La France pourrait être un début de réponse au cauchemar que traverse la Suisse sur le dossier du système de défense anti-aérien du pays

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

La France pourrait être un début de réponse au cauchemar que traverse la Suisse sur le dossier du système de défense anti-aérien du pays

C’est l’histoire d’un petit pays neutre qui croyait s’offrir la meilleure protection du marché et qui découvre, à ses dépens, le prix de la dépendance.

Le 4 septembre 2026, le chef de l’armement suisse Urs Loher a confirmé une mauvaise nouvelle de plus dans le feuilleton des systèmes de défense antiaérienne Patriot : l’Allemagne, sur qui Berne comptait pour se dépanner, garde finalement ses missiles. La Suisse se retrouve le bec dans l’eau, et son ciel largement découvert pour des années.

Si seulement il existait une autre solution, par exemple de l’autre côté du Rhin…

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L’engrenage d’un fiasco

Pour comprendre ce sac de nœuds, il faut remonter à 2022. Cette année-là, la Suisse commande cinq systèmes Patriot aux États-Unis, dans le cadre de son grand programme de modernisation Air 2030, pour environ 2,3 milliards de francs suisses (près de 2,4 milliards d’euros). Le calendrier prévoyait des livraisons entre 2026 et 2028.

Malheureusement, la guerre a rebattu les cartes. En juillet 2025, Washington décide de donner la priorité à l’Ukraine, qui réclame désespérément des défenses antiaériennes, et prévient Berne que ses Patriot arriveront en retard. Dans la foulée, les Américains attribuent à l’Allemagne deux systèmes qui avaient pourtant été configurés pour la Suisse, afin de compenser les Patriot que Berlin venait de céder à Kiev.

La Suisse, elle, se prend à espérer récupérer ces deux systèmes « suisses » en les rachetant à l’Allemagne. C’est cet ultime espoir qui vient de s’effondrer : Berlin a besoin de ses Patriot pour remplacer au plus vite ceux envoyés en Ukraine, et ne cédera rien.

Dans ce domaine, la France reste si forte que même l’Allemagne vient frapper à sa porte

Une facture qui double, un ciel dégarni

Côté calendrier, les cinq Patriot ne sont plus attendus avant 2032, certaines sources évoquant même 2035. Ajoutons à cela qu’un système livré ne devient pas opérationnel du jour au lendemain : il faut former les équipages, roder les procédures, intégrer l’ensemble. En clair, la Suisse restera privée de défense aérienne à longue portée pendant près d’une décennie de plus que prévu.

Côté portefeuille, l’addition est encore plus salée. Urs Loher évoque un surcoût de 1,7 à 4,3 milliards de francs (environ 1,8 à 4,6 milliards d’euros) par rapport aux 2,3 milliards initiaux. Autrement dit, le coût des Patriot pourrait doubler, voire tripler. Pour un pays qui a déjà dû réduire sa commande de chasseurs F-35 pour tenir dans son enveloppe budgétaire, la pilule est amère.

Pour parachever ce tableau, il existe un problème mondial que nous avons déjà décrit dans ces colonnes : la pénurie de missiles. La guerre contre l’Iran a asséché les stocks planétaires de munitions Patriot. Selon le centre de réflexion américain CSIS, les États-Unis eux-mêmes seraient passés d’environ 2 330 à moins de 800 missiles Patriot opérationnels.

Même en recevant ses lanceurs, la Suisse pourrait donc peiner à se procurer les munitions pour les alimenter. Or, même le système le plus perfectionné du monde ne vaut rien sans ses missiles !

Le MIM-104 Patriot est un système américain de défense aérienne et antimissile développé par Raytheon, capable d’intercepter avions, missiles de croisière et missiles balistiques selon les versions. Déployé depuis 1984, il existe en plusieurs standards, du PAC-2 au PAC-3, ce dernier étant conçu pour la frappe directe « hit-to-kill » et aujourd’hui au cœur de nombreuses défenses aériennes occidentales. Crédit : Wikimedia Foundation.
Le MIM-104 Patriot est un système américain de défense aérienne et antimissile développé par Raytheon, capable d’intercepter avions, missiles de croisière et missiles balistiques selon les versions.
Déployé depuis 1984, il existe en plusieurs standards, du PAC-2 au PAC-3, ce dernier étant conçu pour la frappe directe « hit-to-kill » et aujourd’hui au cœur de nombreuses défenses aériennes occidentales.
Crédit : Wikimedia Foundation.

La porte s’ouvre pour la France

C’est là que le vent pourrait tourner en faveur de l’Europe. Faute de pouvoir compter sur ses Patriot avant longtemps, Berne cherche un système de remplacement, à acquérir de préférence auprès d’un fournisseur européen. Le Conseil fédéral a fait évaluer quatre candidats, et l’un d’eux tient la corde et Cocorico il est français !

Module de lancement terrestre du SAMP/T déployé.
Module de lancement terrestre du SAMP/T déployé.
Système candidat Origine Statut dans l’appel suisse
SAMP/T NG France-Italie (Eurosam : MBDA, Thales) Choix jugé prioritaire
L-SAM Corée du Sud Considéré comme prometteur
David’s Sling Israël En lice
Barak MX Israël En lice

Le favori s’appelle en effet SAMP/T NG. Développé par le consortium Eurosam qui réunit le missilier européen MBDA et le français Thales, apparaît comme le choix prioritaire de Berne, même si le système sud-coréen L-SAM séduit lui aussi le Département fédéral de la défense. Il y aurait là comme un goût de revanche : c’est précisément ce SAMP/T qui avait été écarté au profit du Patriot américain en 2021. Le voilà de retour, porté par la déconvenue helvétique et par la volonté croissante des Européens de dépendre moins de Washington.

Eurosam a prévenu la Suisse qu’une livraison rapide, dès 2029, ne serait possible qu’à condition de commander sans tarder. On devrait donc, en toute bonne logique avoir rapidement le fin mot de l’histoire.

Le vrai casse-tête : comment payer un deuxième système de missiles ?

Le dernier obstacle est en effet budgétaire.

Acquérir un second système de défense longue portée en plus des Patriot coûterait cher. Le chef de l’armement compte sur une enveloppe de cinq milliards de francs prévue dans un financement supplémentaire de l’armée, plus un milliard pour éponger le surcoût des Patriot. L’Administration fédérale des finances freine des quatre fers : selon elle, même avec une hausse de la TVA, il n’y aurait pas de marge suffisante pour une dépense de six milliards de francs. Le Conseil fédéral doit trancher, le dossier étant attendu sur son bureau à la mi-septembre.

La mésaventure suisse est une leçon qui devrait être méditée en Europe. En misant tout sur le matériel américain, un pays (quel qu’il soit) s’expose à voir ses livraisons détournées du jour au lendemain au gré des priorités de Washington, et ses factures gonfler au rythme de l’inflation et des pénuries.

Il peut parfois être intéressant de faire confiance à un ou plusieurs voisins, dont les intérêts sont plus convergents que ceux d’un pays outre-Atlantique…

Sources principales :

  • Watson (CH Media) L’Allemagne garde ses Patriot et place la Suisse dans une situation délicate (4 septembre 2026)
    https://www.watson.ch/fr/suisse/allemagne/160890468-cet-echec-sur-les-systemes-patriot-va-couter-cher-a-la-suisse
    Échec des négociations avec Berlin, surcoûts, calendrier et systèmes candidats au remplacement.
  • SWI swissinfo.ch Missile makers jostle to replace Swiss Patriot order (20 juin 2026)https://www.swissinfo.ch/eng/global-trade/missile-makers-jostle-to-replace-swiss-patriot-order/91619596
    Vulnérabilité du ciel suisse pendant le délai et offre d’Eurosam pour une livraison en 2028-2029.
  • The Defense Post Switzerland Approaches Suppliers for Air Defense Systems as Patriot Delayed (7 mai 2026)
    https://thedefensepost.com/2026/05/07/switzerland-air-defense-systems/
    Détail des cinq industriels sollicités et position du SAMP/T écarté au profit du Patriot en 2021.
  • Aerotime Switzerland weighs scrapping Patriot order as costs could double (14 mai 2026)
    https://www.aerotime.aero/articles/switzerland-patriot-cost-overrun-scrap
    Dérive des coûts, calendrier repoussé au plus tôt à 2034 et hypothèse d’un abandon du contrat.

Image de mise en avant : exercice conduit par la DGA pour les forces de Armée de l’air et de l’espace visant à contrer les menaces aériennes avec le système sol-air moyenne portée de EUROSAM GIE , Thales et MBDA – crédit : DGA

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