Ce concurrent européen du Rafale entend bien relancer la « guerre des avions de chasse » en doublant la production de son Gripen à 30 appareils annuels

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

Ce concurrent européen du Rafale entend bien relancer la « guerre des avions de chasse » en doublant la production de son Gripen à 30 appareils annuels

Saab veut augmenter la cadence sur son Gripen.

Le patron de Saab, Micael Johansson, l’a lâché lors de la présentation des résultats du deuxième trimestre : « Nous visons quelque part entre 25 et 30 sur l’année, ce qui double presque notre capacité actuelle. »

L’entreprise suédoise tourne aujourd’hui autour de quinze Gripen par an, donc on parle tout simplement de doubler la production de l’avion de chasse.

Un duel passionnant semble se dessiner avec un de ses concurrents européens qui n’est autre que notre Rafale national !

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Le 6 août 2026, Saab a annoncé vouloir presque doubler sa production de Gripen, pour atteindre 25 à 30 appareils par an

Où construire tous ces Gripen ? Historiquement, tout sortait d’un seul site, l’usine de Saab à Linköping, dans le sud de la Suède, berceau de l’appareil. Depuis peu, une seconde ligne tourne au Brésil, chez Embraer, sur le site de Gavião Peixoto, d’où le premier Gripen assemblé hors de Suède est sorti en mars 2026. Les deux partenaires viennent de sceller un accord de principe pour y produire vingt appareils supplémentaires, de quoi presque doubler la cadence brésilienne.

Saab ne compte pas s’arrêter là. Le groupe a laissé entendre qu’il pourrait lui falloir une troisième chaîne d’assemblage pour absorber la demande. L’Ukraine, justement, se verrait bien endosser ce rôle : Kiev et Stockholm ont signé fin 2025 un mémorandum visant à localiser, à partir de 2033, une partie de la production sur le sol ukrainien, de l’assemblage final jusqu’à la fabrication de composants. Une manière, pour un pays en guerre, de bâtir au passage sa propre industrie du combat aérien.

Le Rafale ou le Gripen ? Tout dépend de ce que vous voulez

Tout, ou presque, oppose les deux appareils. Le Gripen, c’est l’école de la frugalité : un seul moteur, une cellule compacte, un coût d’achat et surtout d’entretien réduit, une capacité à décoller de simples routes et à être remis en vol par une poignée de mécaniciens en quelques minutes. Un chasseur pensé pour les budgets serrés et les nations qui veulent une défense crédible sans se ruiner.

Le Rafale joue une autre partition. Bimoteur, plus lourd, plus cher, il revendique le titre d’« omnirôle » : un seul avion capable de tout faire, de la police du ciel au bombardement nucléaire, de la reconnaissance à la frappe navale depuis un porte-avions.

Là où le Suédois vise le meilleur rapport qualité-prix, le Français vise la polyvalence maximale. Deux réponses radicalement différentes à la même question, et deux clientèles qui ne se recouvrent qu’en partie.

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Gripen E/F et Rafale face à face :

Critère Gripen E/F (Saab) Rafale (Dassault)
Génération 4,5, monomoteur 4,5, bimoteur
Positionnement Léger, bon marché, entretien réduit Lourd, omnirôle, capacité nucléaire et navale
Prix approximatif à l’unité 60 à 85 M€ (catalogue) ; jusqu’à ~210 M€ contrat tout compris 90 à 110 M€ (catalogue) ; jusqu’à ~270 M€ contrat tout compris
Coût de l’heure de vol Environ 4 000 à 10 000 € Environ 15 000 €
Production actuelle Environ 15 par an 28 prévus en 2026
Cadence visée 25 à 30 par an 4 par mois (environ 44 par an) en 2029
Total commandé Environ 140 (E/F) 533 (300 produits)
Reste à livrer Plus de 100 Environ 220
En service depuis 1996 (E à partir de 2019) 2004 (Marine), 2006 (Air)

La course aux cadences

C’est le nerf de la guerre du moment : produire vite. Saab veut presque doubler sa cadence et se dit prêt à atteindre la barre des vingt appareils annuels en un an environ, avant de viser trente. Dassault, de son côté, a livré 26 Rafale en 2025, en prévoit 28 en 2026, et affiche l’objectif de quatre appareils par mois, soit environ quarante-quatre par an, à l’horizon 2029. Une cadence cinq, plus élevée encore, est à l’étude, mais suspendue à de nouvelles commandes (peut-être en provenance d’Inde).

Les deux avionneurs se heurtent d’ailleurs au même obstacle, et ce n’est ni l’usine ni la main-d’œuvre. C’est la chaîne d’approvisionnement, fragilisée depuis la pandémie, qui peine à suivre. Chez Dassault, quelque 400 entreprises contribuent au Rafale, et certaines n’ont jamais tout à fait récupéré.

Monter en cadence, dans l’aéronautique de défense, ne se décrète pas : il faut environ trois ans entre la décision et le premier avion supplémentaire sorti de chaîne.

Crédit ; Dassault Aviation
Crédit : Dassault Aviation

La bataille des carnets

Sur le volume brut, entre nos deux rivaux européens, la messe est dite : le Rafale écrase la comparaison. Depuis le lancement du programme, 533 exemplaires ont été commandés par la France et huit pays étrangers, dont le trois-centième vient de sortir des ateliers. Le carnet reste garni d’environ 220 appareils à livrer, de quoi occuper les chaînes bien au-delà de 2030. Le Gripen E/F, lui, totalise environ 140 commandes, un score honorable mais sans commune mesure.

Élargissons pourtant la focale, car ce duel n’est qu’un match dans un tournoi autrement plus vaste. Or dans ce tournoi, un mastodonte écrase tout le monde : le F-35 américain. Le chasseur furtif de Lockheed Martin a livré 191 exemplaires pour la seule année 2025, davantage que tous les autres chasseurs occidentaux réunis. Plus de 1 300 appareils déjà sortis d’usine, un carnet de plus de 300 avions et un objectif dépassant les 3 500 sur la durée du programme : à côté, Rafale et Gripen jouent dans une catégorie inférieure. Le F-35 est aujourd’hui le seul chasseur furtif réellement disponible à l’export, et cette avance se paie en parts de marché.

Les autres poids lourds occidentaux ne sont pas en reste. L’Eurofighter Typhoon, bimoteur européen construit par Airbus, BAE Systems et Leonardo, a écoulé plus de 740 appareils et s’apprête à doubler sa cadence pour honorer la commande turque et relancer ses exportations. Le vétéran F-16, dans sa version modernisée Block 70/72, continue de se vendre par dizaines depuis son usine de Caroline du Sud, porté par une clientèle qui n’a pas les moyens du F-35. Le lourd F-15EX Eagle II de Boeing, lui, monte lentement en puissance. Tous surfent sur la même vague : un monde qui se réarme et des carnets qui débordent.

Reste l’autre moitié de la planète, où le tableau se brouille. À l’Est, la Russie, dont l’industrie d’exportation s’est effondrée avec la guerre en Ukraine, peine à livrer son Su-57 furtif au-delà de quelques exemplaires. La Chine, elle, produit en nombre ses J-20 furtifs, mais pour sa seule armée, et garde ses cadences jalousement secrètes ; son J-35, décliné pour l’export, commence tout juste à chasser sur les terres américaines. La Corée du Sud, enfin, fait une entrée remarquée avec son KF-21. Jamais le marché du chasseur n’a été aussi disputé.

Le marché mondial du chasseur en 2026 :

Appareil (constructeur, pays) Génération Cadence actuelle Carnet à livrer
F-35 (Lockheed Martin, États-Unis) 5e, furtif Environ 156 par an (191 en 2025) Environ 320 (plus de 3 500 prévus au total)
Rafale (Dassault, France) 4,5 Environ 28 par an (44 visés en 2029) Environ 220
Eurofighter Typhoon (Airbus/BAE/Leonardo, Europe) 4,5 Environ 12 à 14 par an (30 visés en 2028) Environ 160
Gripen E/F (Saab, Suède) 4,5 Environ 15 par an (25 à 30 visés) Environ 120
F-16 Block 70/72 (Lockheed Martin, États-Unis) 4,5 En montée Environ 130
F-15EX Eagle II (Boeing, États-Unis) 4,5 Vers 24 par an Environ 90 (104 commandés)

Chiffres occidentaux, les seuls fiables : les productions russe (Su-57) et chinoises (J-20, J-35) restent opaques et destinées avant tout aux forces nationales. Sources : constructeurs et presse spécialisée.

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Kiev, le juge de paix

Reste le terrain où les deux rivaux se retrouvent nez à nez : l’Ukraine. Kiev joue habilement sur les deux tableaux. Côté suédois, le contrat est déjà ferme : seize Gripen E signés le 30 juin 2026 pour environ 2,2 milliards d’euros, livrables en 2029-2030, avec une lettre d’intention qui évoque jusqu’à 150 appareils à terme. Côté français, l’Ukraine et Emmanuel Macron ont paraphé en novembre 2025 une lettre d’intention portant sur jusqu’à cent Rafale.

Attention, toutefois, à ne pas confondre les registres. D’un côté, un contrat signé et chiffré ; de l’autre, un engagement politique non contraignant, dont le financement reste à trouver. Les deux avionneurs le savent : entre une lettre d’intention et un chèque encaissé, il y a souvent un gouffre, et l’histoire des grands contrats d’armement est jonchée de promesses jamais tenues.

Le vrai gagnant de cette effervescence, au fond, c’est l’industrie européenne du chasseur dans son ensemble. Longtemps à la peine face au rouleau compresseur américain F-35, Gripen et Rafale profitent à plein d’un continent qui se réarme et cherche, parfois, des alternatives plus souveraines.

Reste à savoir lequel des deux, du Suédois frugal ou du Français polyvalent, saura transformer ce moment de grâce en cadences réellement tenues. Car dans cette course, désormais, la victoire ne se jouera pas dans les salons du Bourget, mais sur les chaînes d’assemblage.

Sources :

  • Defence Industry Europe (Lukasz Prus), Saab plans to nearly double Gripen production to 25–30 aircraft a year, (6 août 2026)
    https://defence-industry.eu/saab-plans-to-nearly-double-gripen-production-to-25-30-aircraft-a-year-with-ukraine-contract-and-brazilian-deliveries-supporting-expansion /
    Sur l’objectif de 25 à 30 Gripen par an, le contrat ukrainien et les livraisons brésiliennes.
  • Saab, Saab signs contract for Gripen E for Ukraine, (30 juin 2026)
    https://www.saab.com/newsroom/press-releases/2026/saab-signs-contract-for-gripen-e-for-ukraine
    Communiqué officiel sur le contrat ferme de 16 Gripen E (24,6 milliards de couronnes), livraisons 2029-2030.
  • Aerotime, Saab Q1 2026: sales up 24%, Gripen output toward 30 per year, (23 avril 2026)
    https://www.aerotime.aero/articles/saab-q1-2026-gripen-production-ramp
    Sur la cadence actuelle d’environ 15 Gripen par an, la ligne brésilienne et les campagnes en cours (Colombie, Thaïlande, Canada).
  • Dassault Aviation, Livraison du 300e Rafale, (7 octobre 2025)
    https://www.dassault-aviation.com/en/group/press/press-kits/delivery-of-the-300th-rafale /
    Sur les 533 Rafale commandés, les 233 restant à livrer et la montée en cadence vers 4 appareils par mois.

Image de mise en avant : JAS 39C Gripen du 211e escadron tactique de l’armée de l’air tchèque – crédit : © Milan Nykodym, Czech Republic

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