Frégates, satellites, dissuasion nucléaire, avion de combat du futur : en quelques mois, la France et la Suède ont multiplié les rapprochements. Au point de se demander si Stockholm n’est pas devenue la nouvelle meilleure amie de Paris.
Le 10 septembre 2026, à l’occasion d’un sommet spatial à Paris, la France et la Suède ont annoncé l’élaboration d’une feuille de route commune pour renforcer leur coopération dans l’espace.
Une annonce de plus, qui vient s’ajouter à une série de rapprochements entre les deux pays depuis le début de l’année. Contrats d’armement, dissuasion, spatial : tous les voyants semblent au vert entre Paris et Stockholm.
Derrière cette lune de miel apparente se cache une réalité plus nuancée, où la Suède joue habilement de sa position de courtisée.
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La France et la Suède, nouveaux meilleurs amis ?
Une vieille histoire qui remonte à Richelieu
Pour trouver la première grande alliance entre la France et la Suède, il faut remonter à la guerre de Trente Ans, ce conflit meurtrier (entre 4 et 8 millions de morts tout de même) qui a ravagé l’Europe de 1618 à 1648. À l’époque, le cardinal de Richelieu, maître de la diplomatie française, cherche à affaiblir la puissante maison de Habsbourg qui encercle le royaume. Il trouve en Gustave-Adolphe, le roi guerrier de Suède, l’allié idéal. En 1631, par le traité de Bärwalde, la France s’engage à financer l’armée suédoise qui déferle sur l’Allemagne.
L’histoire est évidemment plus cynique que romantique. Il ne s’agissait pas d’amitié, mais d’un intérêt bien compris entre deux puissances partageant le même adversaire (vécu d’ailleurs comme une trahison par le bloc catholique, la Suède étant protestante).
N’empêche : cette vieille complicité stratégique, née dans la boue des champs de bataille du XVIIe siècle, rappelle que Paris et Stockholm ont déjà su, par le passé, unir leurs forces quand la géopolitique les y poussait. L’Europe de 2026, hantée par la menace russe, offre un contexte qui n’est pas sans rappeler ces alliances d’autrefois : on s’associe d’abord parce qu’on a les mêmes inquiétudes.
La France engage la plus grosse évolution du Rafale depuis sa création
Une avalanche de coopérations entre les deux états
En moins d’un an, la France et la Suède ont noué ou approfondi des liens dans presque tous les domaines stratégiques. Sur mer d’abord : fin mai 2026, Stockholm a commandé quatre frégates de défense et d’intervention au français Naval Group, pour près de 4 milliards d’euros. Un contrat majeur, assorti d’une proposition française d’y intégrer le missile de croisière naval MdCN, le fameux « Tomahawk français ».
Dans l’espace ensuite, avec cette feuille de route toute fraîche. La France et la Suède partagent une particularité unique en Europe : ce sont les deux seuls membres de l’Union européenne à disposer de centres spatiaux opérationnels, le Centre spatial guyanais de Kourou et le centre d’Esrange en Laponie suédoise. De quoi bâtir, ensemble, un accès européen indépendant à l’espace, un enjeu devenu brûlant.
Plus discret mais tout aussi lourd de sens : le 23 avril 2026, Paris et Stockholm ont tenu une première réunion conjointe consacrée au nucléaire militaire, dans le cadre de l’extension du parapluie nucléaire français à ses partenaires européens, proposée par Emmanuel Macron. Un sujet on ne peut plus sensible, réservé aux alliés de très grande confiance.
| Domaine | Coopération franco-suédoise | Statut |
|---|---|---|
| Naval | 4 frégates FDI (Naval Group), missile MdCN proposé | Contrat signé (près de 4 milliards d’euros) |
| Spatial | Feuille de route commune, accès indépendant à l’espace | Annoncée le 10 septembre 2026 |
| Nucléaire militaire | Discussions sur le parapluie nucléaire français | Première réunion en avril 2026 |
| Aérien (avion de combat) | Successeur du Rafale, partenariat Dassault-Saab envisagé | Discussions, rien de signé |
| Innovation | Partenariat stratégique d’innovation renouvelé en 2024 | En cours |
L’avion de combat, le dossier qui change tout
C’est « le » morceau le plus stratégique, celui qui pourrait sceller pour des décennies l’alliance des deux pays : l’avion de combat du futur.
Le 8 juin 2026, Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz ont acté l’échec du SCAF, le programme d’avion de combat européen lancé en 2017 avec l’Allemagne et l’Espagne. Neuf ans de négociations pour rien, faute d’accord entre le français Dassault, qui réclamait le commandement du projet, et l’allemand Airbus, qui exigeait un partage à parts égales.

Ce naufrage a rebattu toutes les cartes. Libéré de ses partenaires allemand et espagnol, Dassault veut désormais aller vite sur le successeur du Rafale, avec un premier vol d’essai visé avant 2033. Problème : la facture s’annonce colossale, estimée au double des 46 milliards d’euros qu’a coûtés le développement du Rafale. Trop pour la France seule. L’avionneur cherche donc un partenaire pour partager les coûts, et un nom revient avec insistance : la Suède, et son champion Saab, l’un des rares industriels au monde capables de concevoir un chasseur de A à Z, du Draken au Gripen.
La Suède est courtisée des deux côtés
Malheureusement, la France n’est pas la seule à faire les yeux doux à Stockholm. L’Allemagne, par l’intermédiaire d’Airbus, courtise exactement le même Saab. Un paradoxe européen comme on les aime : les deux groupes qui n’ont pas réussi à travailler ensemble pendant neuf ans au sein du SCAF se disputent aujourd’hui le même troisième partenaire suédois !
Berlin a même pris les devants, en approchant Saab très tôt après l’échec du SCAF. Le calcul allemand est limpide : éviter de laisser à Dassault l’intégralité du terrain des futurs avions de combat européens, en s’appuyant sur une industrie suédoise réputée plus souple, plus rapide et moins chère que le lourd trio du SCAF défunt.
La Suède, elle, savoure sa position. Saab ne se presse pas, répète qu’il ne cherche à « remplacer » personne, et ne tranchera sur son futur avion de combat que vers 2028, voire 2030. Autant dire que Stockholm garde toutes les portes ouvertes, et compte bien monnayer au meilleur prix son savoir-faire si convoité.
Pourquoi l’axe franco-suédois a du sens
Au-delà de cette rivalité, les raisons de fond d’un rapprochement franco-suédois sont réelles et durables. Les deux pays partagent une même obsession : l’autonomie stratégique européenne. Tous deux se méfient d’une dépendance excessive aux États-Unis, et cherchent à bâtir des capacités souveraines, qu’il s’agisse d’accès à l’espace, de dissuasion ou d’armement. La Suède, qui a rejoint l’OTAN en 2024 après des siècles de neutralité, découvre les vertus d’un partenaire européen doté de l’arme nucléaire et d’une industrie de défense complète.
Il y a aussi une complémentarité industrielle évidente. La France maîtrise des technologies que la Suède n’a pas, à commencer par les moteurs d’avions de combat, un domaine où Safran excelle et où Stockholm reste dépendant. À l’inverse, la Suède apporte une culture de l’efficacité, des coûts maîtrisés et une agilité que les grands programmes français peinent parfois à égaler. Sur le papier, les deux pays s’emboîtent bien.
Une amitié à confirmer
Alors, la Suède est-elle vraiment la nouvelle « meilleure amie » de la France ? Sur le papier, le faisceau d’indices est impressionnant : jamais les deux pays n’ont autant coopéré, et sur des sujets aussi sensibles que le nucléaire ou l’espace. Le contrat des frégates et les discussions sur l’avion de combat dessinent les contours d’un axe Paris-Stockholm qui pourrait compter dans l’Europe de la défense de demain.
Il serait cependant imprudent de crier victoire trop vite. Tant que rien n’est signé sur l’avion de combat, le dossier le plus structurant, la Suède reste un partenaire courtisé qui ménage ses options, entre Paris et Berlin. L’histoire récente du SCAF rappelle brutalement à quel point ces grandes ambitions communes peuvent s’effondrer sur des querelles de partage industriel. La France a cru pendant neuf ans tenir en l’Allemagne un partenaire indéfectible pour son avion du futur. On connaît la suite.
Le vrai test de l’amitié franco-suédoise ne sera donc pas dans les communiqués chaleureux ni les feuilles de route, mais dans la capacité des deux pays à transformer ces intentions en programmes concrets, et à ne pas répéter les erreurs qui ont eu raison du couple franco-allemand.
Pour l’instant, disons que la Suède est une amie très prometteuse. Le reste dépendra de ce que Paris saura lui offrir, et de ce que Berlin, de son côté, mettra dans la balance.
Sources principales :
- Ministère des Armées et des Anciens combattants Communiqué conjoint France-Suède sur la coopération spatiale (10 septembre 2026)
Feuille de route spatiale franco-suédoise, volets civil et militaire, déclarations ministérielles. - Reuters Airbus se tourne vers Saab après l’échec du projet d’avion de combat Scaf (10 juin 2026)
https://www.boursorama.com/bourse/actualites/airbus-se-tourne-vers-saab-apres-l-echec-du-projet-d-avion-de-combat-scaf-9195d91eaf83115fef3d8cdfe214288b
Rivalité entre Airbus et Dassault pour s’attacher Saab après l’effondrement du SCAF. - L’Essentiel de l’éco Successeur du Rafale : Dassault veut aller vite (2026)
Ambitions de Dassault sur le successeur du Rafale, rapprochement naval et nucléaire franco-suédois. - Business AM La France souhaite développer de nouveaux avions de combat en collaboration avec la Suède (2026)
https://fr.businessam.be/la-france-souhaite-developper-de-nouveaux-avions-de-combat-en-collaboration-avec-la-suede/
Coopération sur les moteurs, rivalité franco-allemande et calendrier de décision suédois.
Image de mise en avant : Quatre Rafale de l’Armée de l’Air et de l’Espace évoluent en formation au-dessus des paysages du Grand Nord européen lors du déploiement PEGASE GRAND NORD 25, organisé notamment en Suède et en Pologne dans le contexte du renforcement de la présence alliée autour de la mer Baltique – crédit : Ministère des Armées et des Anciens combattants
