L’avion militaire le plus cher du monde à 1,8 milliards d’euros pièce vient de se doter d’une nouvelle capacité qui va embarrasser la Chine

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

L'avion militaire le plus cher du monde à 1,8 milliards d'euros pièce vient de se doter d'une nouvelle capacité qui va embarrasser la Chine

Le bombardier furtif le plus emblématique des États-Unis peut désormais couler des navires à des centaines de kilomètres de distance.

Le 27 juin 2026, au-dessus de la mer des Philippines, un bombardier furtif B-2 Spirit a ouvert sa soute et largué un missile que personne ne l’avait jamais vu emporter officiellement : l’AGM-158C LRASM, un engin antinavire furtif.

Sa cible, l’ex-USS Juneau était un vieux navire amphibie désarmé servant de cible.

L’US Air Force a attendu plusieurs semaines avant de révéler l’affaire, et pour cause : elle vient de doter son avion le plus précieux d’un rôle inédit, celui de tueur de navires. Un message adressé, sans que personne ne soit dupe, à Pékin.

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Le B-2 est tout simplement l’avion le plus cher jamais construit : environ 2,1 milliards de dollars pièce (près de 1,8 milliard d’euros) si l’on répartit sur les appareils l’astronomique facture de développement. Un tarif qui s’explique par un gâchis budgétaire fameux : l’US Air Force en voulait 132, la fin de la guerre froide a ramené la commande à 21, et toute la note de recherche s’est retrouvée étalée sur cette poignée d’exemplaires.

Sa mission principale tait jusqu’ici de pénétrer les défenses aériennes les plus denses grâce à sa furtivité, pour frapper des cibles terrestres très protégées, avec des bombes conventionnelles ou nucléaires. C’est lui qui a mené, en 2025, les frappes contre les sites nucléaires iraniens.

Le voir tirer un missile antinavire, c’est donc un vrai changement de métier. Ce n’était pourtant pas son premier pas vers la guerre navale : en 2024, lors de l’exercice RIMPAC, le B-2 avait déjà testé une bombe guidée bon marché contre une coque cible… mais la bombe oblige à survoler l’objectif, exercice risqué. Le LRASM, lui, se lance à distance de sécurité, à des centaines de kilomètres.

Le bombardier peut ainsi frapper une flotte sans jamais entrer dans la portée de ses défenses.

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Le LRASM, un missile qui pense presque tout seul

Développé par la DARPA, l’agence de recherche du Pentagone, le LRASM a été pensé pour attaquer des navires lourdement défendus dans un environnement où les communications par satellite et les avions de renseignement peuvent être brouillés. Une fois tiré, il se débrouille presque seul.

Le B-21 Raider peut embarquer jusqu'à 13 tonnes de bombes.
Le B-21 Raider peut embarquer jusqu’à 13 tonnes de bombes auxquelles se joindront donc les missiles AGM-158C LRASM.

Concrètement, il navigue d’abord au GPS, puis bascule en phase finale sur un autodirecteur infrarouge passif. Comme ce capteur n’émet aucune onde radar, le navire visé a le plus grand mal à détecter le missile qui fond sur lui. Une base de données embarquée lui permet de reconnaître la classe du bâtiment ennemi et de viser précisément une zone vulnérable. Il détecte et contourne les défenses sur sa route, et plusieurs missiles peuvent même coordonner leur attaque en salve pour saturer un adversaire.

Un essaim d’engins intelligents, en somme.

Caractéristique AGM-158C LRASM
Type Missile de croisière antinavire furtif
Concepteur DARPA / Lockheed Martin, dérivé du missile JASSM
Portée plus de 200 milles nautiques (environ 370 km), estimations supérieures
Charge militaire environ 454 kg (1 000 livres)
Guidage GPS puis autodirecteur infrarouge passif (sans émission radar)
Particularités reconnaissance de cible autonome, évitement des défenses, attaque en salve coordonnée
Plateformes officielles B-1B, F/A-18E/F Super Hornet, et désormais B-2

Une réponse directe au défi chinois

Rien de tout cela n’arrive par hasard. Nous l’écrivions récemment dans ces colonnes : la marine chinoise est devenue la première du monde en nombre de coques, et Pékin a bâti autour de ses côtes un réseau de défenses baptisé par les stratèges « déni d’accès ». L’idée chinoise est simple : truffer la région de missiles et de radars pour tenir les forces américaines à distance, hors de la fameuse première chaîne d’îles qui court du Japon aux Philippines.

C’est précisément ce verrou que l’association du B-2 et du LRASM vient contester. Un bombardier furtif, difficile à repérer, tirant depuis plusieurs centaines de kilomètres des missiles eux-mêmes furtifs, oblige l’adversaire à défendre sa flotte contre des attaques venues de bien au-delà du champ de bataille immédiat. Le tout sans risquer un seul porte-avions ni un seul marin américain dans la zone la plus dangereuse. Le Pentagone a même donné un nom à ce concept : la « chaîne de frappe longue portée ».

L’exercice de juin illustrait d’ailleurs cette logique interalliée. Le B-2 n’était pas seul : contre l’ex-USS Juneau, un sous-marin japonais a porté le coup de grâce à la torpille, un avion de patrouille néo-zélandais a tiré ses premiers missiles Harpoon, et des chasseurs embarqués sur le porte-avions USS George Washington ont participé à l’assaut.

Une démonstration interarmées de ce que plusieurs nations peuvent désormais faire converger sur une seule cible navale.

Le vrai enjeu se nomme B-21

Cette capacité n’est peut-être pas aussi neuve qu’elle en a l’air : l’US Air Force a seulement choisi de la rendre publique, sans préciser depuis quand le B-2 pouvait tirer ce missile, ni combien il peut en emporter. Le budget américain 2027 ne mentionne d’ailleurs toujours pas officiellement cette intégration. L’annonce relève donc probablement davantage de la démonstration de force à destination de la Chine que de la révélation technique.

Reste que la vraie portée de la nouvelle se lit dans l’avenir. Il ne subsiste que 19 B-2 en service, et l’appareil est en fin de carrière. Son successeur, le B-21 Raider, est déjà en production, et devrait hériter de cette capacité antinavire, mais en flotte bien plus nombreuse. Là où le B-2 est une pièce rare et précieuse, le B-21 est pensé pour être construit en série. Demain, ce sont donc des dizaines de bombardiers furtifs qui pourraient menacer n’importe quelle flotte ennemie depuis les profondeurs du Pacifique.

Sources :

Image de mise en avant : Un missile antinavire LRASM devant un F/A-18 E/F Super Hornet du VX-23 le 12 aout 2015.

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