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La flotte française compte désormais 4x plus de frégates et de destroyers réellement opérationnels que son éternelle rivale la Royal Navy

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

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Le ministre de la Défense britannique ne sait plus compter ses propres bateaux. Face caméra, le Secrétaire d’État à la Défense John Healey a récemment affirmé que le Royaume-Uni disposait …

La flotte française compte désormais 4x plus de frégates et de destroyers réellement opérationnels que son éternelle rivale la Royal Navy

Le ministre de la Défense britannique ne sait plus compter ses propres bateaux.

Face caméra, le Secrétaire d’État à la Défense John Healey a récemment affirmé que le Royaume-Uni disposait de 17 frégates et destroyers… la bourde ! En effet, la réalité, c’est qu’il y en a 11 sur le papier… et seulement 4 de vraiment opérationnels au large.

Plongée dans le naufrage discret d’une marine qui régnait jadis sur les mers et qui n’est aujourd’hui plus que l’ombre d’elle-même.

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Avec le désarmement du HMS Richmond confirmé cette année, la Royal Navy ne compte plus que cinq frégates en service. Deux ou trois d’entre elles seront affectées à l’opération CETO, la mission prioritaire de patrouille anti-sous-marine et de lutte anti-navire dans l’Atlantique et le Haut-Arctique, qui constitue l’épine dorsale de la contribution de la Royal Navy à la dissuasion sous-marine de l’OTAN.

Le destroyer HMS Dragon, bâtiment de défense aérienne de la Royal Navy, est spécialisé dans la protection d’une flotte contre les avions et les missiles. Armé du système Sea Viper et de missiles Aster, ce navire de guerre de 152 mètres accompagne les groupes navals britanniques dans les zones de tension.
Le destroyer HMS Dragon, bâtiment de défense aérienne de la Royal Navy, est spécialisé dans la protection d’une flotte contre les avions et les missiles.
Armé du système Sea Viper et de missiles Aster, ce navire de guerre de 152 mètres accompagne les groupes navals britanniques dans les zones de tension.

Au mieux, la Royal Navy pourra désormais occasionnellement affecter une seule frégate au groupe aéronaval, ce qui compromet sérieusement sa principale capacité de manœuvre et la rend presque totalement dépendante du soutien allié pour au moins les cinq prochaines années. Auparavant, le groupe aéronaval comprenait nominalement deux frégates et deux destroyers, considérés comme le strict minimum. Le HMS Trent restera probablement dans les eaux britanniques et les patrouilleurs hauturiers et les vedettes lance-missiles, moins bien armés, devront assumer une part encore plus importante de la surveillance des navires de guerre russes passant à proximité des côtes britanniques. En ajoutant les 6 destroyers Type 45, le total officiel tombe donc à 11 navires de combat majeurs, là où il y en avait 15 quand John Healey est entré en fonction en juillet 2024. En moins de deux ans, quatre navires ont été perdus sans remplacement.

La situation est encore pire si l’on regarde la disponibilité réelle.

Sur les 5 frégates Type 23 encore en service, seules 3 sont vraiment opérationnelles, le HMS Kent étant en maintenance lourde et le HMS Iron Duke ayant été désarmé de ses systèmes d’armes en octobre dernier. Quant aux 6 destroyers Type 45, un seul est actuellement déployé, au large de Chypre : le HMS Dragon. Donc si on compte bien, sur les 11 navires officiels, 4 seulement sont effectivement en mer en mai 2026. Pour une nation insulaire qui dépend totalement de ses routes maritimes pour son commerce, c’est… peu.

Disponibilité des principales unités de surface de la Royal Navy
Statut Frégates Type 23 Destroyers Type 45
Officiellement en service 5 unités 6 unités
Réellement opérationnels 3 unités 1 bâtiment déployé
Cible historique minimale 13 frégates 6 destroyers

 

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L’affaire HMS Iron Duke : 100 millions de livres pour 16 mois de mer !

L’histoire du HMS Iron Duke résume à elle seule le malaise britannique. Cette frégate Type 23 affiliée à la ville de Hull a subi une refonte d’extension de vie majeure entre 2015 et 2020. Cinq ans de chantier, plus de 100 millions de livres (115,6 millions d’euros) dépensés pour la moderniser. Après quoi elle a effectivement servi moins de trois ans, dont seulement environ 16 mois de disponibilité opérationnelle réelle.

Cela fait tout de même plus de 7 millions d’euros par mois, beaucoup pour une frégate et le plus cocasse, c’est que son commandant pensait encore en novembre 2025 que le navire reprendrait la mer en mars 2026 ! À cette date, le gouvernement avait déjà décidé d’annuler la conversion prévue, jugée trop coûteuse au regard de la durée de vie résiduelle. Le ministre Luke Pollard a expliqué que « les bénéfices ne justifiaient pas le coût supplémentaire ». Traduction : on enterre discrètement le bateau, on n’annonce officiellement rien, et on prie pour que la presse ne fasse pas le rapprochement.

Le navire est désormais mis en réserve à Devonport, désarmé de ses systèmes d’armes. Son équipage est transféré sur le HMS Kent, qui doit sortir de refonte.

a frégate britannique HMS Iron Duke de la Royal Navy amarrée au Victoria Waterfront du Cap, en Afrique du Sud, en août 2014. Mise en service au début des années 1990, cette frégate de type 23 a longtemps été l’un des piliers de la lutte anti-sous-marine britannique, capable d’opérer loin des côtes du Royaume-Uni pendant plusieurs mois. Derrière sa silhouette discrète se cache pourtant une plateforme militaire conçue pour traquer les sous-marins dans l’Atlantique Nord durant les dernières années de la Guerre froide.Crédit : Farawayman — photo personnelle, 20 août 2014.
La frégate britannique HMS Iron Duke de la Royal Navy amarrée au Victoria Waterfront du Cap, en Afrique du Sud, en août 2014. Mise en service au début des années 1990, cette frégate de type 23 a longtemps été l’un des piliers de la lutte anti-sous-marine britannique, capable d’opérer loin des côtes du Royaume-Uni pendant plusieurs mois. Derrière sa silhouette discrète se cache pourtant une plateforme militaire conçue pour traquer les sous-marins dans l’Atlantique Nord durant les dernières années de la Guerre froide.
Crédit : Farawayman — photo personnelle, 20 août 2014.

Les missions disparues

L’effet concret de cette pénurie se mesure aux missions abandonnées. La Royal Navy entretenait depuis des décennies une Fleet Ready Escort, une frégate ou un destroyer en alerte permanente capable de protéger les eaux britanniques et d’intercepter les navires russes traversant la Manche. Cette mission a été finalement supprimée… faute de disponibilité. Quand un sous-marin ou une frégate russe transite par la Manche aujourd’hui, c’est de plus en plus souvent un allié européen ou les Norvégiens qui assurent le suivi.

La Royal Navy a également mis fin à sa présence permanente de surface au Moyen-Orient, où elle escortait jusqu’à récemment les pétroliers dans le détroit d’Ormuz et participait aux opérations de la coalition contre les Houthis en mer Rouge. Pour une puissance qui a longtemps fait du contrôle des routes maritimes mondiales sa marque de fabrique, c’est un retrait symbolique majeur.

Le porte-avions HMS Queen Elizabeth, fierté de la flotte, ne peut désormais plus naviguer en escorte uniquement britannique. Lors de ses déploiements opérationnels, il est régulièrement escorté par des frégates américaines, néerlandaises, norvégiennes. Il a même été envisagé de faire appel à la marine française, la rivale de toujours !

Pendant ce temps, la Chine aligne 140 frégates et la France 18

Selon l’US Office of Naval Intelligence, la PLAN chinoise opère environ 140 frégates en service actif : une cinquantaine de Jiangkai (de 112 à 133 mètres de long), 40 Jiangkai II équipées de missiles guidés, et près de 50 corvettes Jiangdao de 90 mètres. Des Jiangkai Mod II et Mod III sont par ailleurs en construction. Pékin produit aujourd’hui plus de tonnage naval en un an que la Royal Navy n’en compte dans sa flotte totale !

En admettant qu’il est difficile pour toute autre nation que les États-Unis de se mesurer avec le géant asiatique, notons que même la France, dont le budget de défense reste pourtant inférieur à celui du Royaume-Uni, fait nettement mieux dans le compartiment des navires de premier rang. La Marine nationale aligne aujourd’hui 8 frégates de défense aérienne et anti-sous-marines (FREMM et Horizon), 5 frégates de défense et d’intervention (FDI) en cours de livraison, et 5 frégates de surveillance La Fayette modernisées, soit 18 unités majeures opérationnelles ou en cours d’intégration.

La France entretient en plus son groupe aéronaval autour du Charles de Gaulle avec une escorte intégralement nationale, là où la Queen Elizabeth britannique navigue désormais sous protection partagée avec ses alliés.
Pour Londres, voir Paris afficher des effectifs supérieurs n’est pas une simple statistique mais une bascule symbolique. Pendant trois siècles, la Royal Navy a regardé de haut sa rivale d’outre-Manche. Aujourd’hui, c’est la Marine nationale française qui dispose du plus grand nombre de frégates de premier rang en Europe de l’Ouest, devant la Royal Navy. Les marines italienne et espagnole talonnent désormais le Royaume-Uni en tonnage de surface.

Pour une nation qui a fait du contrôle des mers son identité, c’est plus qu’une vexation, c’est une recomposition stratégique de l’équilibre naval européen.

Comparaison des capacités de surface entre la Royal Navy et la Marine nationale
Catégorie Royaume-Uni (Royal Navy) France (Marine nationale)
Frégates et destroyers officiellement en service 11 navires, soit 5 Type 23 et 6 Type 45 18 navires, dont 8 FREMM/Horizon, 5 FDI et 5 La Fayette
Navires réellement opérationnels 4 unités, soit 3 Type 23 et 1 Type 45 déployé Entre 15 et 16 unités selon les rotations opérationnelles
Tendance à court terme En baisse, avec le retrait du HMS Iron Duke et du HMS Richmond En hausse grâce aux livraisons progressives des FDI
Escorte du porte-avions national Partagée avec les alliés américains, néerlandais, norvégiens ou espagnols Assurée intégralement par des bâtiments français autour du Charles de Gaulle
Renouvellement de la flotte Les Type 26 et Type 31 ne sont pas attendus avant 2028 Les FDI doivent être livrées entre 2024 et 2030
Principaux industriels BAE Systems à Clyde et Babcock à Rosyth Naval Group

 

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Type 26 et Type 31 : le sauvetage repoussé

Le ministère de la Défense répète la même réponse depuis des années : les nouvelles frégates sont en construction en Écosse. C’est exact, les Type 26 (classe City), construites par BAE Systems sur la Clyde, formeront un nouveau noyau dur de huit frégates anti-sous-marines de haute performance. Les Type 31 (classe Inspiration), construites par Babcock à Rosyth, seront elles au nombre de cinq et seront plus polyvalentes, moins coûteuses et optimisées pour les missions de routine.

À terme, la Royal Navy doit retrouver une flotte de 13 frégates modernes, plus les 6 destroyers Type 45. Sur le papier, la cible est honorable. Sur le calendrier, elle est compromise. Les premières unités des deux classes ne sont pas attendues en service avant 2028 au plus tôt, et la flotte ne sera complète qu’au milieu des années 2030. D’ici là, la pénurie va s’aggraver mécaniquement à mesure que les vieilles Type 23 partiront à la casse.

La période 2026-2028 verra probablement la flotte continuer à fondre, avec le retrait du HMS Iron Duke et du HMS Richmond, et la sortie programmée d’autres Type 23 vieillissantes. Pendant ces deux à trois ans, le Royaume-Uni opérera sans doute avec moins de 10 frégates et destroyers, dont une fraction seulement réellement disponible.

Le creux de l’ex-fleuron britannique est donc devant nous, pas derrière…

Sources :

  • Navy Lookout, « Another warship quietly withdrawn, Royal Navy now down to just 5 frigates » (7 mai 2026)

    Another warship quietly withdrawn – Royal Navy now down to just 5 frigates


    Analyse de la réduction temporaire des capacités de surface de la Royal Navy, avec un focus sur les retraits de frégates et les difficultés de disponibilité opérationnelle.

  • BBC News, « Royal Navy faces growing pressure over warship availability » (6 mai 2026)
    https://www.bbc.com/news/articles/czj2ednpkp1o
    Reportage consacré aux tensions autour des capacités navales britanniques, des retards industriels et de l’état de préparation de la flotte.
  • Naval Technology, « UK defence secretary claims Royal Navy has 17 frigates and destroyers » (8 mai 2026)
    https://www.naval-technology.com/news/uk-defence-secretary-claims-royal-navy-has-17-frigates-and-destroyers/?cf-view
    Article revenant sur les déclarations du secrétaire britannique à la Défense concernant le nombre officiel de frégates et destroyers en service dans la Royal Navy.

Image de mise en avant : le HMS Dragon

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