La France augmente son nombre de têtes nucléaires et refuse désormais de dire combien, huit pays européens s’en rapprochent quand même

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• Said LARIBI

Said LARIBI

Deux Rafale de la Marine nationale en vol en formation au-dessus d’une couche nuageuse
La composante aéroportée de la dissuasion française repose sur le Rafale, dans sa version terrestre comme dans sa version embarquée. (© Gerald Willis / US Air Force)

La Haye assure depuis des décennies la mission nucléaire de l’Alliance avec des armes américaines. Elle vient d’ouvrir en parallèle une discussion directe avec le seul pays de l’Union européenne qui possède l’arme atomique.

Il s’est tenu une réunion discrète le 14 octobre, dont le ministère néerlandais de la Défense n’a rendu compte que le lendemain, en quelques lignes. Des hauts fonctionnaires français et une délégation venue de trois administrations néerlandaises y ont parlé de dissuasion nucléaire. C’est la première fois que les deux pays abordent le sujet à ce niveau. Et cela ne remplace rien de ce qui existe déjà.

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Une première réunion au sommet de l’État

Le format retenu porte un nom sobre, groupe de pilotage nucléaire, et il réunit du très haut niveau. Côté néerlandais, la délégation venait du ministère des Affaires générales, c’est-à-dire des services du chef du gouvernement, accompagné de la Défense et des Affaires étrangères. Côté français, de hauts responsables gouvernementaux. Le communiqué évoque le renforcement de la dimension européenne de la dissuasion nucléaire et conventionnelle, sans annoncer la moindre décision concrète.

41 ans que la France n’aura pas connu une telle situation mais en 2038 la Marine nationale pourrait opérer deux porte-avions et cette fois-ci nucléaires

Les chasseurs qui portent déjà la bombe de l’Alliance

Pour saisir ce que cette réunion a de particulier, il faut regarder ce que ce pays fait déjà. Depuis le 1er juin 2024, ses F-35 ont repris aux F-16 la mission de frappe nucléaire de l’Alliance, depuis la base de Volkel. L’appareil avait obtenu sa certification en octobre 2023. En octobre 2025, ces mêmes avions ont mené l’ensemble des frappes de Steadfast Noon, l’exercice nucléaire annuel de l’Otan, une première dans l’histoire de l’organisation.

Deux F-35A de l’armée de l’air néerlandaise stationnés sur une aire de parking
Les F-35 néerlandais ont repris aux F-16 la mission de frappe nucléaire de l’Otan en juin 2024, depuis la base de Volkel. (© Nick / intrepidexplorer82 / CC BY 2.0)

Ce qui a été proposé depuis une base bretonne

L’affaire remonte au 2 mars. Ce jour-là, le président français s’exprime depuis l’île Longue, port d’attache des sous-marins lanceurs d’engins, et annonce avoir ordonné une augmentation du nombre de têtes nucléaires. Il ajoute que la France cessera de publier le volume de son arsenal. Surtout, il propose aux Européens volontaires une formule qu’il baptise dissuasion avancée, qui ouvre ses exercices stratégiques aux partenaires et prévoit le déploiement temporaire d’éléments de ses forces sur leur territoire.

Un sous-marin lanceur d’engins en surface au large de Brest, un second sous-marin visible à l’horizon
L’île Longue, d’où le discours a été prononcé, abrite les quatre sous-marins qui assurent la permanence à la mer de la dissuasion française. (© Marine nationale / Licence Ouverte 2.0)

Huit capitales ont répondu oui

La liste a de quoi surprendre par sa longueur. Huit pays ont accepté de participer, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark, la Norvège s’y ajoutant ensuite. Berlin n’a d’ailleurs pas attendu, puisque son propre groupe de pilotage a été annoncé le jour même du discours. Reste que deux pays nordiques ont prévenu qu’ils n’accueilleraient aucune arme sur leur sol en temps de paix, ce qui limite mécaniquement la portée de l’offre.

Dispositif de l’Otan Formule proposée par la France
Armes employées Bombes américaines B61-12 Aucune arme cédée à l’allié
Porteurs Chasseurs de l’armée de l’air locale Appareils français déployés temporairement
Qui décide Washington garde le contrôle des armes Le président français décide seul
Ancienneté En place depuis des décennies Dialogue ouvert en mars 2026

La ligne que Paris ne franchira pas

Voilà le point que les communiqués enrobent et qu’il faut lire en entier. Il n’y aura aucun partage de la décision ultime, ni de sa planification, ni de sa mise en œuvre. Les intérêts vitaux français restent définis par la France seule, et le chef de l’État a même qualifié d’imprudence l’idée d’une garantie formelle, au motif qu’elle réduirait l’incertitude chez l’adversaire. Autrement dit, les partenaires s’approchent du dispositif sans jamais toucher au bouton.

Ce qu’il faut apporter en échange

La relation n’est pas à sens unique, et c’est là que les militaires entrent en scène. Paris attend de ses partenaires ce qu’il nomme un épaulement stratégique, décliné en trois domaines très concrets, l’alerte avancée pour détecter un départ de missile, la défense aérienne pour encaisser les premiers coups, et la frappe de précision dans la profondeur pour répondre sous le seuil nucléaire. Des capacités que les pays du nord de l’Europe développent justement à marche forcée.

Voilà ce que pensent vraiment les Chinois du Rafale et cela n’a rien à voir avec ce qu’on peut lire sur les réseaux sociaux après Eagles of Civilization 2026

Personne ne parle de remplacer les Américains

Les deux gouvernements prennent soin de le répéter, et ce n’est pas de la langue de bois. La formule française se veut un complément à la défense collective de l’Alliance, pas un substitut. Le dispositif a d’ailleurs été préparé en transparence avec Washington et en coordination étroite avec Londres. La Haye justifie sa démarche par la dégradation de la sécurité européenne depuis l’invasion de l’Ukraine, qui impose selon elle aux Européens de porter davantage de responsabilités.

Sources :

  • Ministère néerlandais de la Défense, « Frankrijk en Nederland starten strategische dialoog », 15 octobre 2026
  • Zone Militaire (Opex360), « La France va étoffer son arsenal nucléaire dans le cadre d’une dissuasion avancée en Europe », 2 mars 2026
  • Zone Militaire (Opex360), « La France et l’Allemagne ont déjà mis en place un groupe de pilotage nucléaire de haut niveau », 3 mars 2026
  • The War Zone, « Dutch F-35s take on a full nuclear role », sur la reprise de la mission par le F-35 au 1er juin 2024
  • Compte rendu de l’exercice Steadfast Noon 2025, sur le rôle de tête assuré par les chasseurs néerlandais

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1 commentaire sur « La France augmente son nombre de têtes nucléaires et refuse désormais de dire combien, huit pays européens s’en rapprochent quand même »

  1. rien de nouveau pour le moment, les Allemands aussi y participent, ils sont même invités à participer à un exercice nucléaire avec l’AAE

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