Onze jours après avoir accéléré le programme, les États-Unis ont signé le chèque.
Le missile qui doit permettre aux lanceurs terrestres de couler des bateaux entre en production, avant même d’avoir terminé ses essais. Le 14 septembre, l’armée américaine a attribué à Lockheed Martin un contrat d’environ 1,11 milliard d’euros. Il porte sur la version antinavire du missile PrSM, dotée d’un autodirecteur capable de retrouver une cible qui a bougé. L’accord court jusqu’en septembre 2031.
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Un contrat qui n’achète pas ce qu’on croit
Attention au piège du gros chiffre. Ce milliard d’euros ne correspond pas à un nombre précis de missiles commandés. Il s’agit d’un plafond contractuel, à l’intérieur duquel l’armée passera des commandes au fil de l’eau. Les plans antérieurs évoquaient 120 exemplaires pour cette première phase, mais rien ne confirme que la totalité ait été commandée. Diviser le montant par ce chiffre donnerait près de 9 millions d’euros l’unité, un calcul trompeur : le coût réel d’un missile tourne plutôt autour de 1,84 million d’euros. La différence s’explique simplement, puisque la somme couvre aussi le développement, les essais et la montée en cadence industrielle.
Ce que change l’autodirecteur
Le cœur de l’affaire tient dans un boîtier logé à l’avant du missile. La version actuelle frappe des coordonnées fixes, définies avant le tir. La nouvelle embarque deux capteurs complémentaires : l’un détecte les émissions radio de la cible, l’autre voit en infrarouge. Ensemble, ils permettent au missile de chercher lui-même son objectif pendant les dernières secondes de vol. Une capacité indispensable contre un navire, puisqu’un bateau ne reste jamais là où on l’a vu la dernière fois.

Le calcul qui explique tout
Les chiffres rendent le problème limpide. Voici la distance parcourue par un navire selon sa vitesse :
| Vitesse | En 15 minutes | En 30 minutes | En une heure |
|---|---|---|---|
| 25 nœuds | 11,6 km | 23,2 km | 46,3 km |
| 30 nœuds | 13,9 km | 27,8 km | 55,6 km |
Autrement dit, une information vieille d’une demi-heure place déjà un navire rapide à près de 28 kilomètres de sa position supposée. Et ce, avant même de compter le temps de vol du missile. L’autodirecteur doit donc fouiller une zone considérable pour retrouver sa proie.
Deux fois plus de munitions sans changer de lanceur
Un avantage discret mérite d’être souligné. Ce missile est plus fin que celui qu’il remplace, 430 millimètres de diamètre contre 610. Résultat, un conteneur en loge deux au lieu d’un seul. Un lanceur léger emporte donc deux missiles prêts, un lanceur chenillé quatre. À l’échelle d’une batterie de six engins, cela fait douze munitions au lieu de six. Le tout sans acheter un seul lanceur supplémentaire, ni former les équipages sur un nouveau matériel.
Produire avant d’avoir fini de tester
Voilà le pari risqué de ce programme. Le missile n’a effectué son premier vol qu’en mars 2026, sur 350 kilomètres, et d’autres essais restent programmés. Pourtant, l’armée a déjà lancé la production. Cette simultanéité entre essais et fabrication raccourcit les délais, mais elle suppose que les vérifications restantes ne révèlent aucun problème majeur. Le risque est toutefois limité par un point essentiel : le corps du missile et son lanceur sont déjà qualifiés, seul l’autodirecteur reste à valider. Et les planificateurs regardent déjà plus loin, avec des versions prévoyant des charges plus puissantes, une portée dépassant 1 000 kilomètres, puis un lanceur entièrement autonome.
Des cadences de production vertigineuses
Les volumes annoncés donnent le tournis. Les plans pour l’exercice 2027 prévoient 1 134 missiles au total, toutes versions confondues. Réparti uniformément, cela représenterait près de 95 exemplaires par mois. Et ce contrat ne vient pas seul : un accord antérieur de 4,5 milliards d’euros couvrait déjà plus d’un millier de missiles jusqu’en 2030, complété au printemps par un arrangement visant à quadrupler la production, avec un objectif de 400 exemplaires par an. Le constructeur affirme avoir investi des milliards dans ses usines et son outillage pour tenir ces cadences.
Le combat a vidé les stocks
Cette accélération n’a rien d’abstrait. Le missile a connu son baptême du feu en 2026, avec environ seize tirs recensés durant les premières heures d’un conflit. Cet emploi n’a d’ailleurs pas été sans controverse : plusieurs grands médias internationaux ont affirmé qu’un de ces tirs aurait touché un gymnase et une école primaire, faisant une vingtaine de victimes civiles, ce que le commandement américain a formellement démenti. À la fin de l’été, les stocks de ce missile et de son prédécesseur étaient fortement entamés. La commande de 1 134 exemplaires représente donc soixante-dix fois le nombre de munitions tirées lors de ces premiers combats, ce qui montre qu’il ne s’agit pas d’un simple remplacementmais d’une reconstitution massive.
Sources :
- Département de la Défense américain, attribution de contrat du 14 septembre 2026
- Rapports du Government Accountability Office
- Planification budgétaire de l’armée américaine pour l’exercice 2027
Source image à la une : US Army
