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La plus grande menace pour la FDI française sur ce contrat à un milliard d’euros ne vient pas d’Europe mais de Corée du Sud avec sa frégate de classe Daegu

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

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20 % moins cher, livré avant tout le monde : la Corée du Sud menace les chantiers européens sur un contrat clé de l’OTAN Le Danemark s’apprête à lancer l’un …

La plus grande menace de la FDI française pour ce contrat à un milliard d'euros ne vient pas d'Europe mais de Corée du Sud avec sa frégate de classe Daegu

20 % moins cher, livré avant tout le monde : la Corée du Sud menace les chantiers européens sur un contrat clé de l’OTAN

Le Danemark s’apprête à lancer l’un des plus gros contrats de son histoire militaire : plusieurs frégates pour environ 1 milliard de dollars (880 millions d’euros). Un marché stratégique, suspendu le temps des élections… et désormais relancé dans un contexte d’urgence. Face aux offres européennes attendues, un nouvel acteur extérieur au « vieux continent t jouer les trouble-fêtes : le sud-coréen HD Hyundai Heavy Industries.

Vous ne le connaissez probablement pas et pourtant il s’agit du grand constructeur naval au monde qui arrive avec une promesse :  livrer plus vite et moins cher que tout le monde !

Lire aussi :

HD Hyundai Heavy Industries prêt à déferler sur l’Europe pour rafler le contrat à un milliard de dollars des frégates danoises

Traditionnellement, les marchés de défense européens (dans le secteur maritime) restent… européens.
Ce contrat danois devait suivre la même logique.

Sauf que HHI a récemment fait des déclarations qui vont dans le sens d’une réponse à l’appel d’offres à venir et l’entreprise ne manque pas d’arguments :

  • 20 à 30 % moins cher que la plupart des offres européennes
  • premier navire livré en 3 ans et demi
  • 4 frégates livrées en un peu plus de 4 ans

En face, les industriels européens jouent sur un autre tempo et certains pourraient à peine livrer leur premier navire à cette date !

La production navale militaire française n’aura jamais été aussi brillante avec 9 frégates en 11 ans alors que les Etats-Unis et le Royaume-Uni n’y arrivent plus

Le poids industriel d’un géant mondial

HHI est tout simplement le plus grand constructeur naval au monde.

Quelques chiffres donnent l’échelle :

  • plus de 5 000 navires construits
  • plus de 100 bâtiments militaires livrés
  • 19 000 employés
  • chiffre d’affaires : ~12,5 milliards d’euros

Son chantier d’Ulsan, en Corée du Sud, couvre près de 800 hectares, l’équivalent de plus de 1 100 terrains de football, une véritable ville industrielle dédiée à la mer !

Un point clé qui pourrait peser dans la balance : HHI n’a enregistré aucun retard majeur sur ses programmes militaires depuis six ans. Certains navires ont même été livrés en avance.

Une stratégie danoise sous pression

Le contexte politique explique beaucoup.

Début 2025, la Première ministre danoise avait donné une consigne claire :
accélérer le réarmement, coûte que coûte.

Le mot d’ordre était sans ambiguïté :
“vitesse, vitesse et encore vitesse.”

Pourquoi cette urgence ?
Parce que le Danemark accuse un retard capacitaire dans un environnement stratégique qui se tend, notamment en mer Baltique.

Le problème, c’est que cette exigence de rapidité entre en collision avec une autre priorité politique : soutenir l’industrie européenne.

L’accord de défense danois prévoit en effet :

  • une production locale partielle
  • une coopération avec des partenaires OTAN ou européens

Et c’est là que le dossier devient explosif.

Où en est la concurrence sur le marché des frégates ?

Outre HHI, voici les différentes entreprises susceptibles de répondre à l’appel d’offres danois que nous avons identifiées :

  • Babcock International (Royaume-Uni) apparaît comme le favori le plus solidement ancré dans la course. Son Arrowhead 140, base du Type 31, présente un avantage symbolique fort : ce design est lui-même dérivé de la frégate danoise Iver Huitfeldt, ce qui pourrait faciliter l’acceptabilité politique au Danemark. Le soutien personnel du Premier ministre Starmer et des négociations décrites comme « très avancées » fin mars 2026 en font le concurrent le mieux positionné, pour un contrat estimé autour du milliard de livres sterling (1 ,153 milliard d’euros).
  • Naval Group (France) constitue le principal concurrent européen avec sa FDI (Frégate de Défense et d’Intervention), également appelée Belharra dans sa version export. Paris a mené une offensive diplomatique active (frégates envoyées à Copenhague, officiels de haut rang déployés) et peut s’appuyer sur le succès récent de la FDI en Grèce (quatre unités commandées, première livrée en décembre 2025). La FDI est également en lice pour la Suède, ce qui lui confère une dimension régionale intéressante.
  • TKMS (Allemagne) avec son MEKO A-200 semblait initialement dans la course, mais sa candidature est aujourd’hui fragilisée : le ministre de la Défense danois a annulé une réunion prévue avec le constructeur, vraisemblablement en raison des tensions liées aux ambitions américaines sur le Groenland, qui rendraient politiquement difficile l’achat d’un navire intégrant de nombreux systèmes d’origine américaine.
  • Damen (Pays-Bas) a également manifesté son intérêt, notamment via des discussions diplomatiques, avec en vitrine son design SIGMA (déjà vendu à l’Indonésie et à la Colombie) qui pourrait correspondre au segment « frégate légère » recherché par Copenhague.
En l'espace de trois ans, la cadence de construction des FDI, reconnaissables à leur étrave inversée, entièrement numérisés et fortement armés a tout simplement été multipliée par deux. Un argument intéressant pour le Danemark.
En l’espace de trois ans, la cadence de construction des FDI, reconnaissables à leur étrave inversée, entièrement numérisés et fortement armés a tout simplement été multipliée par deux. Un argument intéressant pour le Danemark.

Principaux constructeurs de frégates et modèles en 2026 :

Classe Constructeur Pays Coût unitaire Opérateurs / clients Prospects
Type 26 (City / Hunter / River) BAE Systems Royaume-Uni 2,0 – 2,7 Md USD Royaume-Uni (8) · Australie (6) · Canada (15) · Norvège (5) Brésil
F126 (Niedersachsen) Damen Naval Allemagne ≈ 1,37 Md € Allemagne (6)
MEKO A-200 TKMS Allemagne 0,75 – 1,0 Md USD Afrique du Sud · Algérie · Égypte Australie (perdu)
Constellation Fincantieri (FREMM dérivée) États-Unis 1,0 – 1,2 Md USD US Navy Programme annulé (2025)
F110 (Bonifaz) Navantia Espagne ≈ 860 M € Espagne (5) Arabie saoudite
FREMM Naval Group / Fincantieri France / Italie 600 – 750 M € France (8) · Italie (14) · Maroc (1) · Égypte (3) · Indonésie (6) Portugal
FDI / Belharra Naval Group France 420 – 810 M € France (5) · Grèce (4) Suède · Indonésie
Type 31 / Arrowhead 140 Babcock Royaume-Uni 350 – 450 M £ Royaume-Uni (5) · Pologne (3) · Indonésie (4) Danemark · Suède · Chili · Nouvelle-Zélande
Mogami / New FFM Mitsubishi Heavy Industries Japon 370 – 500 M USD Japon (24) · Australie (11) Nouvelle-Zélande
Daegu / FFX-II/III HHI / Hanwha Corée du Sud 300 – 460 M USD Corée du Sud (20+) Asie du Sud-Est
F125 (Baden-Württemberg) TKMS / Lürssen Allemagne ≈ 775 M € Allemagne (4)
Type 054B CSIC Chine 300 – 400 M USD Production en série Afrique · Asie

Une flexibilité séduisante… mais à double tranchant

L’un des arguments forts de HHI, c’est sa capacité d’adaptation.

Le constructeur propose en effet :

  • une plateforme ouverte
  • intégration possible d’armements européens
  • transfert de technologie vers le Danemark

Sur le papier, tout est compatible avec les exigences locales.

Il y a en revanche un détail important qui pourrait peser dans la balance : construire au Danemark ferait grimper la facture de 30 à 50 %.

Autrement dit, le principal avantage compétitif, à savoir le prix , serait gommé par le fait de produire localement les frégates mais renforcerait sa propre industrie.

Des pilotes vietnamiens viennent d’essayer le Rafale pour remplacer leurs Su-22 soviétiques : si la France remporte ce contrat elle écarte les États-Unis et la Russie du marché aérien stratégique d’Asie

Une décision qui fera école

Le choix danois sera observé de très près.

S’il privilégie une offre sud-coréenne, cela enverra un signal fort :

  • ouverture accrue aux acteurs non européens
  • remise en question de la préférence industrielle européenne

À l’inverse, un choix européen confirmerait une volonté politique de souveraineté… quitte à payer plus cher et attendre plus longtemps. Rappelons tout de même que le Danemark sait aussi investir en Europe comme le prouve son récent contrat pour le système anti-aérien SAMP/T NG d’Eurosam pour un montant estimé entre 7,7 et 8 milliards d’euros.

Sources :

DR, Verdens største skibsbygger vil have fingrene i kæmpe milliardordre fra forsvaret (28 avril 2026),
https://www.dr.dk/nyheder/indland/verdens-stoerste-skibsbygger-vil-have-fingrene-i-kaempe-milliardordre-fra-forsvaret
article évoquant l’intérêt de grands chantiers navals internationaux pour un important contrat militaire au Danemark, avec des enjeux industriels et stratégiques majeurs.

Global Military, Daegu-class frigate (consulté en avril 2026),
https://www.globalmilitary.net/ships/daegu/
fiche technique présentant la frégate sud-coréenne de classe Daegu, avec ses caractéristiques, ses capacités opérationnelles et ses systèmes d’armement.

Image mise en avant : Un frégate sud-coréenne de classe Daegu.

À propos de l'auteur, Guillaume Aigron