Un engin tout-terrain de loisir, deux lanceurs de missiles habituellement montés sous les Apache, et voilà un chasseur de drones.
Les Marines américains viennent d’en commander une première série. V2X a confirmé début septembre l’obtention d’un contrat d’environ 17,5 millions d’euros auprès du corps des Marines. Il porte sur des véhicules antidrones baptisés Tempest, accompagnés de la maintenance, des logiciels et de la formation. Le système a déjà fait ses preuves au combat.
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Un missile d’hélicoptère sur un châssis de buggy
Voilà l’idée qui surprend au premier regard. L’engin repose sur un buggy tout-terrain du commerce, modifié pour recevoir deux lanceurs de missiles et un radar israélien chargé de repérer et suivre les drones. Les munitions employées ne sont pas anodines : il s’agit de la version guidée par radar d’un missile conçu à l’origine pour équiper les hélicoptères d’attaque. Et c’est justement là que réside toute l’astuce. Ce missile embarque son propre autodirecteur radar, ce qui signifie qu’une fois parti, il n’a plus besoin du véhicule pour trouver sa cible. L’équipage peut donc déguerpir immédiatement après le tir, pendant que l’engin file vers sa proie.
Ce qu’il peut abattre
Le système vise une catégorie bien précise d’appareils. Il traite les drones dits de classe 2 et 3, ce qui recouvre un spectre assez large. Voici les caractéristiques des cibles concernées :
| Critère | Plage couverte |
|---|---|
| Masse | De 6 à 599 kg |
| Vitesse | Jusqu’à plus de 463 km/h |
| Altitude | Au-delà de 5 486 mètres |
Autrement dit, le dispositif ne s’attaque pas aux minuscules quadricoptères, mais bien aux machines suffisamment grosses pour transporter une charge explosive ou des capteurs sophistiqués. Une menace intermédiaire qui embarrasse particulièrement les armées, trop grande pour être ignorée, trop petite pour justifier un missile antiaérien classique.
Vingt et un drones déjà abattus
L’argument massue tient dans le palmarès. Au moins deux exemplaires ont été employés en conditions réelles, où les forces qui les servaient leur attribuent la destruction de vingt et un drones de type Shahed. Ces engins d’origine iranienne, envoyés par centaines sur des zones urbaines, représentent exactement le genre de menace que le système est censé contrer. Une réserve s’impose toutefois : ces résultats relèvent de revendications opérationnelles qui n’ont pas été vérifiées de manière indépendante. Reste que passer par la case du combat réel avant la commande constitue un avantage considérable face à des concurrents qui n’ont que des brochures à présenter.

La simplicité comme argument de vente
Le constructeur insiste sur un point qu’on néglige souvent. Comme le véhicule dérive d’un modèle commercial, une bonne partie des pièces détachées se trouve chez des fournisseurs civils plutôt que chez des industriels de défense spécialisés. Résultat, réparer devient plus simple, plus rapide et surtout beaucoup moins cher. Dans une guerre où l’on perd du matériel en permanence, pouvoir remettre un engin en état sans attendre six mois une pièce fabriquée sur mesure change considérablement la donne.
Un contrat qui pourrait grossir
Les chiffres méritent quelques précisions. Un avis de marché daté du 11 août mentionnait dix véhicules pour environ 17,5 millions d’euros, attribués sans mise en concurrence, avec des travaux courant jusqu’en août 2027. Mais ces dix exemplaires ne seraient qu’un début. Ils s’inscrivent dans un programme baptisé DASH, qui prévoit à terme l’acquisition de jusqu’à cinquante systèmes. Le constructeur décrit d’ailleurs l’accord comme un contrat à quantité indéterminée, formule qui établit un cadre pour de futures commandes plutôt qu’un volume figé.

Une réponse à un problème devenu urgent
Le dirigeant du groupe ne s’en cache pas : les drones bouleversent le champ de bataille et créent un besoin pressant de solutions mobiles capables d’opérer en environnement difficile. Cette urgence explique la méthode retenue, qui consiste à assembler rapidement des briques existantes plutôt qu’à développer un système entièrement neuf. Le véhicule a d’ailleurs été présenté publiquement pour la première fois en octobre 2025, soit moins d’un an avant cette commande. Un délai record dans un secteur où les programmes s’étirent habituellement sur des décennies.
Beaucoup de zones d’ombre demeurent
Une dose de prudence reste nécessaire. L’entreprise n’a communiqué aucun détail financier au-delà du montant global, ni précisé si l’annonce de septembre couvre les mêmes dix exemplaires ou constitue une extension du marché. On ignore également le calendrier exact du passage aux cinquante systèmes envisagés. Ces inconnues persistantes invitent à considérer l’affaire comme un premier pas plutôt que comme l’adoption massive d’une nouvelle capacité. Le constructeur propose par ailleurs des versions fixes montées sur remorque, sans que l’on sache si les Marines en retiendront.
Sources :
- V2X, communiqué du 8 septembre 2026
- Avis de marché du département de la Défense américain, 11 août 2026
- Déclarations de Jeremy C. Wensinger, président-directeur général de V2X
