MBDA vient de décrocher un contrat de la DGA pour expérimenter une petite munition volante de 2 kilos, capable de repérer et frapper une cible jusqu’à 10 km, tout en restant pilotée par un humain qui peut annuler la mission au tout dernier moment.
Les drones tueurs improvisés ont envahi les champs de bataille, mais ils restent rustiques et incontrôlables une fois lancés. La France parie sur autre chose : une arme miniature, pensée comme un vrai système, qui voit avant de frapper et garde l’humain dans la boucle. Un industriel tricolore vient de convaincre l’armée.
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Un contrat signé avec l’armée française
L’annonce est tombée le 16 juin 2026. MBDA a signé avec la Direction générale de l’armement, la DGA, un contrat pour expérimenter sa munition téléopérée baptisée AKERON RCX50. L’accord prévoit des phases d’essais et de formationmenées avec la Section technique de l’armée de terre et la Marine nationale. Autrement dit, deux branches des forces françaises vont mettre l’engin à l’épreuve sur le terrain. Fait notable, le système a été développé en moins de deux ans et entièrement en autofinancement, ce qui démontre la capacité de l’industriel à réagir vite face aux mutations rapides de la guerre moderne.
Ni missile ni drone du commerce
Attention au malentendu : ce n’est pas un quadricoptère de loisir bricolé avec une charge explosive scotchée dessous. L’engin a été conçu de bout en bout comme un système d’arme à part entière. Ses concepteurs parlent d’un mélange entre technologies de missile et technologies de drone. Il descend des travaux du démonstrateur SPHINX et du programme COLIBRI, une initiative française dédiée aux munitions téléopérées à bas coût pour la zone de contact. Pour le construire, MBDA s’est associé à Novadem, une PME spécialisée dans la robotique aérienne depuis vingt ans, partenaire à part entière du développement et pas simple fournisseur. L’engin reprend d’ailleurs la base d’un drone existant, le NX70, agrandi pour une mission létale.
Tient dans un sac à dos
C’est l’un de ses plus gros atouts : sa discrétion logistique. Plié, l’engin tient dans 47 centimètres et se glisse dans une poche ou un sac à dos. Déployé, il atteint un peu plus de 50 centimètres d’envergure. Mieux, il ne nécessite ni lanceur ni infrastructure : un soldat peut le préparer au vol en moins de cinq minutes, le temps de l’activer et de le coupler à une tablette durcie de 1,3 kg qui sert de poste de commande. Voici ses principales caractéristiques :
| Caractéristique | Donnée |
| Masse | Environ 2 kg |
| Longueur | Environ 50 cm |
| Portée | Jusqu’à 10 km |
| Autonomie de vol | 40 minutes |
| Vitesse de croisière | 54 km/h |
| Altitude maximale | 3 300 mètres |
| Charge militaire | Environ 500 g |
| Préparation au tir | Moins de 5 minutes |
Des yeux pour le jour et la nuit
Là où un drone improvisé est borgne, celui-ci voit parfaitement, de jour comme de nuit. Il embarque une caméra couleurclassique et un capteur thermique infrarouge non refroidi. De quoi détecter une cible même en ville ou dans un terrain accidenté, là où la vue directe est masquée. Pour se repérer, il combine le GPS et une centrale inertielle, et l’industriel assure qu’il reste efficace même quand le signal satellite est brouillé, ce qui est de plus en plus fréquent au combat. L’opérateur peut tracer un trajet à l’avance, puis désigner sa cible d’un simple geste sur l’écran tactile. Un suivi automatique guide ensuite l’engin vers le point visé.

Une charge taillée pour les cibles légères
Soyons clairs, cette arme n’est pas faite pour percer le blindage frontal d’un char lourd. Sa charge militaire d’environ 500 grammes vise des cibles plus légères. Elle combine deux effets : une petite charge creuse, qui concentre sa puissance pour transpercer un blindage fin, un compartiment de véhicule ou une meurtrière, et plusieurs centaines de billes de fragmentation efficaces contre le personnel, les capteurs, les antennes ou les structures légères. Un détonateur de proximité déclenche l’explosion à la bonne distance, mais l’opérateur peut aussi la commander à distance. Les premiers essais ont été menés à Bourges début 2024, suivis d’un tir en vol contre un véhicule en 2025.
L’art de se poser pour mieux observer
Sa configuration à voilure tournante lui offre un mode d’emploi unique. Contrairement à une munition à ailes fixes, il peut avancer lentement entre les bâtiments, faire du surplace, suivre une rue, et même se poser sur un toit pour économiser sa batterie tout en continuant à surveiller, avant de redécoller pour attaquer. Mais le vrai cœur du concept, c’est le contrôle humain. L’engin reste totalement inerte tant que l’opérateur n’a pas envoyé l’ordre d’armement. Et si la situation change, par exemple si des civils apparaissent, la mission peut être annulée à la dernière seconde et l’engin remis en sécurité. Cette réversibilité n’est pas un gadget, c’est la philosophie même de l’arme.
Fabriqué en France, prêt pour la masse
Reste l’enjeu industriel, et il est de taille. L’engin est aujourd’hui prêt pour une production en grande série, un argument clé alors que les armées occidentales cherchent des armes abordables et fabricables en masse. La fabrication s’appuie sur trois sites français : Novadem à Aix-en-Provence pour la cellule volante, puis MBDA à Bourges et à Selles-Saint-Denis pour l’assemblage final. Cette répartition marie les méthodes de fabrication issues du monde du drone avec l’expertise missile de MBDA en matière de sécurité et de qualité. Un atout pour la souveraineté française, qui maîtrise ainsi toute la chaîne, de la conception à la production.
Sources :
- MBDA
- DGA
