Après l’avion de chasse, la France et l’Allemagne ratent aussi leur char du futur, et la Chine en profite

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Said LARIBI

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Après l'avion de chasse, la France et l'Allemagne ratent aussi leur char du futur, et la Chine en profite

Le projet de char de combat commun franco-allemand vient de voler en éclats, tout juste après l’échec de leur avion de chasse commun. Deux fiascos coup sur coup qui laissent l’Europe décrocher, pendant que la Chine dévoile déjà le seul char de nouvelle génération réellement en service au monde.

Unir les forces de deux grandes nations pour bâtir les armes de demain, l’idée est belle sur le papier. Dans les faits, c’est un naufrage. Paris et Berlin viennent d’enterrer leur char commun, après avoir sabordé leur avion. Pendant ce temps, ailleurs, ça avance très vite.

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Un char commun qui part en fumée

L’Allemagne et la France viennent de revoir très fortement à la baisse leur programme de char du futur, connu sous le nom de MGCS. Fini l’ambition d’origine : celle de développer ensemble un char de combat unique de nouvelle génération. C’est un revers de taille pour la défense européenne. Officiellement, les deux pays ne parlent plus d’un véhicule commun, mais seulement d’une coopération sur des « technologies indépendantes de la plateforme ». Les experts y voient un aveu à peine déguisé, celui de l’abandon du char partagé, même si le nom du programme survit sur le papier. Une manière élégante d’acter l’échec sans le dire.

Encore une fois déçue de son partenariat avec l’Allemagne, la France va devoir miser sur son plan B pour son nouveau char d’assaut avec le CAPINT

Le rêve d’une famille de blindés

À l’origine, le projet voyait pourtant grand. Lancé en 2017, il devait remplacer le Leopard 2 allemand et le Leclerc français à l’horizon 2040. L’idée maîtresse s’inspirait du char russe T-14 Armata, dévoilé en prototype en 2015. Comme lui, le programme visait toute une famille de véhicules blindés bâtis sur un châssis commun. Les avantages semblaient évidents : réduire les coûts de développement, simplifier la logistique et muscler la base industrielle européenne. Sur le papier, une belle mutualisation. Dans la réalité, un casse-tête. Car mettre deux industries nationales d’accord sur une seule machine s’est vite révélé bien plus compliqué que prévu.

Prototype de char russe T-14
Prototype de char russe T-14

La guerre du canon et de la tourelle

Où le projet a-t-il déraillé ? Sur le partage du travail, essentiellement. Des années de désaccords industriels et politiques ont miné la coopération. Le nœud du problème, c’est la répartition des tâches entre les deux pays et, surtout, la compétition féroce autour des technologies les plus sensibles. En clair, chacun voulait garder la main sur les morceaux les plus stratégiques, à savoir le canon et la tourelle, le cœur même d’un char. L’arrivée de l’industriel allemand Rheinmetall dans l’équation a encore attisé les tensions sur la conception du véhicule. Impossible, dès lors, de s’entendre sur qui ferait quoi. Cette rivalité larvée entre Paris et Berlin a fini par gripper toute la machine, jusqu’à rendre le projet commun tout simplement ingérable.

Un scénario déjà vu avec l’avion

Le plus frappant, c’est l’impression de déjà-vu. Cet échec est le calque presque parfait de celui du programme d’avion de chasse commun, le FCAS, effondré peu avant. Là aussi, les industriels s’étaient déchirés, Dassault d’un côté, Airbus de l’autre, sur le partage des technologies et le leadership. Résultat identique, les deux pays ont fini par renoncer à l’appareil commun pour se limiter à quelques technologies de soutien, comme les réseaux numériques. Deux grands projets, deux mêmes disputes, deux mêmes naufrages. De quoi sérieusement questionner la capacité de l’Europe à mener à bien ses grands programmes d’armement à plusieurs.

Char chinois de type 100
Char chinois de type 100

Pendant ce temps, la Chine fonce

Le pire, c’est le contraste avec le reste du monde. Voici où en sont les grands programmes de chars nouvelle génération :

Pays Situation
Chine Type 100 dévoilé, seul char nouvelle génération en service
Corée du Sud Développement rapide en cours
États-Unis Nouveau prototype à l’étude
France et Allemagne Projet commun abandonné

La Chine a créé l’événement en dévoilant son Type 100 en septembre 2025. C’est tout simplement le seul char de nouvelle génération actuellement opérationnel sur la planète. Pendant que l’Europe se déchire, Pékin livre. Un renversement de situation qui illustre à quel point le Vieux Continent est en train de décrocher sur ce terrain autrefois dominé par les Occidentaux.

Ce que le char chinois change

Ce Type 100 n’a rien d’anecdotique, il incarne une nouvelle façon de concevoir un blindé. Son atout majeur, un blindagenettement renforcé sur le toit, et dans une moindre mesure sur les flancs. Pourquoi le dessus ? Parce que les menaces ont changé. Aujourd’hui, les missiles qui frappent par le haut, comme le Javelin, et les munitions rôdeuses visent justement le point faible des chars, leur toit. Autre innovation majeure, tout l’équipage est regroupé côte à côte dans une capsule blindée séparée, à l’écart des munitions. Un gage de survie inédit. Comble de l’ironie, c’est le russe T-14 qui avait initié cette idée, avant de caler en cours de route.

Ce vieux char allemand des années 60 pourrait renaître grâce à une tourelle belge sans équipage dont personne ne sait encore qui paie la facture

L’Europe repart chacun pour soi

Ce double échec laisse un goût amer et de lourdes conséquences. Faute d’avoir su coopérer, la France et l’Allemagne repartent désormais chacune de leur côté pour remplacer leurs chars vieillissants. Côté français, un plan B se dessine déjà, baptisé CAPINT, la capacité principale de combat terrestre, vraisemblablement confiée au groupe KNDS. Le Leopard 2 allemand date de 1979, et la production du Leclerc français s’est arrêtée en 2008. Autant dire qu’il y a urgence. Il faut dire que le programme commun avait tout du projet mort-né, sans le moindre prototype ni besoin opérationnel commun validé, même après près de dix ans. En avançant en ordre dispersé, les deux pays perdent les avantages de la mutualisation et risquent de creuser encore leur retard. Ces fiascos jettent une ombre sérieuse sur les ambitions européennes d’une industrie de défense vraiment intégrée. Pendant ce temps, la Chine, elle, ne les attend pas et creuse tranquillement son avance.

Sources :

  • Présidence de la République (Élysée), conclusions du Conseil franco-allemand de défense et de sécurité du 17 juillet 2026
  • France 24, contexte du Conseil franco-allemand et rôle de Rheinmetall
  • Military Watch Magazine, mise en perspective avec le Type 100 chinois

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