Le montant donne le vertige et dépasse le budget annuel de la défense de la plupart des pays européens.
Sauf qu’on parle ici d’un chasseur qui a effectué son premier vol au début des années 1970. Boeing vient de rafler un contrat plafonné à 131,23 milliards de dollars pour le programme Eagle Crest. Production, modernisation, entretien : tout le cycle de vie de la flotte de F-15 y passe. L’accord s’étire jusqu’en 2037 et embarque au passage sept pays étrangers.
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Un chiffre qui mérite d’être décrypté
Attention à ne pas se tromper sur ce que signifie ce montant. Les 131,23 milliards de dollars claironnés, environ 120 milliards d’euros, correspondent à un plafond contractuel. Pas à un chèque signé. C’est le maximum que Washington pourrait éventuellement commander, rien de plus. Envie d’un ordre de grandeur ? Le jour de l’attribution, le département de la Guerre n’a débloqué que 343 740 dollars, soit dans les 315 000 euros. Une paille, comparée aux milliards affichés en une. On parle donc d’un cadre juridique, pas d’une facture qui tombe demain matin.
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Tout ce que couvre l’accord
Ce contrat ratisse extrêmement large. Fabrication d’appareils neufs, intégration de systèmes, modernisation, rénovations, entretien de toute la flotte existante. Rien n’y échappe. Il prévoit même de monter des capacités de maintenance en interne pour garder les avions en état de voler, que ce soit pour l’armée de l’Air, la garde nationale aérienne ou d’autres clients gouvernementaux. Le tout se fera à Saint-Louis, dans le Missouri, un site où l’on assemble des versions de cet avion depuis des décennies. Rare, cette continuité industrielle, dans un secteur où les chaînes de production ferment aussi vite qu’elles ouvrent.
Voici les principaux paramètres de l’accord :
| Élément | Détail |
| Plafond du contrat | environ 120 milliards d’euros |
| Somme réellement engagée | environ 315 000 euros |
| Période de commande | jusqu’au 24 août 2031 |
| Extension possible | jusqu’au 24 août 2036 |
| Fin des travaux prévue | août 2037 |
| Lieu de production | Saint-Louis, Missouri |
| Type d’attribution | sans mise en concurrence |
Aucune concurrence, et c’est assumé
Voilà un point qui fait toujours grincer des dents. Ce contrat a été attribué en gré à gré, ce qui signifie que le gouvernement a négocié directement avec le constructeur sans ouvrir la procédure à d’autres candidats. Cette pratique est courante quand un seul industriel maîtrise réellement un produit, ce qui est le cas ici puisque personne d’autre ne fabrique cet avion. Elle reste néanmoins scrutée de près par les parlementaires américains, car l’absence de mise en concurrence prive l’État d’un levier de négociation sur les prix.

Sept pays étrangers dans la boucle
L’accord ne concerne pas que les forces américaines. Il couvre aussi les ventes à l’étranger vers le Japon, Israël, l’Arabie saoudite, la Corée du Sud, Singapour, l’Indonésie et la Pologne. Or, cinq de ces pays seulement utilisent aujourd’hui des versions de cet appareil. La présence de la Pologne et de l’Indonésie dans la liste intrigue, puisque ni l’un ni l’autre n’en possède actuellement. Les documents contractuels ne précisent pas la nature de leur inclusion, ce qui laisse planer un doute intéressant sur de futures commandes potentielles.
Un avion qui refuse obstinément de vieillir
Le plus surprenant dans cette histoire reste la longévité de l’appareil. En service américain depuis les années 1970, il continue d’être produit en versions neuves plus de cinquante ans après ses débuts. Les travaux récents portent notamment sur une version modernisée destinée à l’armée de l’Air américaine et sur des appareils spécifiques commandés par Israël. Cette durabilité exceptionnelle s’explique par une conception initiale généreuse, qui laissait de la marge pour intégrer des équipements bien plus modernes que ceux imaginés à l’époque. Un cas d’école en matière d’évolutivité dans l’aéronautique militaire.
Un second contrat en parallèle
Ce méga-accord n’arrive d’ailleurs pas seul. Quelques semaines plus tôt, le même constructeur empochait déjà un contrat séparé d’environ 7,9 milliards d’euros pour le programme israélien. Au menu : 25 appareils neufs, avec une option pour 25 de plus. Le timing de l’annonce n’est pas passé inaperçu, puisqu’elle est tombée juste après une rencontre entre le président américain et le Premier ministre israélien en Floride. Difficile de faire plus parlant sur le poids politique de ce genre de deal. Là aussi, aucune mise en concurrence, et des travaux qui s’étirent jusqu’à fin 2035.
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Ce que ça dit de la stratégie américaine
Derrière ces montants se cache une logique assumée. Tout miser sur des appareils furtifs hors de prix ? L’armée de l’Air américaine a fait un autre choix. Elle garde une flotte panachée, où de vieux chasseurs éprouvés continuent d’assurer les missions qui ne réclament pas d’être invisible. Un avion qui emporte des tonnes d’armement et tient longtemps en l’air reste redoutablement utile, radars ou pas. Pour le constructeur, l’affaire tombe à pic : son carnet de commandes frôle désormais les 548 milliards d’euros, un record, et l’action a grimpé dans la foulée de l’annonce. Douze ans de visibilité industrielle, ça ne se refuse pas.
Sources :
- U.S. Department of War, annonce d’attribution du 24 août 2026, contrat FA8634-26-D-B001
- Air Force Life Cycle Management Center, base aérienne de Wright-Patterson (Ohio)
