Dix pays utilisent déjà ce canon automoteur sud-coréen.
Un seul avait obtenu par le passé le droit d’en maîtriser le design et de le revendre ailleurs. Madrid vient de décrocher le même privilège. Hanwha Aerospace a signé un contrat d’exportation de ses canons K9 avec l’espagnol Indra. Au-delà de la vente elle-même, c’est la structure de l’accord qui interpelle : le partenaire espagnol conserve la maîtrise du design et pourra exporter le système vers d’autres pays. Une configuration rarissime, dont l’histoire montre qu’elle peut se retourner contre le vendeur.
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Une négociation que les autres clients n’ont pas menée
Jusqu’ici, les contrats signés par le constructeur coréen suivaient une logique classique. On achète le matériel, éventuellement on l’assemble localement, mais la propriété technique reste chez le vendeur. L’Espagne a joué une tout autre partition. Elle a exigé un transfert de technologie bien plus profond, incluant la maîtrise du design confiée à un industriel espagnol plutôt qu’au coréen. Elle a même obtenu les droits d’exporter le système résultant vers des pays tiers. Un niveau d’exigence que les acheteurs récents n’avaient jamais réclamé, ou jamais obtenu.
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Qui fabrique quoi dans ce montage
La répartition des rôles mérite qu’on s’y attarde. L’industriel espagnol produira les caisses des véhicules dans son usine de Gijón, dans le nord du pays, et en gardera la maîtrise technique. Il y intégrera également ses propres équipements : systèmes de mission, logiciels de gestion du champ de bataille, matériels de communication. Le partenaire coréen, lui, apporte la brique essentielle qu’est la capacité de tir à longue distance. Ces engins remplaceront des canons américains M109 qui servent l’armée espagnole depuis les années 1970. Voici l’ampleur du programme envisagé :
| Type de véhicule | Quantité prévue |
| Véhicules d’artillerie chenillés | 128 |
| Véhicules de ravitaillement en munitions | 120 |
| Véhicules de dépannage | 21 |
| Véhicules de commandement | 11 |
| Budget global du programme | 4,55 milliards d’euros |
Un onzième client, mais pas n’importe lequel
Avec cette signature, l’Espagne devient le onzième pays à mettre en œuvre ce canon. Pologne, Roumanie, Turquie, Finlande, Estonie, Norvège, Australie, Inde, Égypte, sans oublier la Corée du Sud elle-même. La liste est longue. Mais ce qui change avec Madrid, c’est la carte. Jamais ce matériel n’avait franchi la porte de l’Europe occidentale. Jusqu’à présent, il séduisait surtout les pays d’Europe centrale et du Nord, souvent poussés par une menace qui rôde à leurs frontières.

Un précédent qui doit hanter les Coréens
L’histoire offre un avertissement saisissant. En 2001, la Turquie avait négocié un accord de nature comparable autour de ce même canon. Vingt-cinq ans plus tard, Ankara produit sa propre version, le T-155 Fırtına, et la vend à l’étranger. Le client d’hier est devenu un concurrent. Voilà pourquoi les analystes scrutent le montage espagnol. Si Madrid a décroché ces conditions, qu’est-ce qui empêcherait les autres de les réclamer aussi ? Le schéma pourrait bien servir de modèle de référence aux prochaines négociations européennes, à commencer par la Pologne et la Roumanie.
Le matériel lui-même
Derrière ces considérations industrielles se cache un engin robuste. Ce canon automoteur chenillé de calibre 155 mm affiche 46 tonnes sur la balance en configuration de combat. Il pousse jusqu’à 67 km/h sur route et tient 360 kilomètres sans ravitailler. On est donc face à une artillerie lourde mais mobile, capable de coller aux blindés sur le terrain tout en tapant très loin. Sa fiabilité éprouvée, ajoutée à un rapport qualité-prix redoutable, explique en bonne partie pourquoi il se vend si bien.

Beaucoup de zones d’ombre
Le constructeur reste étonnamment discret sur les détails. Combien vaut le contrat ? Combien de véhicules ? Livrés quand ? Motus. L’entreprise se retranche derrière des clauses de confidentialité réclamées par son partenaire espagnol, valables jusqu’au 28 novembre au moins. Tout ce qu’on sait, c’est qu’un premier versement de 20 % du montant est tombé dès la signature, avec 5 % de plus attendus avant la fin de l’année. Reste une inconnue de taille : la procédure d’autorisation d’exportation côté coréen, indispensable avant tout transfert de technologie, a-t-elle seulement abouti ?
Ce que ce contrat dit du marché européen
L’affaire s’inscrit dans une dynamique plus large. En quelques années à peine, la Corée du Sud s’est hissée au rang de deuxième fournisseur d’armement des pays européens de l’Alliance atlantique, derrière les seuls États-Unis. Comment ? Des délais de livraison courts, des prix qui piquent moins, et une souplesse contractuelle que les industriels occidentaux ont bien du mal à imiter. Pour ces derniers, le contrat espagnol sonne comme un avertissement. Même chez eux, en Europe, ils ne sont plus les partenaires évidents quand il s’agit d’artillerie.
Sources :
- Hanwha Aerospace, déclaration réglementaire du 31 août 2026
- Protocole d’accord Indra-Hanwha signé en mars 2026
- Données publiques sur le programme de modernisation de l’artillerie espagnole
