Ce char surnommé « baby Abrams » prend feu à deux pas de la Corée du Nord, l’équipage évacue in extremis

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Said LARIBI

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Ce char surnommé « baby Abrams » prend feu à deux pas de la Corée du Nord, l'équipage évacue in extremis

Un char sud-coréen K1E1 a pris feu pendant un exercice de tir réel, à 25 km à peine de la frontière nord-coréenne. L’équipage a eu le temps de sortir, sans le moindre blessé.

Un incident qui braque les projecteurs sur ce blindé surnommé le « baby Abrams », cousin coréen du célèbre char américain. Un panache de fumée, des soldats qui jaillissent d’un char en flammes, et la Corée du Nord à quelques kilomètres. La scène s’est déroulée lors d’un entraînement, dans une zone parmi les plus surveillées du monde. Plus de peur que de mal, mais des questions.

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Une évacuation dans l’urgence

L’alerte a été chaude, tôt jeudi matin. Un char sud-coréen, un exercice de tir réel, et soudain des flammes à l’intérieur. Les hommes déguerpissent. On est à quelques kilomètres de la Corée du Nord. Le blindé, un char K1E1 de l’armée sud-coréenne. Le feu, lui, part du compartiment moteur, à l’arrière, là où tourne le diesel. Pas d’hésitation, pas de tentative héroïque. Les soldats quittent le char dès les premières flammes. Bien leur en a pris. Personne n’est blessé. Un réflexe qui a sans doute évité le drame.

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Une enquête pour comprendre les causes

Pourquoi ce char a-t-il pris feu ? C’est toute la question. Militaires et pompiers ont ouvert une enquête. Objectif, comprendre d’où vient le feu. Les mesures suivront, une fois les causes connues. Pour l’instant, tout est sur la table. Un défaut propre à ce véhicule. Un problème de maintenance sur toute la flotte. Ou juste une panne isolée, sans rien de plus grave derrière. Difficile de trancher pour le moment. D’où la prudence des autorités, qui refusent toute conclusion hâtive.

Le cousin coréen de l’Abrams

D’où vient ce char au surnom intrigant ? De l’autre côté du Pacifique. Le K1E1 n’a rien d’un pur produit coréen. Ses gènes sont américains. D’où son surnom chez les passionnés, le « baby Abrams », tant il évoque le M1 Abrams de l’armée américaine. Retour au début des années 1980. Une entreprise américaine dessine le K1, en réutilisant la technologie du programme qui a aussi accouché de l’Abrams. Hyundai prend ensuite le relais et le produit en Corée du Sud dès 1985. Une filiation qui saute aux yeux quand on compare les deux blindés.

Un char K1E1 éteint les flammes lors d'un exercice de tir réel à Gyeonggi le 5 février 2025. YONHAP
Un char K1E1 éteint les flammes lors d’un exercice de tir réel à Gyeonggi le 5 février 2025. YONHAP

Le premier char made in Korea

Quelle place ce blindé occupe-t-il dans l’histoire militaire du pays ? Une place fondatrice. Pour la Corée du Sud, le K1, c’est une petite révolution. Son tout premier char fabriqué localement. Un symbole fort pour une nation qui voulait bâtir sa propre industrie de défense. Entré en service en 1987, il sera construit à plus de mille exemplaires. Pendant des décennies, il porte à lui seul l’ossature des forces blindées coréennes. D’autres versions ont suivi, les K1A1, K1A2, et surtout le redoutable K2 Black Panther. Mais le vieux K1 tient toujours, preuve d’une conception d’origine plutôt bien pensée.

Une modernisation qui garde le vieux canon

Qu’a donc de particulier cette version K1E1 ? Elle représente une mise à niveau de chars K1 déjà existants, et non un modèle neuf. Ses livraisons ont débuté en 2014, par étapes. Voici ce qui la caractérise :

Caractéristique Donnée
Poids Environ 51 tonnes
Équipage 4 hommes
Moteur Diesel de 1 200 chevaux
Vitesse maximale 65 km/h
Autonomie Environ 500 km

Contrairement aux versions K1A1 et K1A2, passées à un canon plus gros de 120 mm, le K1E1 conserve le canond’origine de 105 mm. En revanche, il gagne en électronique. Il reçoit des systèmes numériques de gestion du champ de bataille, permettant de partager les données de ciblage, un équipement d’identification ami-ennemi et des caméras de surveillance à l’avant et à l’arrière.

Des soldats de l'armée de la République de Corée participent à un exercice de tir réel de blindés près du mont Yongmoonsan, en Corée du Sud. Photo : Seung-il Ryu/NurPhoto via AFP
Des soldats de l’armée de la République de Corée participent à un exercice de tir réel de blindés près du mont Yongmoonsan, en Corée du Sud. Photo : Seung-il Ryu/NurPhoto via AFP

Une zone frontalière sous haute tension

Pourquoi le lieu de l’incident est-il si important ? Parce qu’il s’agit d’une zone ultra-stratégique. La ville de Pocheon, où s’est produit l’incendie, sert de terrain d’entraînement régulier. Forces sud-coréennes et alliés américains y multiplient les exercices, précisément en raison de sa proximité avec la frontière nord-coréenne. La ville abrite un vaste complexe de tir réel. De nombreuses manœuvres conjointes s’y déroulent, réunissant chars, infanterie et hélicoptères d’attaque sous des noms de code variés. Autant dire un secteur où l’activité militaire est particulièrement intense, à la lisière d’une des frontières les plus surveillées de la planète.

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Des drones testés au même endroit

Cette zone concentre-t-elle d’autres activités notables ? Oui, et c’est frappant. Des Marines américains ont mené au même champ de tir de Pocheon, dans la même période que l’incendie du char, leur tout premier exercice public de tir réel avec des drones d’attaque. Ces engins pilotés à vue foncent sur leur cible, une technologie devenue incontournable. Fait notable, ces Marines travaillaient directement avec le 5e corps d’armée sud-coréen, l’unité à laquelle appartenait justement le char incendié. Cette coïncidence en dit long sur la concentration des entraînements alliés dans ce secteur. Elle illustre aussi la montée en puissance des drones, appelés à cohabiter avec les blindés classiques sur le champ de bataille de demain.

Sources :

  • Autorités militaires sud-coréennes, confirmation de l’absence de victimes et ouverture d’une enquête
  • Analyses en sources ouvertes, historique de la famille de chars K1 et exercices conjoints à Pocheon

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