La Roumanie fait peau neuve grâce au programme Security Action for Europe (SAFE).
Fin avril, le Parlement roumain a validé l’acquisition de douze Airbus H225M Caracal auprès de Airbus Helicopters, pour 852 millions d’euros, via la Direction générale de l’armement.
Derrière cette décision, un accélérateur : le programme Security Action for Europe (SAFE).
Un dispositif européen massif, doté de 150 milliards d’euros, conçu pour permettre aux États de se réarmer rapidement… sans attendre des cycles budgétaires interminables.
La Roumanie en récupère 16,6 milliards d’euros, soit l’une des enveloppes les plus importantes du dispositif et ici, pas de demi-mesure : Bucarest passe directement à l’action.
Lire aussi :
- La plus grande menace pour la FDI française sur ce contrat à un milliard d’euros ne vient pas d’Europe mais de Corée du Sud avec sa frégate de classe Daegu
- Des pilotes vietnamiens viennent d’essayer le Rafale pour remplacer leurs Su-22 soviétiques : si la France remporte ce contrat elle écarte les États-Unis et la Russie du marché aérien stratégique d’Asie
La Roumanie mise sur les Caracal français : derrière les hélicoptères, une bataille industrielle européenne
Le Caracal, un hélicoptère taillé pour la guerre moderne
Le Airbus H225M Caracal est une plateforme polyvalente capable de :
- transporter 28 soldats équipés
- opérer de nuit comme de jour
- intervenir depuis la mer ou la terre
- enchaîner des missions très différentes sans reconfiguration lourde
Nous avons donc un appareil qui peut déposer des troupes derrière une ligne ennemie, revenir évacuer des blessés, puis repartir en mission de sauvetage… le tout dans la même journée, notamment grâce à rayon d’action qui dépasse les 800 km, soit l’équivalent d’un aller Paris–Milan sans escale.
En revanche, c’est une flexibilité et un niveau technologique qui se paye au prix « fort » puisque ce petit bijou high-tech vaut entre 60 et 70 millions d’euros pièce quand un UH‑60M Black Hawk vaut… 21 millions d’euros !

Fiche technique du H225M Caraca :
| Catégorie | Donnée clé | Valeur / description |
|---|---|---|
| Type | Rôle principal | Hélicoptère militaire de transport tactique et de combat : CSAR, opérations spéciales, évacuation médicale, transport de troupes. |
| Constructeur | Industriel | Airbus Helicopters, France. Dérivé du Cougar Mk2, anciennement désigné EC725. |
| Dimensions | Longueur / hauteur | 19,5 m de long pour 4,6 m de haut. |
| Rotor | Diamètre du rotor principal | 16,2 m. |
| Masse | Masse à vide / masse maximale | Environ 5,3 t à vide, jusqu’à 11,0 à 11,2 t au décollage. |
| Motorisation | Moteurs | 2 turbomoteurs Safran Makila 2A1, d’environ 1 770 à 1 800 kW chacun au décollage. |
| Vitesse | Vitesse maximale / croisière | 324 km/h en vitesse maximale, environ 262 à 267 km/h en croisière. |
| Rayon d’action | Mission tactique / ferry | Environ 850 à 900 km en mission tactique, jusqu’à 1 250 à 1 300 km avec réservoirs supplémentaires. |
| Autonomie | Sans ou avec ravitaillement en vol | Environ 4 h sans rallonge, jusqu’à 10 h avec ravitaillement en vol. |
| Altitude | Plafond de service | Environ 6 000 à 6 100 m. |
| Charge utile | Charge à l’élingue | Jusqu’à 5 t sous élingue. |
| Équipage | Pilotes | 2 pilotes : pilote et copilote. |
| Transport | Capacité troupes | Jusqu’à 28 soldats en configuration standard. |
| Évacuation médicale | Capacité sanitaire | Jusqu’à 12 brancards, ou configuration mixte troupes et blessés. |
| Avionique | Cockpit et pilotage | Cockpit numérique « tout verre », calculateur central CMA 9000, pilote automatique 4 axes. |
| Capteurs | Observation et navigation | FLIR / caméra infrarouge Safran, centrale inertielle, systèmes de communication Thales selon configurations. |
| Protection | Autodéfense | Détecteurs de missiles, lance-leurres infrarouges, alerte radar RWR, protections électroniques, réservoirs auto-obturants. |
| Armement | Configurations possibles | Mitrailleuses latérales M3M de 12,7 mm ou FN MAG, canon de 20 mm selon versions, possibilités d’armement additionnel selon clients. |
Une flotte roumaine à bout de souffle
Si Bucarest investit aujourd’hui, c’est d’abord par nécessité. La Roumanie exploite encore 57 hélicoptères Puma, produits sous licence dans les années 1970 par l’industriel local IAR.
Des appareils robustes… mais dépassés.
Le problème n’est pas seulement leur âge.
C’est leur incapacité à intégrer :
- des capteurs modernes
- des systèmes de communication sécurisés
- des équipements de guerre électronique
Autrement dit, ces hélicoptères ne sont plus adaptés aux standards actuels de l’OTAN.
Dans un pays frontalier de l’Ukraine, avec plus de 600 km de proximité directe avec une zone de guerre, la question est donc devenue stratégique.
Une victoire française dans un jeu dominé par l’Allemagne
Le contrat Caracal est une bonne nouvelle pour la France mais qu’on ne s’y trompe pas, c’est bien l’Allemagne qui raflera la plus grande partie du gâteau.
Sur les 8,3 milliards d’euros d’équipements validés dans cette première vague SAFE, près de 70 % reviennent à Rheinmetall.
Le groupe allemand va notamment fournir à l’armée roumaine :
- 232 blindés KF-41 Lynx pour 2,6 milliards d’euros
- des systèmes antiaériens Skynex et Skyranger
- des programmes navals et de munitions
La France, elle, sécurise deux positions :
- Airbus avec les hélicoptères
- Thales avec des radars Thales Ground Master 200 (258 millions d’euros)
Voici la répartition :
| Fournisseur | Montant (SAFE) | Équipements principaux |
|---|---|---|
| Rheinmetall (Allemagne) | 5,69 milliards € | Blindés Lynx, défense antiaérienne, naval |
| Airbus Helicopters (France) | 852 millions € | 12 H225M Caracal |
| Thales (France) | 258 millions € | 12 radars GM200 |
| General Dynamics (USA/Roumanie) | 831 millions € | Véhicules Piranha 5 |
| Kongsberg (Norvège) | 207 millions € | Missiles Naval Strike |
Le vrai enjeu commence après 2030
Les 12 Caracal ne sont qu’un début.
La Roumanie prévoit déjà 30 hélicoptères supplémentaires après 2030 pour un montant estimé : environ 2 milliards d’euros.
Ces appareils pourraient être produits localement, à Brașov, dans l’usine ouverte par Airbus Helicopters en 2016 avec IAR.
On passerait alors d’une logique d’achat à une logique industrielle avec à la clé création d’emplois qualifiés et transfert de technologies.
Une Europe de la défense en train de se recomposer
Depuis 2022, les pays d’Europe de l’Est accélèrent leur modernisation militaire à un rythme inédit.
Ils remplacent des équipements soviétiques par des systèmes occidentaux, souvent financés par des mécanismes européens.
Conséquence directe, cela crée une compétition industrielle intense entre Européens… et avec les États-Unis.
La France a un avantage rare : une chaîne industrielle complète, capable de couvrir presque tous les besoins militaires et a d’ailleurs plusieurs beaux succès à mettre à son actif cette année (les SAMP/T vendus au Danemark par exemple) mais la compétition s’intensifie pour cette « ruée vers l’Est » et la bataille se jouera désormais autant sur la technologie que sur la capacité à produire vite, beaucoup et localement.
Sources :
Airbus, H225M military helicopter (consulté en avril 2026),
https://www.airbus.com/en/products-services/helicopters/military-helicopters/h225m
page officielle présentant l’hélicoptère militaire H225M Caracal, avec ses caractéristiques techniques, ses capacités opérationnelles et ses missions (transport, CSAR, opérations spéciales).
HotNews.ro, Lista: care sunt contractele militare pe SAFE… (28 avril 2026),
https://hotnews.ro/lista-care-sunt-contractele-militare-pe-safe-cui-va-da-armata-833-miliarde-de-euro-si-ce-anume-va-fi-produs-in-romania-2231241
article détaillant les contrats militaires prévus dans le cadre du programme européen SAFE, avec un focus sur les montants engagés et les productions industrielles en Roumanie.
Newsweek Romania, România ia 12 elicoptere militare Caracal din Franța… (28 avril 2026),
https://newsweek.ro/international/video-romania-ia-12-elicoptere-militare-caracal-din-franta-costa-852000000-eur-prin-programul-european-safe
article présentant l’acquisition par la Roumanie de 12 hélicoptères H225M Caracal, avec des précisions sur le coût, le financement via SAFE et les enjeux capacitaires pour l’armée roumaine.
Image de mise en avant : Un EC725 de l’armée de l’air française au décollage.
