Deux des trois composantes de l’armée britannique sont à l’agonie et ce rapport sur un vide capacitaire supplémentaire à venir ne va rien arranger

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

Deux des trois composantes de l'armée britannique sont à l'agonie et ce rapport sur un vide capacitaire supplémentaire à venir ne va rien arranger

L’armée de terre britannique va-t-elle se retrouver une main derrière et une main devant ? 

Le 4 août 2026, le think-tank britannique 878 Institute a publié un rapport alarmant : dès 2027, quatre bataillons d’infanterie blindée de l’armée de terre pourraient se retrouver sans véhicule de combat opérationnel. Le Warrior part à la retraite, son remplaçant Boxer arrive au compte-gouttes, et entre les deux s’ouvre un trou béant. Après une Royal Navy déjà réduite à la portion congrue, c’est désormais au tour de l’armée de terre britannique de montrer des signes d’essoufflement !

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Dès 2027, quatre bataillons d’infanterie blindée de l’armée de terre britannique pourraient se retrouver sans véhicule de combat opérationnel

Au cœur du problème, un vétéran : le Warrior.

Ce véhicule de combat d’infanterie chenillé forme depuis les années 1980 l’ossature de l’infanterie blindée britannique. Robuste, apprécié de ses équipages, il approche pourtant du bout du rouleau, et son départ est fixé à 2027. Le hic, c’est que ce départ a déjà glissé une bonne dizaine de fois. Prévu initialement pour 2014, il a été repoussé d’année en année, l’armée attendant désespérément un vrai remplaçant qui semble ne jamais arriver.

Le MCV-80 Warrior est le principal véhicule de combat d’infanterie chenillé de la British Army depuis la fin des années 1980. Armé d'un canon de 30 mm et capable d'embarquer sept fantassins en plus de son équipage de trois hommes, il a été engagé en Irak, au Koweït et dans les Balkans, où sa protection a largement fait ses preuves.Après près de quarante ans de service, le Warrior est progressivement retiré au profit du Boxer, marquant la fin d'une des plateformes blindées les plus emblématiques de l'armée britannique.
Le MCV-80 Warrior est le principal véhicule de combat d’infanterie chenillé de la British Army depuis la fin des années 1980. Armé d’un canon de 30 mm et capable d’embarquer sept fantassins en plus de son équipage de trois hommes, il a été engagé en Irak, au Koweït et dans les Balkans, où sa protection a largement fait ses preuves. Après près de quarante ans de service, le Warrior est progressivement retiré au profit du Boxer, marquant la fin d’une des plateformes blindées les plus emblématiques de l’armée britannique.

Il y a plus gênant encore. Le Warrior devait à l’origine bénéficier d’une cure de jouvence, le programme WCSP, qui lui aurait greffé une tourelle neuve et un canon de 40 mm, de quoi le prolonger bien au-delà de 2040. Ce chantier, chiffré à environ un milliard de livres (environ 1,2 milliard d’euros), a été purement abandonné en 2021, sous le rabot des économies budgétaires.

Résultat : on s’apprête à retirer un blindé qu’on aurait pu moderniser, sans que son successeur soit au rendez-vous !

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Le Boxer, un successeur qui arrive au ralenti

Ce successeur, c’est le Boxer, un blindé à roues 8×8 construit par le consortium ARTEC, qui réunit les allemands Rheinmetall et Krauss-Maffei Wegmann. Modulaire, moderne, il n’a rien d’un mauvais véhicule. Son seul défaut (mais il est de taille) est d’arriver trop lentement. Sur les 623 exemplaires commandés, à peine une centaine avaient été livrés fin juin 2026, la barre symbolique du centième véhicule ayant été franchie le 25 juin, sortie des usines de Telford et Stockport. L’objectif d’une première capacité opérationnelle fin 2025 est déjà passé à la trappe, victime de soucis d’approvisionnement, et aucun nouveau calendrier n’a été publié pour les cinq cents véhicules restants.

Le calcul est vite fait, et c’est précisément celui que dresse le rapport du 878 Institute, signé Robert Clark. Quatre bataillons d’infanterie blindée doivent troquer leur Warrior contre le Boxer.

Le problème, évidemment, c’est que si l’on retire les premiers avant d’avoir livré les seconds, ces unités se retrouveront, sur le papier comme sur le terrain, sans véhicule du tout. Le rapport observe d’ailleurs que plusieurs régiments démontent déjà leurs Warrior pour préparer l’arrivée du Boxer, alors même que la livraison de ce dernier reste incertaine.

Un détail rend l’affaire plus épineuse encore. Les retards du Boxer d’infanterie pourraient contaminer un autre programme : celui des 72 obusiers RCH 155, eux aussi bâtis sur châssis Boxer, que l’artillerie britannique attend à partir de 2028. Les chaînes de production étant liées, un grain de sable dans l’une grippe l’autre.

Les trois piliers blindés de l’armée britannique en 2026 :

Véhicule Rôle Statut Retard / coût
Warrior Véhicule de combat d’infanterie chenillé Retrait prévu en 2027, modernisation annulée en 2021 Retrait repoussé depuis 2014 ; relance estimée à 1,25 Md£ (environ 1,5 Md€)
Boxer Blindé à roues 8×8, transport d’infanterie Environ 100 livrés sur 623 commandés (juin 2026) Capacité opérationnelle initiale (fin 2025) manquée
Ajax Véhicule de reconnaissance chenillé Jugé « pas apte à l’emploi » par les députés en juin 2026 Environ 9 ans de retard ; 6,3 Md£ (environ 7,4 Md€)

Ajax, l’ombre qui plane sur toute la modernisation

Pour comprendre pourquoi personne, à Londres, n’ose plus promettre que tout ira vite, il faut regarder du côté d’Ajax. Ce véhicule de reconnaissance chenillé, fabriqué par General Dynamics UK, devait être le joyau de la modernisation terrestre. Il en est devenu le cauchemar. Neuf ans de retard, 6,3 milliards de livres engloutis (environ 7,4 milliards d’euros), et un chapelet de déboires techniques dignes d’un mauvais film. Le plus « idiot » étant probablement le dernier en date : les vibrations et le bruit du véhicule ont rendu des soldats malades ! Une trentaine d’entre eux sont tombés souffrants lors d’un seul exercice, et quelque 310 militaires ont dû passer des examens auditifs. En juin 2026, la commission des comptes publics du Parlement a tranché sans ménagement en le jugeant « pas apte à l’emploi ».

L’Ajax, censé symboliser la renaissance de la cavalerie blindée britannique, accumule scandales, blessures et rapports enterrés.
L’Ajax, censé symboliser la renaissance de la cavalerie blindée britannique, accumule scandales, blessures et rapports enterrés.

C’est dans ce contexte que le général Lord Dannatt, ancien chef d’état-major de l’armée de terre, signe la préface du rapport et va plus loin que son auteur : il propose ni plus ni moins d’abandonner Ajax pour concentrer l’argent sur la modernisation du Warrior. Robert Clark, lui, se montre plus prudent, et ne voit dans le maintien du Warrior qu’une solution de pont, le temps que le Boxer arrive enfin en nombre.

La Royal Air Force, seule bonne élève de la famille britannique ?

Si on retire la Royal Navy, elle aussi en piteuse état, il nous reste que l’armée de l’air.

À première vue, la Royal Air Force est la bonne élève de la fratrie : des Typhoon encore redoutables, des F-35 furtifs, et surtout un vrai projet d’avenir avec le chasseur de sixième génération Tempest, développé avec l’Italie et le Japon dans le cadre du programme GCAP et attendu vers 2035. De quoi faire pâlir de jalousie marins et fantassins. En y regardant de plus près, pourtant, les mêmes lézardes apparaissent. La flotte de chasse britannique est tombée à 158 appareils à la mi-2026, 111 Typhoon et 47 F-35, quand il en faudrait environ 160 pour tenir son rang au sein de l’OTAN. Les vieux Typhoon de première tranche filent à la casse, la deuxième commande de F-35 patine, et le Tempest, aussi prometteur soit-il, n’entrera pas en service avant le milieu de la décennie 2030.

Là encore, un trou se profile entre l’avion qui s’en va et celui qui doit prendre la relève, au point que certains experts redoutent de voir la flotte passer sous la barre des cent chasseurs d’ici quinze ans.

Une alerte, pas encore un revirement

Il faut toutefois garder la tête froide. Ce rapport reste un plaidoyer de think-tank, pas la politique du gouvernement. Le ministère de la Défense n’a pas encore réagi, et il a déjà, par deux fois, écarté l’idée de prolonger le Warrior. Le chiffrage de 1,25 milliard de livres pour relancer sa modernisation est une estimation de l’auteur, pas un devis officiel. Rien ne dit donc que Londres changera de cap.

Une piste existe malgré tout pour recycler les vieux Warrior, mais elle est modeste : le projet ATILLA, qui vise à transformer d’anciennes coques en engins de déminage pour le génie… ça reste loin d’un retour au combat en première ligne. Pour les quatre bataillons concernés, la seule vraie question reste celle du calendrier, et elle demeure sans réponse.

Voilà donc l’armée de terre britannique rattrapée par le mal qui ronge déjà sa marine : celui d’un outil qu’on laisse s’éroder plus vite qu’on ne le renouvelle. La Royal Navy compte ses navires disponibles sur les doigts d’une main, l’armée de terre s’apprête à laisser quatre bataillons sans blindé.

Deux symptômes, une même maladie et une question qui, à Londres, finit toujours par revenir : à force de reporter, de raboter et de recommencer, que restera-t-il de la puissance militaire britannique le jour où il faudra vraiment s’en servir ?

Sources :

  • UK Defence Journal, UK rules out keeping Warrior armoured vehicles in service, (décembre 2025)
    https://ukdefencejournal.org.uk/uk-rules-out-keeping-warrior-armoured-vehicles-in-service/
    Sur la confirmation officielle du retrait du Warrior en 2027, sans extension envisagée.
  • Army Technology, British Army’s Warrior IFV fleet drops from 708 to 632 vehicles, (mai 2024)
    https://www.army-technology.com/news/british-armys-warrior-ifv-fleet-drops-from-708-to-632-vehicles/
    Sur l’abandon en 2021 du programme de modernisation WCSP (nouvelle tourelle, canon de 40 mm) et la réduction du parc Warrior.
  • House of Commons Library, Ajax: The British Army’s troubled armoured vehicle programme, (2026)
    https://commonslibrary.parliament.uk/research-briefings/cbp-9764/
    Analyse parlementaire du programme Ajax, de ses retards, de ses surcoûts et des problèmes de bruit et de vibrations.
  • LBC, MPs question if Army’s £6.3 billion Ajax armoured vehicle will ever be fit for use, (7 juin 2026)
    https://www.lbc.co.uk/article/mps-question-if-armys-63-billion-ajax-armoured-vehicle-will-ever-be-fit-for-use-5HjdbDX_2/
    Sur le verdict « pas apte à l’emploi » de la commission des comptes publics et les symptômes rapportés par les équipages.
  • 878 Institute (Robert Clark), Britain’s Military Deterrence Gaps, (août 2026)
    https://878institute.org/wp-content/uploads/2026/08/878-Policy-Paper-Britains-Military-Deterrence-Gaps-August-2026.pdf
    Rapport primaire, préfacé par le général Lord Dannatt, recommandant de suspendre le retrait du Warrior et de relancer sa modernisation (1,25 milliard de livres), issu d’une contribution écrite à la commission parlementaire sur la stratégie de sécurité nationale.

Image de mise en avant : le 100e Boxer livré à l’armée de terre britannique – crédit : Rheinmetall

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