Baptisée THUNDART, la future arme de frappe dans la profondeur de l’armée de terre française doublera la portée actuelle pour atteindre 150 km.
Développée par MBDA et Safran, elle a été choisie face à l’offre américaine du HIMARS, avec un objectif assumé : ne dépendre de personne pour la produire, la modifier et l’exporter. Frapper loin derrière les lignes ennemies, c’est le nerf des guerres modernes. La France s’en est donné les moyens en misant sur une solution 100 % maison. Un choix stratégique lourd de sens, qui intéresse déjà les voisins. Décryptage d’un pari industriel.
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Des roquettes en bout de course
L’armée française dispose aujourd’hui d’une version modernisée d’un lance-roquettes américain bien connu, le M270. Neuf exemplaires, pas un de plus. Leurs roquettes guidées ne portent qu’à environ 70 km, et ces matériels arrivent en fin de vie. Pire, ils doivent être retirés dès 2027, alors que leur remplaçant n’est pas attendu avant 2030. Trois années de trou capacitaire, pendant lesquelles l’armée de terre devra faire sans. D’où l’urgence du programme de frappe longue portée terrestre, lancé par l’agence française de l’armement en 2023, pour taper bien plus loin derrière la ligne de front.
Le double de portée pour l’armée de terre
Le vainqueur de cette compétition s’appelle THUNDART, un projet mené conjointement par le missilier MBDA et la branche électronique et défense de Safran. Sa promesse ? Doubler à peu près la portée actuelle, avec des frappes de précision jusqu’à environ 150 km. Voici ce que change ce saut technologique :
| Élément | Système actuel | Nouveau système |
| Portée | Environ 70 km | Environ 150 km |
| Origine | Base américaine | Française |
| Industriels | Fournisseur étranger | MBDA et Safran |
| Statut | En fin de vie | Négociations exclusives |
Passer de 70 à 150 km n’a rien d’anecdotique. Cela permet de viser des postes de commandement, des dépôts de munitions ou des rampes de lancement bien plus profondément installés en territoire adverse. Et ce n’est qu’une première étape, puisqu’une seconde phase vise carrément les 500 km. Côté matériel, la roquette de 227 mm reste compatible avec les lanceurs actuels, tandis que le nouveau système embarque une tourelle deux axes portant deux pods de quatre roquettes. Le guidage, lui, résiste au brouillage et à la perte de signal satellite.
L’américain écarté sur le fil
Le choix français ne s’est pas fait sans bataille. C’est la ministre des Armées qui a tranché le 15 juin 2026, à l’ouverture du salon Eurosatory, en annonçant l’entrée en négociations exclusives avec le duo MBDA et Safran. Un tandem concurrent réunissant ArianeGroup et Thales repart donc bredouille. Surtout, Paris a écarté plusieurs solutions étrangères déjà disponibles sur étagère, à commencer par le fameux HIMARS américain, mais aussi des systèmes indien et sud-coréen. Le patron de l’agence de l’armement avait pourtant prévenu qu’il serait irresponsable de ne pas les examiner. Les deux candidats tricolores ont convaincu, tant sur leurs performances que sur leur capacité à livrer vite.

Le vrai enjeu, la souveraineté
Pourquoi refuser une solution américaine toute prête ? Pour une raison bien précise : la souveraineté. En optant pour un système conçu et fabriqué sur son sol, la France s’assure de pouvoir le produire, le faire évoluer et le vendre à l’étranger sans demander l’autorisation à personne. Acheter américain implique en effet de se soumettre aux fameuses licences d’exportation de Washington, qui peuvent bloquer une vente ou une modification du jour au lendemain. Un pays qui dépend de son fournisseur pour employer ses propres armes n’est jamais totalement libre de ses décisions stratégiques. Ce dossier illustre parfaitement cette logique d’indépendance.
Le pari des briques déjà éprouvées
La méthode de conception mérite aussi le détour. Plutôt que de tout réinventer, les industriels ont assemblé des composants ayant déjà fait leurs preuves ailleurs. Le système de guidage de la roquette, par exemple, dérive directement de celui de la bombe AASM Hammer, produite par Safran, largement employée au combat sur des théâtres actuels. MBDA revendique cette approche : bâtir une arme neuve à partir de sous-ensembles déjà validés. Le résultat parle de lui-même. Un premier tir de démonstration a été réussi le 14 avril 2026 depuis un site d’essais de l’Île du Levant, à peine 18 mois après la feuille blanche. Un gain de temps de développement considérable.

Une épreuve du feu très commentée
Une information circule toutefois, et elle mérite d’être prise avec des pincettes. Selon une source anonyme relayée par un média spécialisé, des prototypes pourraient être testés en conditions réelles sur le front ukrainien, afin de décrocher le précieux label d’arme éprouvée au combat. Attention, rien n’est confirmé. Ni MBDA, ni Safran, ni le ministère des Armées n’ont validé cette information, qui reste donc une rumeur tant qu’aucune de ces parties ne s’exprime. Elle s’inscrit néanmoins dans une tendance bien réelle, celle des industriels cherchant à valider leurs matériels ailleurs que sur un banc d’essai.
La Belgique déjà intéressée
Ce programme dépasse largement les frontières hexagonales. La Belgique s’est déjà positionnée comme client potentiel. Le commandant de ses forces terrestres souhaite acquérir le même système que celui retenu par la France. Bruxelles chercherait même à accélérer son calendrier d’acquisition pour viser 2030, afin de coller au projet de brigade commune avec les Français. Une commande étrangère validerait la stratégie tricolore et prouverait qu’un matériel européen peut s’imposer face aux mastodontes américains. De quoi renforcer une base industrielle de défense continentale que beaucoup jugent encore trop dispersée.
Sources :
- MBDA et Safran Electronics & Defense, communiqués officiels du 16 juin 2026 et fiche produit THUNDART
- Army Recognition et The War Zone, caractéristiques techniques et historique du programme
- FOB, intérêt des forces terrestres belges
Source image à la une : Système THUNDART. Photo par MBDA
