La France ressuscite une base secrète pour y déployer son arme nucléaire la plus redoutable

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Said LARIBI

Said LARIBI

La France ressuscite une base secrète pour y déployer son arme nucléaire la plus redoutable

Un site qui avait perdu sa mission nucléaire il y a quinze ans s’apprête à redevenir l’un des points les plus stratégiques du territoire français, avec à la clé des chasseurs de dernière génération et un missile qui file plus vite que n’importe quelle défense.

La base aérienne 116 de Luxeuil-Saint-Sauveur, en Haute-Saône, va connaître une métamorphose spectaculaire. Le ministère des Armées vient de lancer les premiers chantiers pour y accueillir deux escadrons de Rafale porteurs de l’arme atomique. Un projet à 1,5 milliard d’euros qui replace ce coin discret de l’est de la France au cœur de la dissuasion nationale.

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Le retour d’une vocation perdue depuis quinze ans

Ce n’est pas une nouveauté totale, et c’est justement ce qui rend l’histoire fascinante. Luxeuil a abrité l’arme nucléairependant près de 55 ans, de 1966 à 2011. Mirage IV, puis Mirage 2000N : la base a longtemps fait partie du club très fermé des sites capables de mettre en œuvre la force de frappe française. Puis en 2011, tout s’est arrêté. L’escadron nucléaire est parti à Istres, et la base a bien failli fermer. Aujourd’hui, le redéploiement de la dissuasion annoncé par le président en mars 2025 lui rend son statut le plus prestigieux.

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Deux escadrons flambant neufs et un effectif qui explose

Le chantier ne se contente pas de rafraîchir quelques bâtiments. Il s’agit d’accueillir deux escadrons de Rafale de dernière génération, soit environ 50 appareils biplaces au total. Le premier arrivera vers 2032, le second vers 2036. Pour absorber ce bouleversement, la base va littéralement changer de dimension. Les effectifs vont doubler pour atteindre près de 2 000 personnes d’ici 2035, avec 800 recrues supplémentaires. Le nombre de pilotes va être multiplié par quatre, et les mécaniciens passeront de 300 à 800. Un véritable choc de croissance pour ce territoire rural.

Voici les grandes étapes du projet :

Échéance Ce qui est prévu
D’ici 2029 Conception et préparation de la future base
À partir de 2029 Suspension de l’activité aérienne pour travaux
2032 Arrivée des premiers Rafale F5
2033 Premier escadron opérationnel (25 avions)
2036 Second escadron en service

L’ASN4G, la vraie raison de tout ce chantier

Derrière ce déploiement, il y a une arme bien précise, et elle change tout. Les Rafale de Luxeuil emporteront le missile nucléaire ASN4G, développé par MBDA. Ce n’est pas un armement comme les autres : il sera hypersonique, c’est-à-dire capable de filer à plusieurs fois la vitesse du son. À cette allure, aucune défense antiaérienne au monde n’a réellement le temps de réagir. C’est précisément ce qui garantit que la dissuasion française restera crédible face à des boucliers ennemis toujours plus perfectionnés. Luxeuil sera la première base à recevoir ce joyau technologique.

Dassault_Mirage_2000 (Source : Wikimedia Creative Commons)
Dassault_Mirage_2000 (Source : Wikimedia Creative Commons)

Le Rafale F5, l’avion taillé pour porter l’atome

L’ASN4G ne volera pas sur n’importe quel appareil. Il faudra le Rafale au standard F5, la version la plus évoluée jamais conçue du chasseur de Dassault. Cette déclinaison a été spécialement pensée pour transporter des armes de nouvelle génération et mener des opérations de combat collaboratif, notamment aux côtés de drones. Le mariage entre le Rafale F5et le missile hypersonique constitue le futur visage de la composante aéroportée de la dissuasion. Les appareils seront biplaces, avec un pilote et un navigateur officier système d’armes, pour gérer la complexité de ces missions ultra-sensibles.

Un chantier chiffré à 1,5 milliard d’euros

Transformer une base entière ne se fait pas à moindres frais. L’investissement massif avoisine les 1,5 milliard d’euros, un montant que le ministère lui-même qualifie de considérable. Les premiers marchés ont déjà été notifiés par le Service d’infrastructure de la Défense. Concrètement, il faudra bâtir les infrastructures opérationnelles pour les deux escadrons, un bâtiment informatique, un autre destiné à accueillir des simulateurs, et adapter l’ensemble des aires aéronautiques. L’activité aérienne devra même être suspendue à partir de 2029 pour permettre l’ampleur des travaux. Une parenthèse nécessaire avant la renaissance.

Tarmac et hangars de la base aérienne 116 « Lieutenant-colonel Papin » de Luxeuil-Saint-Sauveur de l'Armée de l'air française
Tarmac et hangars de la base aérienne 116 « Lieutenant-colonel Papin » de Luxeuil-Saint-Sauveur de l’Armée de l’air française

Un défi colossal pour tout un territoire

L’arrivée de la dissuasion ne bouleverse pas que la base : elle transforme toute la région. Doubler les effectifs signifie loger, scolariser et accompagner des centaines de familles nouvelles. Les collectivités locales font face à des défis significatifs en matière de logement, de circulation et de services publics. Des comités de pilotage territoriaux réunissent régulièrement les élus et l’État pour anticiper cette vague. Pour la Haute-Saône, souvent oubliée des grands projets nationaux, c’est une opportunité économique rare, mais aussi un casse-tête logistique qui va mobiliser les énergies pendant une décennie.

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Un signal envoyé bien au-delà des frontières

Au fond, ce chantier dépasse largement le cadre local. En musclant sa force de frappe nucléaire et en la répartissant sur une quatrième base à vocation nucléaire, la France envoie un message clair au reste du monde. Alors que le contexte stratégique se dégrade et que les grandes puissances accélèrent la modernisation de leurs arsenaux, Paris affirme que sa dissuasion ne vieillira pas et ne faiblira pas. Cette souveraineté assumée repose sur une capacité que très peu de nations maîtrisent : concevoir, produire et déployer seule l’arme ultime. Luxeuil en devient le symbole tout neuf.

Sources :

  • Ministère des Armées, « Retour de la dissuasion nucléaire à Luxeuil-Saint-Sauveur », 19 mars 2025
  • Service d’infrastructure de la Défense (SID), Rétrospective 2024 (accueil des escadrons RAF7 et RAF8 à Luxeuil pour 2033 et 2036)
  • Ministère des Armées, « 2e Comité de pilotage territorial pour la transformation de la base aérienne de Luxeuil », 15 décembre 2025
  • Avis de marché du SID relatif aux infrastructures de la BA 116, mai 2026
  • Le Journal de l’Aviation, 20 mars 2025

Image à la une : Wikimedia Commons:Licensing
Image Ba 116 Luxeuil-Saint-Sauveur de l’Armée de l’air française : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:2011_-_BA116_Luxeuil_-_01.jpg

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