La France s’apprête à traverser la moitié du globe pour montrer qu’elle peut frapper partout

Publié le

Said LARIBI

Said LARIBI

La France s'apprête à traverser la moitié du globe pour montrer qu'elle peut frapper partout

Groenland, Japon, Inde, Égypte. Quatre Rafale vont avaler plus de 40 000 kilomètres en quarante jours.

Et non, il ne s’agit pas d’une simple balade aérienne. Aujourd’hui 8 septembre, l’armée de l’Air et de l’Espace lance la septième édition de sa grande projection aérienne. Trois cents aviateurs et neuf appareils vont emprunter une route que personne n’avait encore tentée. L’idée derrière tout ça ? Montrer que Paris peut envoyer une force crédible à l’autre bout du monde, et vite.

A lire aussi :

Un dispositif compact mais complet

Nul besoin d’une armada pour marquer les esprits. Trois cents aviateurs, neuf appareils, et c’est tout. Quatre Rafale pour la frappe, trois ravitailleurs pour rester en l’air, deux avions de transport pour le reste. Les militaires appellent ça le triptyque de la puissance aérienne. Traduction : de quoi taper, de quoi tenir la distance, de quoi emmener hommes et matériel. Le pilotage de l’ensemble se fera à distance, depuis un centre de commandement installé près de Lyon. Bien plus léger que d’expédier tout un état-major sur le terrain.

Le « Tomahawk français » pourrait enfin trouver un client à l’international même si aucun contrat n’est encore signé avec la Suède

Une route par le Grand Nord jamais empruntée

La grande nouveauté se joue dès le départ. Le dispositif mettra d’abord le cap sur le Groenland, une escale qui poursuit deux objectifs bien précis. Il s’agit d’abord d’éprouver les appareils et les équipages par grand froid, un environnement redoutable pour la mécanique comme pour les hommes. Il s’agit ensuite de valider une route inédite passant par le pôle pour rejoindre le Japon et l’Asie. Un raccourci qui pourrait s’avérer précieux le jour où les itinéraires habituels deviendraient inaccessibles.

Chasseur Rafale de l'armée de l'Air française en vol au-dessus de l'Alaska (Source : DGA)
Chasseur Rafale de l’armée de l’Air française en vol au-dessus de l’Alaska (Source : DGA)

Neuf pays en quarante jours

Le parcours donne le tournis. Voici les principales étapes prévues :

Zone Pays traversés
Arctique Groenland, Canada
Pacifique nord Alaska
Indopacifique Japon, Corée du Sud, Indonésie, Inde
Océan Indien La Réunion
Proche et Moyen-Orient Qatar, Égypte

Vingt-six jours seront consacrés à la seule zone indopacifique, avec une escale valorisée sur la base aérienne de La Réunion. Le tout s’achèvera par un exercice bilatéral en Égypte.

Pourquoi l’Indopacifique intéresse tant Paris

Ce choix géographique n’a rien d’un caprice exotique. Grâce à ses territoires ultramarins, la France possède la deuxième zone économique exclusive du monde, dont une large part se situe précisément dans cette région. Elle y est donc riveraine et souveraine, ce qui la place dans une position singulière parmi les puissances européennes. Paris se présente d’ailleurs comme une puissance d’équilibres, formule diplomatique qui traduit sa volonté de ne pas s’aligner mécaniquement dans la rivalité entre grands blocs.

Patrouille d'avions de combat français et indiens lors de l'exercice Tarang Shakti (Source : DGA)
Patrouille d’avions de combat français et indiens lors de l’exercice Tarang Shakti (Source : DGA)

Des exercices avec des partenaires clés

Le déploiement servira aussi à resserrer des liens militaires. L’Inde supervisera un grand exercice multinational où les aviateurs des deux pays travailleront ensemble. Le but ? Améliorer leur interopérabilité, un mot barbare qui signifie simplement pouvoir opérer côte à côte sans que les radios, les procédures ou les codes ne se marchent dessus. D’autres rendez-vous attendent les Français au Japon, en Corée du Sud et en Indonésie. Rien d’anodin là-dedans. Ces exercices entretiennent des partenariats stratégiques que Paris cultive patiemment depuis des années.

Un message envoyé au Proche-Orient

La dernière portion du trajet s’inscrit dans un contexte régional tendu. La présence d’appareils français au Qatar puis en Égypte vise à démontrer un engagement durable, dans une zone où l’instabilité reste la norme. Les autorités rappellent d’ailleurs qu’un appui défensif a déjà été fourni à des alliés de la région au printemps dernier. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement de faire acte de présence, mais de rappeler que cette présence peut se transformer en soutien concret si nécessaire.

Pour son « empire sur l’eau », la France a besoin de muscler son jeu et prévoit de déployer son mastodonte des airs : l’A400M

Tenir tout le reste en même temps

Voilà le point que les communiqués mentionnent souvent en dernier alors qu’il est décisif. Pendant ces quarante jours, l’armée de l’Air devra continuer d’assurer toutes ses missions permanentes : surveillance du ciel national, contribution à la dissuasion nucléaire, réassurance sur le flanc est de l’Europe, appui aux partenaires liés par des accords de défense et entraînement des forces. Mobiliser neuf appareils et trois cents personnes pendant plus d’un mois sans dégarnir le reste constitue en soi une épreuve de gestion que peu d’armées européennes pourraient soutenir.

Sources :

  • Ministère des Armées, communiqué du 31 août 2026
  • Déclarations du général de division aérienne Julien Sabéné, chef de la mission
  • Armée de l’Air et de l’Espace

À propos de l'auteur, Said LARIBI

Laisser un commentaire