Fin juillet 2026, l’Allemagne, la Norvège et le Canada se sont réunis à Kiel pour lancer la planification commune d’un programme hors norme : celui des sous-marins 212CD.
Trois semaines plus tôt, Ottawa avait retenu le constructeur allemand TKMS pour équiper sa marine, dans ce qui deviendra le plus gros contrat de défense de l’histoire du Canada (entre 13 et 20 milliards d’euros).
À la clé, une flotte commune de jusqu’à 24 sous-marins, et un nouveau triomphe pour le champion naval allemand.
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Un contrat aux dimensions vertigineuses pour renouveler la flotte de sous-marins du Canada
Le Canada veut jusqu’à douze sous-marins, pour un montant estimé entre 20 et 30 milliards de dollars canadiens (environ 13 à 20 milliards d’euros) rien que pour les navires. En intégrant trente ans d’exploitation et d’entretien, la facture totale pourrait grimper jusqu’à 100 milliards de dollars canadiens, soit près de 66 milliards d’euros !
Du jamais-vu à Ottawa : c’est, de loin, le plus important marché de défense jamais lancé par le pays.
Il faut dire que le Canada partait de loin. Sa marine repose aujourd’hui sur quatre vieux sous-marins de la classe Victoria, rachetés d’occasion au Royaume-Uni entre 1998 et 2000, et à bout de souffle. Plus frappant encore, le pays n’avait pas commandé de sous-marin flambant neuf depuis plus de soixante ans.
Notons qu’à ce stade, TKMS n’est encore que « fournisseur privilégié », pas encore titulaire d’un contrat signé. Les négociations viennent tout juste de s’ouvrir, avec un objectif de finalisation d’ici fin 2027.
Si elles venaient à échouer, Ottawa garde sous le coude, en solution de repli, le Coréen Hanwha et son KSS-III. Rien n’est donc gravé dans le marbre, même si la dynamique est clairement lancée.
Comment naît un bloc sous-marin à trois nations
Le vrai coup de génie de TKMS, c’est d’avoir transformé une commande nationale en alliance. Le 212CD n’est pas un sous-marin allemand, mais un projet germano-norvégien, baptisé « Common Design », c’est-à-dire conception commune. L’Allemagne et la Norvège en ont déjà commandé six chacune, soit douze bâtiments identiques, développés main dans la main par TKMS et le norvégien Kongsberg.
En rejoignant ce club, le Canada ne se contente pas d’acheter un sous-marin sur étagère : il entre dans un ensemble industriel et opérationnel déjà rodé.
Additionnez les commandes, et vous obtenez une flotte potentielle de vingt-quatre sous-marins strictement identiques, répartis entre trois marines de l’OTAN. Même formation des équipages, même maintenance, mêmes pièces détachées, même chaîne de commandement sous-marine d’un océan à l’autre.
Un sous-marin taillé pour la banquise
Le 212CD n’a plus grand-chose à voir avec les petits sous-marins côtiers dont l’Allemagne s’était fait une spécialité. Long d’environ 73 mètres pour près de 2 500 tonnes en surface, il affiche une coque anguleuse, taillée à facettes comme un avion furtif, pensée pour renvoyer le moins d’écho possible aux sonars adverses. C’est un bâtiment océanique, capable de longues traversées loin de ses bases.
Son atout maître, c’est le silence. Grâce à une propulsion anaérobie à pile à combustible, épaulée par des batteries au lithium, le 212CD peut rester en plongée une quarantaine de jours sans jamais remonter respirer en surface, tout en filant à plus de vingt nœuds. Un fantôme des profondeurs, particulièrement précieux sous la glace arctique, où la moindre remontée est un danger. Son système de combat ORCCA, fruit du travail commun de Kongsberg, TKMS et Atlas Elektronik, est présenté comme le plus avancé du monde pour un sous-marin non nucléaire. À bord, quatre tubes de 533 millimètres et la capacité d’emporter des missiles antinavires Naval Strike Missile.
Ce n’est pas un hasard si l’Arctique revient sans cesse dans la bouche des responsables. Face au réarmement naval russe dans le Grand Nord, et après les sabotages de gazoducs qui ont montré la vulnérabilité des infrastructures sous-marines, les alliés veulent des yeux et des oreilles sous la banquise. Le 212CD, discret et endurant, est fait pour ça.

Le sous-marin 212CD en fiche technique :
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Constructeurs | TKMS (Kiel et Wismar) et Kongsberg (Norvège) |
| Type | Sous-marin d’attaque à propulsion conventionnelle (programme « Common Design » germano-norvégien) |
| Déplacement | Environ 2 500 tonnes en surface, 2 800 en plongée |
| Dimensions | Environ 73 m de long, 10 m de large, 7 m de tirant d’eau |
| Équipage | 27 à 30 marins |
| Propulsion | Deux diesels MTU 4000, propulsion anaérobie (AIP) à pile à combustible et batteries lithium-fer-phosphate |
| Vitesse | Plus de 20 nœuds en plongée (environ 37 km/h) |
| Endurance | Environ 40 jours en plongée sans remonter respirer en surface |
| Furtivité | Coque à facettes en losange, acier amagnétique, très faible signature acoustique |
| Système de combat | ORCCA (Kongsberg, TKMS, Atlas Elektronik), réputé le plus avancé pour un sous-marin non nucléaire |
| Capteurs | Mâts optroniques Hensoldt (en remplacement des périscopes), sonars de coque et antennes de flanc |
| Armement | 4 tubes de 533 mm, torpilles lourdes, missiles antinavires Naval Strike Missile, futur missile supersonique 3SM Tyrfing |
| Calendrier | Livraisons Allemagne et Norvège dès la fin des années 2020 ; premier 212CD canadien d’ici 2033 |
L’Italie a également « son » 212
L’Italie, elle, cultive son propre jardin. Membre historique de la famille Type 212 aux côtés de l’Allemagne, elle a choisi de ne pas rejoindre le « pool » germano-norvégien du 212CD, préférant développer sa version nationale : le U212 NFS, pour Near Future Submarine. Construit par Fincantieri sous l’égide de l’agence européenne OCCAR, ce sous-marin remplacera les quatre vieux bâtiments de la classe Sauro. Rome en a commandé quatre, complétés par deux exemplaires d’une version évoluée, le NFS EVO, la première tranche de deux navires ayant été signée pour 1,35 milliard d’euros en 2021.
Plus compact que le 212CD canadien, avec ses 59 mètres et ses 1 600 tonnes en surface, le NFS mise tout sur le contenu technologique italien : batteries lithium-fer-phosphate produites localement, système de combat de Leonardo, guerre électronique signée Elettronica, et surtout des missiles de croisière capables de frapper des cibles à terre. La quille du premier a été posée début 2026 au chantier de Muggiano, et la marine italienne compte en recevoir un par an à partir de 2029.
Deux écoles, donc, pour un même héritage allemand : d’un côté le grand 212CD océanique et mutualisé entre trois nations, de l’autre le NFS italien, plus petit, plus souverain, taillé pour la Méditerranée.
Le champion allemand poursuit sa moisson
Pour TKMS, ce succès canadien a une saveur particulière. Le groupe de Kiel évoque « la plus grosse commande unique de son histoire », de quoi gonfler son carnet de plus de moitié d’un seul coup. Déjà leader mondial du sous-marin classique, fraîchement introduit en Bourse à l’automne 2025 sur fond de réarmement européen, il confirme là son statut de valeur montante de la défense du continent. La déconvenue de la F126 est déjà loin derrière.
Reste une inconnue, et elle est de taille. Construire jusqu’à douze sous-marins pour le Canada, en partie sur le sol canadien comme l’exige Ottawa, tout en livrant les douze bâtiments germano-norvégiens, représente un défi industriel redoutable. Pour tenir les délais canadiens, TKMS et ses partenaires ont d’ailleurs accepté de décaler certains de leurs propres créneaux de production. Le pari est audacieux : il faudra désormais transformer l’essai, signer le contrat, puis livrer, dans les temps et sans dérapage, une armada sous-marine que trois nations attendent de pied ferme.
La vraie plongée ne fait que commencer !
Sources principales :
- TKMS, Launch of trilateral cooperation: Germany, Norway, Canada and TKMS begin planning phase for the 212CD program, (10 août 2026)
https://www.tkmsgroup.com/news/article/launch-of-trilateral-cooperation-germany-norway-canada-and-tkms-begin-planning-phase-for-the-212cd-program
Communiqué officiel sur la réunion de planification de Kiel (fin juillet 2026), le début de la phase opérationnelle et la préparation des négociations de contrat. - Quwa, Canada Selects the Type 212CD: What the $86 Billion Industrial Package Actually Involves, (juillet 2026)
https://quwa.org/north-america/canada/canada-selects-the-type-212cd-what-the-86-billion-industrial-package-actually-involves /
Sur le coût du programme (20 à 30 milliards de dollars canadiens pour les navires, jusqu’à 100 sur le cycle de vie) et l’option de repli Hanwha. - Army Recognition, Norway orders two more German Type 212CD submarines to counter Russian Arctic Navy, (décembre 2025)
https://www.armyrecognition.com/news/navy-news/2025/norway-orders-two-more-german-type-212cd-submarines-to-counter-russian-arctic-navy
Sur les caractéristiques du 212CD (73 m, 2 500 t, propulsion AIP, système ORCCA) et l’enjeu arctique face à la Russie. - Naval Technology, U212 NFS (Near Future Submarine) Programme, Italy, (mis à jour 2026)
https://www.naval-technology.com/projects/u212-nfs-submarine-programme-italy/
Sur le programme italien U212 NFS (Fincantieri, OCCAR), ses caractéristiques (59 m, 1 600 t, batteries lithium), le calendrier de livraison et la version NFS EVO.
