Thales a présenté à Eurosatory 2026 un système mobile capable d’abattre des drones avec des roquettes guidées de 70 mm, une réponse directe au déséquilibre absurde entre des engins volants à quelques centaines d’euros et des missiles d’interception qui en coûtent des centaines de milliers.
Sur les champs de bataille actuels, les drones tombent du ciel par milliers et ruinent les défenses classiques. Riposter avec un missile hors de prix à chaque fois n’a aucun sens économique. À Paris, un industriel français dévoile une solution maligne et nettement moins chère. Montée sur un simple véhicule blindé, elle change la donne.
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Une réponse française au cauchemar des drones
Le système s’appelle RapidStriker, et Thales l’a sorti le 15 juin 2026 au salon Eurosatory de Paris. Son rôle : protéger les troupes en mouvement contre les menaces qui rôdent dans la zone tactique des 1 à 5 kilomètres, là où évoluent drones, hélicoptères et véhicules légers. L’ensemble se monte directement sur un véhicule de combat comme le Bushmaster, et combine une détection à 360 degrés, un calculateur de tir automatique, des roquettes et un canon. Il peut se défendre seul ou s’intégrer dans un réseau de défense aérienne plus vaste. En clair, une bulle de protection mobile qui suit la colonne où qu’elle aille.
Trois armes pour une riposte graduée
La grande force de ce dispositif, c’est de ne pas tout miser sur une seule arme. Le commandant dispose d’une réponse graduée selon la cible. Voici comment s’articulent ses différents effecteurs :
| Effecteur | Usage privilégié |
| Canon de petit calibre | Cibles très proches, fenêtre de tir trop courte |
| Roquette non guidée | Saturation d’une zone, postes de tir suspects |
| Roquette guidée laser | Frappe de précision à distance |
| Roquette à détonateur de proximité | Destruction d’un drone en plein vol |
Cette logique en plusieurs couches évite de gaspiller une munition de précision sur une cible qui ne le mérite pas. Et selon les documents de l’industriel, il ne s’écoule qu’environ 40 secondes entre la détection d’une menace et son traitement.
Une fléchette guidée par laser à moins d’un mètre près
Le cœur du système repose sur une roquette belge, la FZ275, calibre 70 mm, guidée par laser. Ses performances sont bluffantes. Elle mesure environ 1,8 mètre, pèse 12,7 kg, et embarque une charge militaire de 4,1 kg. Quatre petites ailettes dépliables lui permettent de corriger sa trajectoire en vol. Sa précision est redoutable : à 6 kilomètres, elle tombe à moins d’un mètre du point visé. Avec une portée allant de 1,5 à 7 kilomètres, elle offre aux unités une frappe chirurgicale sans avoir à puiser dans le stock précieux des missiles antichar ou des intercepteurs de défense aérienne.
Pas qu’un tueur d’engins volants
Cette roquette ne sert pas seulement à descendre des drones, loin de là. Sa polyvalence est l’un de ses gros atouts. Elle peut frapper des véhicules légers, des blindés peu protégés, des sites radar, des installations de communication, des bateaux de patrouille, des avions au sol ou des positions de tir à découvert. Mieux encore, elle vise des cibles mobilesse déplaçant jusqu’à 60 km/h. Concrètement, cela permet de neutraliser une équipe qui lance des drones depuis un pick-up, un observateur avancé ou un véhicule tactique léger. Une seule munition légère, et l’effet est garanti sans mobiliser un armement bien plus onéreux.

Le petit capteur qui change tout
La vraie nouveauté présentée à Paris, c’est une version spécialement pensée contre les drones, baptisée LGR275 Proxy. Sa différence tient à un détail technique décisif : un capteur de proximité à technologie LiDAR, placé juste derrière le kit de guidage. Plutôt que de devoir toucher la cible en plein, il mesure la distance grâce à des impulsions laser et déclenche l’explosion à proximité de l’engin. Pour les petits drones, c’est une révolution. Ces cibles minuscules, peu détectables et difficiles à percuter directement, deviennent vulnérables à une roquette qui n’a plus besoin de les frapper pile au centre. La probabilité de destruction grimpe en flèche.
Quand le brouillage ne suffit plus
Pourquoi se donner tant de mal alors qu’on pourrait simplement brouiller les drones ? Parce que le brouillage électronique montre ses limites. Les engins modernes utilisent un guidage autonome en phase finale, sautent de fréquence en fréquence, ou se pilotent carrément par fil de fibre optique, impossible à perturber à distance. Certains suivent même une route pré-programmée sans aucune liaison radio. Face à ces menaces, une roquette à détonateur de proximité offre une destruction physique, dite « hard-kill », qui ne dépend pas de l’attaque électronique. Le défi n’est plus seulement de repérer un drone, mais de l’identifier vite et de le détruire à moindre coût.
La vraie bataille se joue à l’usine
Reste le nerf de la guerre : la production. Car à quoi bon une arme efficace si les munitions manquent ? Thales l’a bien compris et prévoit de tripler sa production de roquettes en Belgique entre 2026 et 2028. L’objectif affiché est colossal : atteindre 20 000 roquettes guidées par an d’ici 2028, soit environ 100 roquettes par jour ouvré, fabriquées sur les sites de Herstal et de Fort d’Evegnée. Dans une guerre où les drones se comptent par milliers, la vraie question n’est pas seulement de savoir abattre un engin, mais de tenir un rythme de tir soutenu sans jamais tomber en panne sèche. La chaîne d’approvisionnement devient une arme à part entière.
Source : Thales à Eurosatory 2026
