Après 1 700 milliards de dollars investis, ce chasseur a encore besoin des satellites de SpaceX

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Said LARIBI

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Après 1 700 milliards de dollars investis, ce chasseur a encore besoin des satellites de SpaceX

Le Pentagone prévoit de brancher ses F-35 sur Starshield, la constellation militaire développée par SpaceX.

L’objectif : permettre à un chasseur de transmettre ce qu’il voit à des forces situées à des milliers de kilomètres, bien au-delà de la portée des radios classiques. Un rapport budgétaire américain révèle que le F-35 recevra d’ici septembre 2031 une capacité de communication par satellite. Le chasseur pourra ainsi partager ses données de pistage avec des unités hors de portée radio. Une évolution qui transforme son rôle : de simple avion d’attaque, il devient un capteur avancé au service de toute une armée.

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Le problème que personne ne voit

Un chasseur furtif possède des capteurs remarquables. Il détecte, identifie et suit des cibles à grande distance. Sauf qu’il se heurte à une limite physique bête : ses radios tactiques ne portent que jusqu’à l’horizon. Au-delà, plus rien. Toute l’information collectée reste donc prisonnière d’une bulle relativement étroite autour de l’appareil. Sur un théâtre d’opérations moderne où les forces sont dispersées sur des milliers de kilomètres, cette contrainte de portée devient un vrai handicap. D’où l’idée de passer par l’espace.

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Le satellite comme relais

La solution retenue s’appuie sur Starshield, la déclinaison militaire de la constellation développée par SpaceX pour le gouvernement américain. Le principe est simple à comprendre : au lieu d’envoyer son signal en ligne droite vers un destinataire proche, l’avion l’expédie vers un satellite qui le renvoie ensuite n’importe où sur la planète. Deux gammes de fréquences seront utilisées, situées dans les bandes Ku et Ka, couramment employées pour les liaisons satellitaires à haut débit. Le tout transitera par une forme d’onde protégée, conçue pour résister au brouillage et à l’interception.

Un F-35C Lightning II des « Sidewinders » de l'escadron de chasseurs d'attaque (VFA) 86 effectue un toucher-décollage sur le pont d'envol du porte-avions USS Nimitz (CVN 68) dans l'océan Pacifique, le 26 juillet 2024 (Source : Wikicommons)
Un F-35C Lightning II des « Sidewinders » de l’escadron de chasseurs d’attaque (VFA) 86 effectue un toucher-décollage sur le pont d’envol du porte-avions USS Nimitz (CVN 68) dans l’océan Pacifique, le 26 juillet 2024 (Source : Wikicommons)

Un déploiement en plusieurs étapes

Le Pentagone ne compte pas tout livrer d’un coup. Voici le calendrier prévu :

Échéance Capacité apportée
Septembre 2026 Réception de données par ondes courtes
Septembre 2030 Réseau maillé entre appareils
Septembre 2031 Envoi de données de pistage par satellite
Septembre 2031 Vidéo bidirectionnelle (en conception)
Septembre 2035 Communications vocales

Cette approche progressive permet d’éprouver chaque brique avant de passer à la suivante. Elle révèle aussi l’ampleur du chantier : quinze ans séparent la première étape de la dernière.

Ce que le chasseur pourra vraiment faire

Il faut rester précis sur les capacités réelles. Dans un premier temps, l’appareil pourra uniquement transmettre des pistes, c’est-à-dire les informations sur les cibles qu’il détecte. Rien n’indique pour l’instant qu’il pourra guider directement une arme tirée par quelqu’un d’autre. Le rapport ne précise d’ailleurs pas quels avions, navires ou unités terrestres recevront ces données. Ce qui est acquis, en revanche, c’est la volonté du Pentagone de faire circuler l’information bien au-delà des réseaux tactiques locaux.

Les liaisons existantes aussi revues

Le chantier ne se limite pas au satellite. La liaison furtive qui relie les F-35 entre eux va passer d’une configuration en chaîne, où chaque appareil doit être configuré manuellement, à un réseau maillé dynamique. Concrètement, si un maillon tombe, l’information trouve automatiquement un autre chemin. La liaison tactique standard de l’Alliance atlantique sera également améliorée, avec la possibilité d’écouter jusqu’à quatre réseaux simultanément et de traiter davantage de messages. De quoi rendre l’ensemble bien plus résistant aux pannes.

Un calendrier qu’il faut prendre avec des pincettes

Ces échéances méritent une bonne dose de scepticisme. Le vaste programme de modernisation dans lequel s’inscrit cette évolution accumule déjà cinq ans de retard. Au départ, il devait livrer 66 nouvelles capacités dès 2026. L’échéance a glissé à 2029, puis à 2031 « au plus tôt ». Pire, son périmètre a été amputé : certaines fonctions ont été repoussées vers un futur programme indéfini, d’autres purement abandonnées. Le bureau d’audit du Congrès américain n’y va pas par quatre chemins, estimant qu’après vingt ans de production, ce programme continue de trop promettre et de sous-livrer. Pour tenter d’accélérer, neuf avions d’essai entièrement instrumentés doivent remplacer une flotte vieillissante, tandis qu’une mise à niveau informatique apportera la puissance de calcul réclamée par tous ces ajouts.

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Un changement de statut pour l’appareil

Au fond, cette évolution raconte autre chose qu’une simple mise à jour logicielle. Le chasseur cesse d’être uniquement un avion d’attaque furtif pour devenir un capteur avancé au service d’un ensemble bien plus vaste. Grâce à sa discrétion, il peut s’approcher de zones défendues, observer, puis transmettre ce qu’il voit à des forces restées loin derrière. Séparer ainsi celui qui détecte de celui qui frappe constitue l’une des grandes tendances militaires actuelles. Reste que tout dépendra d’une chose : la fiabilité de la liaison au moment critique.

Sources :

  • Rapport d’acquisition modernisé du programme F-35 pour l’exercice 2027, daté du 21 avril 2026
  • Feuille de route de modernisation Block 4 du Pentagone
  • Army Recognition, analyse d’Alain Servaes

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