Le Sénat américain vient de sauver son programme de destroyer de nouvelle génération, le DDG(X), pour contrer la montée en puissance de la flotte chinoise, tout en gardant un œil méfiant sur un projet rival bien plus fou : un cuirassé à propulsion nucléaire facturé jusqu’à 12 milliards d’euros pièce.
La marine américaine traverse une crise existentielle. Ses navires phares vieillissent, la Chine produit des bâtiments à un rythme effréné, et Washington doit choisir où mettre ses milliards. Entre la prudence et la démesure, les sénateurs viennent de trancher en faveur d’une valeur sûre.
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Le Sénat américain tranche en pleine bataille budgétaire
La commission des forces armées du Sénat a donné une consigne claire à la marine : poursuivre le développement du DDG(X), son futur destroyer. Selon un rapport accompagnant le projet de loi de défense pour l’exercice 2027, ces bâtiments devront entrer en service dans les années 2030. C’est le moment où les plus anciens des fameux destroyers de la classe Arleigh Burke commenceront à être retirés. Le calendrier est donc serré et le besoin pressant. Cette décision marque la volonté du Congrès de ne pas laisser la flotte de surface se retrouver à découvert face à ses rivaux, au premier rang desquels la Chine.
Un cuirassé nucléaire hors de prix
Pourquoi cette insistance ? Parce qu’un projet concurrent fait planer une menace sur le budget. Il s’agit du BBG(X), un concept radical de cuirassé à propulsion nucléaire, plusieurs fois plus gros qu’un destroyer classique. Le souci, c’est son prix. Comparons les deux approches :
| Programme | Type de navire | Prix unitaire estimé |
| BBG(X) | Cuirassé à propulsion nucléaire | 11 à 12 milliards d’euros |
| DDG(X) | Destroyer nouvelle génération | Moins de 2,8 milliards d’euros |
À ce tarif, la marine ne peut tout simplement pas remplacer ses destroyers vieillissants un pour un. Le rapport du Sénat le dit sans détour. Le coût astronomique du cuirassé condamnerait la flotte à se réduire drastiquement, faute de pouvoir aligner assez de navires.
Le cheval de trait contre le mastodonte
Deux philosophies s’opposent ici. Le cuirassé mise sur la concentration de puissance : entasser un maximum de feu dans un petit nombre de navires ultra-coûteux. Séduisant sur le papier, mais risqué. De nombreux analystes et parlementaires craignent que cela ne réduise le nombre de bâtiments réellement déployables à travers le monde. Le DDG(X), à l’inverse, joue la carte du cheval de trait : un destroyer polyvalent, moderne, mais produit en quantités bien plus importantes. Le Congrès a toujours insisté sur l’importance du nombre de grands navires de combat, et c’est précisément ce que ce programme permet de garantir.

La menace qui change tout
L’urgence n’est pas tombée du ciel. Elle vient directement des progrès spectaculaires de la marine chinoise. Pékin aligne désormais des destroyers des classes Type 052D et surtout Type 055, ce dernier étant largement considéré comme le navire de combat de surface le plus performant au monde. Ce bâtiment chinois est devenu la référence à laquelle on compare tous les futurs navires américains. Sa puissance a renforcé les arguments en faveur d’un destroyer doté de plus de marge d’évolution, de production électrique et de capacité d’emport de missiles que l’actuel Arleigh Burke. En clair, la Chine a relevé la barre, et l’Amérique doit suivre.
Trois décennies sans nouveau modèle
Voilà un constat embarrassant pour la première puissance navale. À l’exception de trois exemplaires très problématiques de la classe Zumwalt, les États-Unis n’ont pas mis en service un destroyer entièrement nouveau depuis la fin de la guerre froide. Le Zumwalt, navire furtif censé révolutionner le genre, a tourné au fiasco industriel, ce qui rend le besoin d’un successeur d’autant plus criant. Pendant ce temps, le vénérable Arleigh Burke arrive au bout de son potentiel de modernisation. On ne peut plus lui ajouter grand-chose. Sans nouveau modèle, la flotte américaine risque de stagner technologiquement pendant que ses rivaux avancent à grands pas.

Le mur de l’argent
Reste l’obstacle majeur : le portefeuille. Sauf flambée inattendue des dépenses militaires, il paraît hautement improbable que les deux programmes, le destroyer et le cuirassé, soient financés en même temps. La marine peine déjà à boucler le budget de chantiers urgents, comme son futur chasseur embarqué F/A-XX. Dans ce contexte, maintenir le DDG(X) ressemble surtout à une assurance contre un éventuel échec du cuirassé. L’histoire récente donne raison à cette prudence : tous les grands programmes d’armes partis d’une feuille blanche depuis la guerre froide ont connu d’énormes retards et dépassements de coûts. Le cuirassé pourrait bien se révéler irréalisable, et le destroyer lui-même loin d’être bon marché.
Le vrai problème, ce sont les chantiers
Au-delà du choix entre les deux navires, une question plus profonde se pose : où les construire ? La capacité industrielle américaine de construction navale est sous tension. La production de destroyers est dépassée plusieurs fois par celle de la Chine, et même, plus modestement, par celle de la Corée du Nord. Cela soulève un doute sérieux sur la rapidité avec laquelle ces navires, une fois conçus, pourraient réellement être assemblés et mis à l’eau. Avoir le meilleur plan du monde ne sert à rien si les chantiers ne suivent pas. C’est sans doute le talon d’Achille le plus difficile à corriger, car reconstruire une industrie prend des années.
Source : USNI News
