La Haye assure depuis des décennies la mission nucléaire de l’Alliance avec des armes américaines. Elle vient d’ouvrir en parallèle une discussion directe avec le seul pays de l’Union européenne qui possède l’arme atomique.
Il s’est tenu une réunion discrète le 14 octobre, dont le ministère néerlandais de la Défense n’a rendu compte que le lendemain, en quelques lignes. Des hauts fonctionnaires français et une délégation venue de trois administrations néerlandaises y ont parlé de dissuasion nucléaire. C’est la première fois que les deux pays abordent le sujet à ce niveau. Et cela ne remplace rien de ce qui existe déjà.
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Une première réunion au sommet de l’État
Le format retenu porte un nom sobre, groupe de pilotage nucléaire, et il réunit du très haut niveau. Côté néerlandais, la délégation venait du ministère des Affaires générales, c’est-à-dire des services du chef du gouvernement, accompagné de la Défense et des Affaires étrangères. Côté français, de hauts responsables gouvernementaux. Le communiqué évoque le renforcement de la dimension européenne de la dissuasion nucléaire et conventionnelle, sans annoncer la moindre décision concrète.
Les chasseurs qui portent déjà la bombe de l’Alliance
Pour saisir ce que cette réunion a de particulier, il faut regarder ce que ce pays fait déjà. Depuis le 1er juin 2024, ses F-35 ont repris aux F-16 la mission de frappe nucléaire de l’Alliance, depuis la base de Volkel. L’appareil avait obtenu sa certification en octobre 2023. En octobre 2025, ces mêmes avions ont mené l’ensemble des frappes de Steadfast Noon, l’exercice nucléaire annuel de l’Otan, une première dans l’histoire de l’organisation.

Ce qui a été proposé depuis une base bretonne
L’affaire remonte au 2 mars. Ce jour-là, le président français s’exprime depuis l’île Longue, port d’attache des sous-marins lanceurs d’engins, et annonce avoir ordonné une augmentation du nombre de têtes nucléaires. Il ajoute que la France cessera de publier le volume de son arsenal. Surtout, il propose aux Européens volontaires une formule qu’il baptise dissuasion avancée, qui ouvre ses exercices stratégiques aux partenaires et prévoit le déploiement temporaire d’éléments de ses forces sur leur territoire.

Huit capitales ont répondu oui
La liste a de quoi surprendre par sa longueur. Huit pays ont accepté de participer, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark, la Norvège s’y ajoutant ensuite. Berlin n’a d’ailleurs pas attendu, puisque son propre groupe de pilotage a été annoncé le jour même du discours. Reste que deux pays nordiques ont prévenu qu’ils n’accueilleraient aucune arme sur leur sol en temps de paix, ce qui limite mécaniquement la portée de l’offre.
| Dispositif de l’Otan | Formule proposée par la France | |
|---|---|---|
| Armes employées | Bombes américaines B61-12 | Aucune arme cédée à l’allié |
| Porteurs | Chasseurs de l’armée de l’air locale | Appareils français déployés temporairement |
| Qui décide | Washington garde le contrôle des armes | Le président français décide seul |
| Ancienneté | En place depuis des décennies | Dialogue ouvert en mars 2026 |
La ligne que Paris ne franchira pas
Voilà le point que les communiqués enrobent et qu’il faut lire en entier. Il n’y aura aucun partage de la décision ultime, ni de sa planification, ni de sa mise en œuvre. Les intérêts vitaux français restent définis par la France seule, et le chef de l’État a même qualifié d’imprudence l’idée d’une garantie formelle, au motif qu’elle réduirait l’incertitude chez l’adversaire. Autrement dit, les partenaires s’approchent du dispositif sans jamais toucher au bouton.
Ce qu’il faut apporter en échange
La relation n’est pas à sens unique, et c’est là que les militaires entrent en scène. Paris attend de ses partenaires ce qu’il nomme un épaulement stratégique, décliné en trois domaines très concrets, l’alerte avancée pour détecter un départ de missile, la défense aérienne pour encaisser les premiers coups, et la frappe de précision dans la profondeur pour répondre sous le seuil nucléaire. Des capacités que les pays du nord de l’Europe développent justement à marche forcée.
Personne ne parle de remplacer les Américains
Les deux gouvernements prennent soin de le répéter, et ce n’est pas de la langue de bois. La formule française se veut un complément à la défense collective de l’Alliance, pas un substitut. Le dispositif a d’ailleurs été préparé en transparence avec Washington et en coordination étroite avec Londres. La Haye justifie sa démarche par la dégradation de la sécurité européenne depuis l’invasion de l’Ukraine, qui impose selon elle aux Européens de porter davantage de responsabilités.
Sources :
- Ministère néerlandais de la Défense, « Frankrijk en Nederland starten strategische dialoog », 15 octobre 2026
- Zone Militaire (Opex360), « La France va étoffer son arsenal nucléaire dans le cadre d’une dissuasion avancée en Europe », 2 mars 2026
- Zone Militaire (Opex360), « La France et l’Allemagne ont déjà mis en place un groupe de pilotage nucléaire de haut niveau », 3 mars 2026
- The War Zone, « Dutch F-35s take on a full nuclear role », sur la reprise de la mission par le F-35 au 1er juin 2024
- Compte rendu de l’exercice Steadfast Noon 2025, sur le rôle de tête assuré par les chasseurs néerlandais
