Le Royaume-Uni a payé des centaines de canons de 40 mm pour des blindés qu’il n’a finalement jamais modernisés.
Un industriel coréen vient de leur trouver un véhicule. Le salon DVD 2026, rendez-vous discret mais influent de l’armée de terre britannique, a servi de vitrine à une association inattendue. Le groupe sud-coréen Hanwha Aerospace et la filiale britannique de Lockheed Martin y ont dévoilé une version du véhicule de combat Redback coiffée d’une tourelle fabriquée outre-Manche. Derrière la démonstration technique se cache une stratégie commerciale assez limpide. Proposer aux armées européennes un engin qui coche les cases sans leur demander d’attendre dix ans.
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Deux moitiés venues de continents différents
Le Redback n’est pas un inconnu. Ce véhicule de combat d’infanterie chenillé descend du K21 sud-coréen, un engin déjà en service dans son pays d’origine. Hanwha Aerospace l’a fait évoluer pour répondre aux appels d’offres occidentaux, avec une protection revue et une électronique modernisée. La nouveauté dévoilée au salon DVD 2026 se trouve au-dessus de la caisse. Lockheed Martin UK y a greffé une tourelle de 40 mm conçue et intégrée dans son usine du Bedfordshire. Les deux industriels parlent d’une solution à faible risque, que les pays de l’OTAN pourraient adapter sans repartir d’une feuille blanche.
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Un canon choisi pour la variété de ses obus
Pourquoi du 40 mm quand la plupart des blindés occidentaux s’en tiennent au 30 ou au 35 ? Hanwha avance un argument simple. Le canon CTA International, fruit d’une coentreprise franco-britannique, tire des munitions télescopées dont la gamme est particulièrement large. Obus à effet programmable, perforants à flèche, munitions antiaériennes. Le chef d’engin choisit son projectile selon ce qu’il a devant lui. Cette polyvalence compte énormément sur un champ de bataille où l’adversaire peut être un fantassin retranché, un blindé léger ou un drone qui rôde. Un calibre unique qui couvre plusieurs menaces, ça allège aussi la logistique.

Des canons achetés pour des blindés jamais modernisés
Voilà où l’histoire devient savoureuse. Le canon n’a pas été dessiné pour le Redback. Londres en a commandé 515 exemplaires en 2015, pour environ 173 millions d’euros. Le véhicule de reconnaissance Ajax en a reçu 245. Les 270 autres devaient armer les Warrior modernisés, ces blindés vieillissants dont 245 exemplaires attendaient une tourelle neuve. Le gouvernement a tout arrêté en mars 2021. Lockheed Martin UK, maître d’œuvre, a supprimé 158 postes dans la foulée et le ministère s’est retrouvé avec un surplus de canons évalué à plus de 80 millions d’euros. Du matériel payé, qualifié, sans véhicule à équiper. Ce sont ces armes-là que la nouvelle tourelle recycle.
Un cerveau de défense antiaérienne logé dans la tourelle
C’est la première fois que le système SkyKeeper est intégré directement dans une tourelle. Jusqu’ici, ce logiciel de gestion du combat pilotait les batteries de défense sol-air britanniques depuis des postes de commandement. Il coordonne les capteurs, identifie les menaces et répartit les tirs. Embarqué dans un blindé, il change la nature de l’engin. Le Redback ainsi équipé peut traiter les drones et alimenter la situation aérienne partagée entre les unités du dispositif. Un véhicule d’infanterie qui sert aussi de vigie antiaérienne, c’est précisément ce que réclament les états-majors depuis trois ans.

Une propriété intellectuelle entièrement britannique
Détail technique en apparence, argument de vente en réalité. Lockheed Martin UK détient l’intégralité de la propriété intellectuelle du système. Concrètement, aucune autorisation d’un fournisseur étranger n’est nécessaire pour l’exporter. Seule la réglementation britannique s’applique. Pour un pays européen qui a déjà vu des contrats freinés par des règles d’exportation américaines, l’argument porte loin. La souveraineté industrielle n’est plus un supplément d’âme dans un dossier d’acquisition, c’est devenu un critère de sélection. Les vendeurs l’ont parfaitement compris.
Un engin qui a déjà trouvé preneur ailleurs
Le Redback n’en est pas à son coup d’essai à l’international. L’Australie l’a retenu à l’été 2023 dans le cadre de son programme LAND 400 Phase 3, avec un contrat signé en fin d’année pour 129 véhicules et une part substantielle confiée à des industriels locaux. Séoul l’étudie comme base pour son futur blindé d’infanterie. D’autres pays l’ont vu manœuvrer sans aller plus loin pour l’instant.
| Pays | Où en est le Redback |
|---|---|
| Australie | 129 véhicules, contrat signé fin 2023 |
| Corée du Sud | Évalué comme base du futur blindé d’infanterie |
| Pologne | Démonstration menée en 2022 |
| Roumanie | Présenté aux forces terrestres en 2024 |
| Canada et Corée du Sud | Démonstrations annoncées pour 2027 |
Une vitrine sans client identifié
Soyons clairs sur un point. Aucun programme, aucun appel d’offres ne correspond pour l’instant à cette combinaison précise. Les deux groupes présentent leur assemblage comme une démonstration de rapidité d’intégration, pas comme une réponse à un besoin formulé par une armée. Le message adressé aux capitales européennes tient en une phrase. Si vous voulez ce véhicule avec cette tourelle, la livraison peut aller vite, parce que les deux moitiés existent déjà et ont été qualifiées séparément. Reste à trouver le premier acheteur.
Sources :
- Hanwha Aerospace et Lockheed Martin UK, présentation au salon DVD 2026
- Ministère britannique de la Défense, annulation du programme Warrior
