginia modernes. Dix-neuf d’entre eux seront équipés du module, sur une période qui s’étalera jusqu’en 2038. Une fois tous en service, la marine américaine disposera même, au total, de davantage de tubes lance-missiles qu’aujourd’hui.
Un pari technologique et industriel
Reste que la prouesse technique se heurte à un mur que les États-Unis connaissent bien depuis quelques années : la disponibilité des chantiers navals.
L’Oncle Sam a notifié un contrat géant d’environ 36 milliards d’euros à ses deux constructeurs pour neuf sous-marins Virginia de la dernière génération mais tout l’argent du monde ne saurait faire oublier le fait que le pays souffre d’un déficit de chantiers navals (au point de faire appel à des pays étrangers pour certaines coques).
Si le premier module est bel et bien achevé, il ne s’agit que d’une première brique. Il faut encore l’assembler avec le reste du sous-marin, un chantier colossal. Or le programme Virginia traîne des retards de production depuis des années. La marine américaine peine à tenir sa cadence de deux sous-marins par an, et le passage aux versions allongées équipées du VPM a encore compliqué la tâche des constructeurs.
Le calendrier reste donc à prendre avec prudence. L’USS Arizona n’entrera pas en service avant 2029 au plus tôt, et il faudra attendre la fin des années 2030 pour voir l’ensemble de la flotte modernisée. Le triplement de la puissance de frappe est bien réel, mais il se déploiera lentement, au rythme des chantiers. En attendant, la marine devra gérer une période délicate, entre le départ des vieux Ohio et l’arrivée des nouveaux Virginia gonflés au VPM.
Sources principales :
- Naval News First Virginia Payload Module (VPM) Spotted for U.S. Navy’s Block V Submarines (16 septembre 2026)
https://www.navalnews.com/naval-news/2026/09/slug-first-virginia-payload-module-vpm-spotted-block-v-submarines
Dévoilement du premier module achevé, capacité de frappe et rôle de l’USS Arizona. - The War Zone Stretched Virginia Class Recategorized As Guided Missile Submarines (SSGNs) (4 août 2026)
https://www.twz.com/sea/stretched-virginia-class-recategorized-as-guided-missile-submarines-ssgns
Reclassement en SSGN, charges emportées (Tomahawk, hypersoniques) et retrait des Ohio. - Navy Times US Navy is reclassifying 19 Virginia-class submarines to reflect increased attack capabilities (4 août 2026)
https://www.navytimes.com/news/your-navy/2026/08/04/us-navy-is-reclassifying-19-virginia-class-submarines-to-reflect-increased-attack-capabilities/
Détail du module, contrat de 42 milliards de dollars et calendrier de livraison jusqu’en 2038. - National Security Journal Meet Block V: The Most Heavily Armed Virginia-Class Submarine Ever Built (21 août 2025)
Meet Block V: The Most Heavily Armed Virginia-Class Submarine Ever Built
Ampleur du trou capacitaire laissé par les Ohio et logique du VPM pour le combler.
Image de mise en avant : La section 2B/5 de la PCU Arizona (SSGN 803) a récemment pris la route de Quonset Point vers Groton – crédit : General Dynamics Electric Boat

