Voilà presque trente ans que la France n’était plus capable de fabriquer ses propres cartouches de fusil d’assaut.
Une faiblesse que les guerres d’aujourd’hui ont mise en pleine lumière, et qui vient tout juste d’être corrigée. Le 15 juillet 2026, la Direction générale de l’armement a attribué le marché de production des munitions de petit calibre. Une usine sortira de terre dans la Drôme pour armer les soldats français. Au bout du compte, 75 millions de cartouches par an et une grosse vulnérabilité en moins.
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Une faille béante enfin comblée
Le sujet dérange, alors on n’en parlait pas trop. Depuis bientôt 30 ans, plus une seule munition de petit calibre destinée aux armes individuelles de nos soldats ne sortait d’une usine française. Les fusils d’assaut, les mitrailleuses légères, tout ça tirait des cartouches venues d’ailleurs. Tant qu’on est en paix, personne ne s’en inquiète. Le problème surgit quand un conflit démarre et que la consommation grimpe en flèche. Là, la DGA a tranché, et la production nationale va reprendre sa place.
Le calibre qui équipe tous les soldats
Le projet tourne autour de deux munitions bien particulières. Les cartouches de 5,56x45mm et de 7,62x51mm, autrement dit les deux références que toutes les armées occidentales utilisent. La 5,56 alimente les fusils d’assaut, comme le HK416 de nos troupes. La 7,62, elle, sert aux mitrailleuses et aux fusils de précision. Ce sont, tout simplement, les cartouches les plus tirées de la planète, celles qui partent par milliers chaque jour à l’entraînement comme sur le terrain. Fabriquer ces deux calibres, c’est déjà répondre à la majeure partie des besoins opérationnels de l’armée de Terre.
Voici les chiffres clés de ce projet :
| Élément | Détail |
| Date d’attribution | 15 juillet 2026 |
| Calibres produits | 5,56x45mm et 7,62x51mm |
| Capacité annuelle | 75 millions de munitions |
| Lieu de production | Clérieux, dans la Drôme |
| Emplois créés | une vingtaine |
| Début de production | 2029 |
Une usine flambant neuve dans la Drôme
Et ça ne restera pas au stade des intentions. Un outil de production souverain va s’installer à Clérieux, une petite commune de la Drôme. Une vingtaine d’emplois directs à la clé. On est loin d’un raz-de-marée pour l’emploi, d’accord, mais ce n’est pas vraiment le sujet. Ce qui compte, c’est de refaire pousser sur le sol français un savoir-faire industrielque le pays avait bêtement laissé partir. Les premières cartouches ne sortiront qu’en 2029, le temps de bâtir les installations et de roder les chaînes. Ce délai en dit long sur la difficulté de repartir de rien dans ce métier.

Ce que l’usine fabriquera vraiment
Attention à ne pas tout confondre : dans un premier temps, l’usine ne fera pas absolument tout. Les activités concerneront le chargement en poudre, l’assemblage des composants de la munition (amorce, étui, projectile) et le conditionnement final, sur lame chargeur et sur bandes. Autrement dit, l’assemblage complet de la cartouche se fera bien en France. Pour sécuriser la chaîne, des sources d’approvisionnement européennes seront qualifiées sur l’ensemble de la sous-traitance. Plus tard, la production nationale pourra s’étendre à certains sous-composants, notamment les poudres et les amorces, les briques les plus sensibles.
Une compétition européenne remportée haut la main
Ce marché ne s’est pas décidé sur un coup de tête. La DGA avait lancé une véritable compétition européenne en avril 2025, mettant en concurrence plusieurs candidats. C’est finalement le groupement dont l’offre a été jugée la mieux classée qui l’a emporté. La signature définitive du marché est prévue au cours de l’été 2026, sous réserve des formalités habituelles du code de la commande publique. Ce processus rigoureux montre que l’État n’a pas bradé sa décision : il a choisi la meilleure proposition industrielle pour garantir une fourniture fiable sur le long terme.

Se préparer au retour de la guerre de masse
Cette usine, c’est aussi le fruit d’une leçon encaissée sévèrement. Les guerres récentes ont réveillé une évidence que tout le monde avait oubliée. Un affrontement de haute intensité engloutit des munitions à un rythme hallucinant. Et quand un pays ne sait pas fabriquer ses propres cartouches, il se retrouve pieds et poings liés face à ses fournisseurs, à attendre des livraisons qui traînent pendant que les prix s’emballent. L’idée du projet, c’est justement d’assurer sur la durée le besoin d’entraînement de tous les jours et la capacité à encaisser un vrai choc militaire. Une forme d’assurance-vie stratégique, que la France se redonne enfin.
Un signal qui dépasse la simple cartouche
Au fond, cette annonce raconte quelque chose de plus grand. Après avoir laissé filer des pans entiers de son industrie de défense, la France opère un mouvement de fond pour rapatrier ses capacités critiques. Munitions, mais aussi propulsion, drones, missiles : partout, le mot d’ordre est le même, ne plus dépendre du bon vouloir des autres. Cette reconquête industrielle ne se fera pas en un jour, et 75 millions de cartouches ne couvriront pas tous les besoins du jour au lendemain. Mais le cap est posé, et il envoie un message clair sur la volonté française de tenir sa souveraineté à bout de bras.
Sources :
- Ministère des Armées et des Anciens combattants, communiqué de presse « La DGA attribue le marché de production de munitions de petit calibre en France au groupement dont le mandataire est FN Herstal », 15 juillet 2026
- Direction générale de l’armement (DGA), Service presse
Source image à la une :
- 40ème Régiment d’Artillerie de l’Armée de Terre Licence ouverte Wikimedia Etalab-2.0
