L’Allemagne réarme si vite qu’elle embauche 10 000 personnes par an et n’arrive toujours pas à suivre

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Said LARIBI

Said LARIBI

L'Allemagne réarme si vite qu'elle embauche 10 000 personnes par an et n'arrive toujours pas à suivre

Le géant allemand de l’armement croule sous les commandes militaires et déploie une puissance industrielle qu’on n’avait plus vue depuis des décennies.

Missiles, munitions, F-35, drones, satellites : le pays met les bouchées doubles pour réarmer l’Europe. Rheinmetall vient de dévoiler un carnet de commandes vertigineux de 80,4 milliards d’euros. Pour l’écouler, l’entreprise ouvre des usines dans toute l’Europe et embauche à tour de bras. Un effort de guerre industriel qui illustre à quel point l’Allemagne a décidé de se réarmer sans attendre.

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Un carnet de commandes qui donne le vertige

Le chiffre a de quoi impressionner. Rheinmetall doit honorer pas moins de 80,4 milliards d’euros de commandes déjà signées. Pour un groupe d’armement, c’est colossal. Le problème, quand on a autant de contrats en attente, c’est qu’il faut être capable de produire assez vite. Et c’est précisément là que l’entreprise allemande a décidé de frapper fort. Plutôt que de sous-traiter ou de temporiser, elle bâtit de nouvelles usines partout et muscle chaque maillon de sa chaîne de production. Une montée en puissance qui ne laisse aucun secteur de côté.

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Des F-35 assemblés près de Düsseldorf

Première surprise : Rheinmetall fabrique déjà des morceaux du chasseur furtif américain le plus célèbre du monde. Près de Düsseldorf, l’usine qui produit des éléments du F-35 tourne à plein régime. Cette activité a fait bondir les ventes de la division numérique de 30 % pour atteindre 417 millions d’euros. Autrement dit, l’Allemagne ne se contente pas d’acheter des F-35 : elle participe à leur construction sur son propre sol. Un vaste programme de numérisation destiné à l’armée allemande a lui aussi dopé les résultats, confirmant que la production explose dans ce secteur.

Voici les principaux chantiers industriels en cours :

Site Production Mise en service
Várpalota (Hongrie) Explosif RDX 2027
Suisse Mélange de poudres En cours
Aschau (Allemagne) Poudre propulsive 3e trimestre 2027
Burgos (Espagne) Roquettes Actif
Unterlüß (Allemagne) Moteurs de roquettes 1er trimestre 2027
Düsseldorf Drones FV-014 Fin 2026

La chaîne des munitions renforcée de bout en bout

Là où l’entreprise devient maligne, c’est qu’elle ne se contente pas de fabriquer des obus. Elle remonte toute la chaîne d’approvisionnement. Une usine d’explosif RDX doit ouvrir en Hongrie en 2027, tandis que de nouvelles capacités de mélange de poudres sont ajoutées en Suisse. À Aschau, en Allemagne, une usine de poudre propulsive entrera en service fin 2027 et produira jusqu’à 4 500 tonnes de poudre triple base par an. En clair, Rheinmetall veut maîtriser chaque étape, depuis les matières premières jusqu’à la munition finale. Cette indépendance industrielle est vitale en temps de guerre, quand les fournisseurs peuvent lâcher du jour au lendemain.

Le grand saut dans les missiles de croisière

C’est peut-être le virage le plus stratégique. Grâce à un partenariat avec l’entreprise Destinus, Rheinmetall se lance dans la production de missiles de croisière. Les premiers systèmes Ruta Block 2 et Kryla doivent sortir des chaînes vers la fin 2026, suivis d’une usine dédiée en 2027. Le groupe détient la majorité de cette coentreprise et prendra en charge la fabrication des ogives et d’autres composants sensibles. Pour l’Allemagne, longtemps discrète sur ce type d’armement, entrer dans le club des producteurs de missiles longue portée est un changement de dimension considérable.

Rheinmetall remporte une commande de la Bundeswehr d'une valeur de plus de 500 millions d'euros pour 149 postes de secours mobiles, visant à renforcer le soutien médical sur le champ de bataille (Photo : Rheinmetall)
Rheinmetall remporte une commande de la Bundeswehr d’une valeur de plus de 500 millions d’euros pour 149 postes de secours mobiles, visant à renforcer le soutien médical sur le champ de bataille (Photo : Rheinmetall)

Des drones et même des satellites à la chaîne

L’ambition ne s’arrête pas aux armes classiques. Rheinmetall investit aussi dans les technologies du futur. Une ligne de production de drones FV-014 doit être opérationnelle près de Düsseldorf d’ici fin 2026. Plus impressionnant encore, l’entreprise se prépare à fabriquer des satellites radar à un rythme industriel jamais vu : l’objectif affiché est de produire un satellite par semaine. Oui, par semaine. Cette capacité à sortir des satellites espions en série placerait l’Allemagne parmi les grandes puissances spatiales militaires, un domaine où elle était pratiquement absente jusqu’ici.

Un effort qui coûte cher, mais assumé

Tout cela a un prix, et l’entreprise ne s’en cache pas. Construire autant d’usines mobilise énormément d’argent. Rheinmetall a reçu pour environ 6,2 milliards d’euros de fournitures sur un seul trimestre, ce qui a plombé temporairement sa trésorerie. Le patron du groupe, Armin Papperger, assume totalement : sans ces stocks massifs, impossible de grandir. L’entreprise attend d’ailleurs des avances de paiement liées à de gros contrats en Allemagne et en Roumanie. Le groupe consacre entre 8 et 9 % de ses ventes aux investissements, tout en cherchant des économies sans jamais réduire la capacité de production.

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Une machine qui tourne déjà à plein régime

Les résultats parlent d’eux-mêmes. Sur le seul deuxième trimestre 2026, les ventes ont bondi de près de 70 % pour atteindre 3,29 milliards d’euros, et le bénéfice opérationnel a plus que doublé pour dépasser 562 millions d’euros. Pour suivre ce rythme effréné, le groupe affirme embaucher environ 10 000 salariés par an et avoir reçu plus de 160 000 candidatures. Tout n’est pas rose pour autant : la perte du programme de frégates F126 va amputer les ventes de 300 millions d’euros sur l’année, une ombre au tableau que les analystes n’ont pas manqué de relever. Ces chiffres racontent malgré tout une histoire simple : l’industrie de défense allemande vit un âge d’or, portée par un continent qui a brutalement redécouvert la nécessité de se réarmer vite et massivement.

Sources :

  • Defense News / présentation des résultats du deuxième trimestre 2026 de Rheinmetall
  • Déclarations d’Armin Papperger (PDG) et Klaus Neumann (directeur financier), Rheinmetall

Source image à la une : Rheinmetall

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