Surnommé le « char en panne » il y a encore 4 ans, ce blindé allemand commence pourtant à devenir le nouveau roi de l’armée de Terre outre-Rhin

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

Surnommé le « char en panne » il y a encore 4 ans, ce blindé allemand commence pourtant à devenir le nouveau roi de l'armée de Terre outre-Rhin

Fin 2022, on le surnommait le « char en panne » mais son statut a largement changé en 2026.

Le 8 août 2026, lors d’une conférence d’analystes, le patron de Rheinmetall Armin Papperger a livré la nouvelle : la commande du troisième lot de véhicules de combat d’infanterie Puma, d’environ 5 milliards d’euros, ne sera pas signée cette année.

Rien d’inquiétant pour autant, bien au contraire. Le projet de budget 2027 acte noir sur blanc l’intention d’acheter ces engins supplémentaires, et réserve même plus de 16 milliards d’euros d’autorisations d’engagement pour le seul programme Puma, étalées jusqu’en 2039.

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La chute du « Pannenpanzer »

Pour mesurer le chemin parcouru, il faut se replonger dans le fiasco de décembre 2022. Cette année-là, l’Allemagne devait prendre la tête de la force de réaction très rapide de l’OTAN, et comptait sur ses Puma flambant modernisés pour tenir ce rôle de fer de lance.

Lors d’un exercice à Munster, le scénario a malheureusement viré au cauchemar, les dix-huit véhicules engagés tombant en panne les uns après les autres ( pannes électroniques en série, défauts de tourelle, et même un départ de feu dans le compartiment du pilote), jusqu’à une disponibilité réduite à néant en quelques jours.

Le général qui commandait la division a adressé une lettre cinglante à sa hiérarchie, vite fuitée dans la presse.

Les médias allemands rebaptisent l’engin « Pannenpanzer », le char en panne, et le symbole fait mal à toute une industrie. La ministre de la Défense de l’époque, Christine Lambrecht, gèle le programme en attendant que les problèmes soient corrigés et ce sont les vieux Marder, hérités de la guerre froide, qui doivent dépanner l’OTAN à la dernière minute.

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Comment un char maudit est redevenu incontournable

Trois ans plus tard, les Allemands trouveraient absurde de critiquer la nouvelle pierre angulaire de leur armée de Terre. Que s’est-il passé ? D’abord, les industriels ont réparé et fiabilisé la bête : dix-sept des dix-huit Puma sinistrés avaient déjà été remis en état dès janvier 2023, et l’analyse a montré des dégâts, pour l’essentiel, de gravité faible à moyenne.

Ensuite, et surtout, le contexte a radicalement changé. L’invasion de l’Ukraine a fait voler en éclats les vieilles hésitations budgétaires allemandes. Face à la menace russe, la Bundeswehr n’a plus le luxe de bouder l’un des véhicules de combat d’infanterie les mieux protégés au monde.

Car sous ses pannes de jeunesse, le Puma reste une machine redoutable. Blindage de très haut niveau, canon de 30 mm, missiles antichars, électronique de pointe. Le problème n’a jamais été la conception, mais la maturité d’un engin bourré de technologie mis sur le marché trop tôt. Une fois les défauts corrigés, ses qualités reprennent le dessus, et l’Allemagne se retrouve avec un atout de premier plan pour ses unités mécanisées.

Des commandes de Puma qui s’enchaînent :

Étape Quantité Montant Statut
Accord-cadre (mai 2023) 50 véhicules Environ 1,1 milliard d’euros Livré (fin 2025 à 2027)
Deuxième lot (décembre 2025) 200 véhicules 4,2 milliards d’euros Signé, livraisons dès mi-2028
Troisième lot (prévu) Environ 200 véhicules Environ 5 milliards d’euros Reporté à 2027 (budget 2027)
Modernisation S1 297 véhicules Contrats de 2023-2024 Chantier achevé en 2029

Un engin porté par une coentreprise allemande

Le maître d’œuvre derrière le Puma s’appelle PSM, pour Projekt System & Management, une coentreprise détenue à parts égales par Rheinmetall et par KNDS Deutschland, l’ex-Krauss-Maffei Wegmann. Sur le contrat de 4,2 milliards du deuxième lot, chacun des deux groupes empoche d’ailleurs exactement 2,1 milliards, en sous-traitance. Le troisième lot, lui, devrait rapporter environ 2,5 milliards à Rheinmetall.

L’Allemagne profite du programme pour moderniser en parallèle 297 Puma au standard baptisé S1, avec caméras jour et nuit, radio numérique et missiles guidés MELLS, un chantier qui doit s’achever en 2029. Un cran plus loin, un standard S2 se profile pour le milieu de l’année 2026, pensé pour effacer l’obsolescence et surtout ajouter une capacité de défense anti-drones, en s’inspirant de la tourelle du véhicule Jackal. La guerre en Ukraine est passée par là : un blindé sans parade contre les drones est aujourd’hui un blindé vulnérable.

Un véhicule de combat d'infanterie Puma de l'armée allemande lors d'une journée portes ouvertes en 2015 - crédit : Katzennase
Un véhicule de combat d’infanterie Puma de l’armée allemande lors d’une journée portes ouvertes en 2015 – crédit : Katzennase

Le Puma en fiche technique :

Caractéristique Détail
Maître d’œuvre PSM (coentreprise Rheinmetall et KNDS Deutschland)
Rôle Véhicule de combat d’infanterie chenillé, remplaçant du Marder
Équipage 3 membres d’équipage et 6 fantassins
Armement Canon de 30 mm, missiles antichars MELLS (Spike-LR)
Atout Parmi les blindages les plus protecteurs de sa catégorie
En service Depuis le milieu des années 2010, 350 exemplaires
Évolutions Standard S1 (297 véhicules), puis S2 (anti-drones) prévu mi-2026

 

Sources :

  • KNDS, Reinforcement of the Bundeswehr’s PUMA fleet: Rheinmetall and KNDS Deutschland to supply 200 infantry fighting vehicles, (19 décembre 2025)
    https://knds.com/en/press-releases/reinforcement-of-the-bundeswehr-s-puma-fleet-rheinmetall-and-knds-deutschland-to-supply-200-infantry-fighting-vehicles-to-the-german-army-contract-value-around-4-2-billion
    Communiqué officiel sur la commande de 200 Puma (4,2 milliards d’euros), la répartition Rheinmetall-KNDS et le calendrier de livraison.
  • European Security & Defence, Bundeswehr places order with PSM for 200 more Puma IFVs, (2 janvier 2026)
    https://euro-sd.com/2026/01/major-news/48319/germany-orders-more-puma-ifvs/
    Sur le deuxième lot, l’accord-cadre de 2023, la modernisation de 297 Puma au standard S1 et le futur standard S2 (défense anti-drones).
  • United24 Media, Bundeswehr Prepares €5 Billion Procurement for 3rd Batch of Puma IFVs, (7 août 2026)
    https://united24media.com/world/germany-eyes-eur5b-order-for-3rd-batch-of-puma-infantry-fighting-vehicles-21461
    Sur les déclarations de Papperger (report à 2027, environ 2,5 milliards pour Rheinmetall) et les 16 milliards d’autorisations d’engagement du budget 2027.
  • Defense News, Germany sees Puma combat vehicles as great but too iffy for war, (4 janvier 2023)
    https://www.defensenews.com/global/europe/2023/01/04/germany-sees-puma-combat-vehicles-as-great-but-too-iffy-for-war/
    Sur le fiasco de décembre 2022, la panne des 18 Puma, l’état de la flotte et le gel des commandes décidé par Christine Lambrecht.
  • Army Technology, German MoD announces completion of repair work on Puma IFVs, (16 janvier 2023)
    https://www.army-technology.com/news/german-repair-puma-ifvs/
    Sur la réparation de 17 des 18 véhicules et le recours aux Marder pour honorer les engagements OTAN.

Image de mise en avant : Vue de face du canon principal du PUMA – crédit : Rüdiger Müller (Creative Commons Attribution)

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