La Belgique appelle à l’aide la France et plusieurs nations pour son programme de frégates dont la facture a plus que doublé avec un calendrier hors de contrôle

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

La Belgique appelle à l'aide la France et plusieurs nations pour son programme de frégates dont la facture a plus que doublé avec un calendrier hors de contrôle

Bruxelles a lancé un appel à cinq pays européens, dont la France et sa FDI de Naval Group pour une décision attendue en octobre.

Le constat du ministre belge de la Défense, Theo Francken, est sans appel : le programme de frégates anti-sous-marines part « complètement dans la mauvaise direction ». Mené conjointement avec les Pays-Bas et confié au chantier néerlandais Damen, ce programme baptisé ASWF prévoyait quatre navires, deux pour chaque marine, afin de remplacer les vieillissantes frégates de classe Karel Doorman.

Il s’enlise aujourd’hui dans une double dérive, financière et calendaire.

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Un programme à la dérive

Le coût d’une frégate belge est passé de 600 millions à plus de 1,3 milliard d’euros, plus du double ! Dans le même temps, la première livraison a glissé de 2027-2028 à 2033-2034, soit six à sept ans de retard. L’origine du mal est technique : le dessin initial de la coque s’est révélé instable, ses marges insuffisantes obligeant à une refonte qui a porté le déplacement du navire à 6 650 tonnes, avec à la clé surcoûts et reports en cascade.

Il faut préciser que cette crise touche la plateforme elle-même, la coque et son architecture, et non le système de combat fourni par ailleurs. Reste que pour la Belgique, le résultat est le même : une flotte qui vieillit plus vite que son remplacement n’arrive. Ses deux frégates Karel Doorman sont à bout de souffle, et Francken le résume crûment : « Bientôt, nous n’aurons plus de navire capable de prendre la mer. » Attendre 2034 n’est tout simplement pas une option.

La France est devenue un exemple dans tout le camp occidental puisque c’est la seule nation qui a réussi à sortir une frégate depuis 15 ans sans tourner au fiasco

Cinq prétendants pour un contrat

Plutôt que de subir, Bruxelles a dégainé. Le 19 juillet 2026, Francken a lancé une demande d’informations, un appel formel adressé aux constructeurs de cinq pays, pour évaluer les solutions de rechange avant de trancher en octobre. Il n’a pas encore claqué la porte du partenariat néerlandais, qu’il préférerait sauver à des conditions acceptables, mais le signal est « on ne peut plus clair ».

Le précédent allemand plane d’ailleurs sur les discussions : Berlin s’est également retiré récemment d’un projet de frégate avec les Pays-Bas, la F126 de Damen, après que celui-ci ait viré au fiasco.

Représentation de la frégate F126 – crédit : Damen
Représentation de la frégate F126 – crédit : Damen

Les cinq prétendants au contrat belge :

Pays Constructeur Navire proposé Atout principal
France Naval Group FDI (Belharra) En service et déjà exportée (Grèce, Suède), chaîne active
Italie Fincantieri FREMM EVO ou PPA FREMM EVO choisie par le Portugal, longue expérience
Allemagne TKMS (ou Rheinmetall) MEKO (ou GMF-120) MEKO retenue par la Marine allemande, famille éprouvée
Espagne Navantia F-110 Chantier neuf à Ferrol, forte capacité de production
Turquie Sedef Frégate de classe I Production rapide et coût compétitif

La FDI française en embuscade

Parmi ces prétendants, la France avance une carte de poids. Sa Frégate de défense et d’intervention, la FDI, aussi connue sous le nom de Belharra, coche plusieurs cases décisives. Elle est déjà en service dans la Marine nationale et dans la marine grecque tandis qu’elle vient d’être retenue par la Suède : autant dire qu’elle n’a plus rien à prouver. Sa chaîne de production tourne, ce qui répond directement au principal casse-tête belge, l’urgence. Compacte mais lourdement armée, dotée de capteurs de dernière génération, elle offre un compromis séduisant entre disponibilité rapide et haut niveau capacitaire.

Le HS FORMION est la 3e FDI fournie par Naval Group à la Grèce.
Le HS FORMION est la 3e FDI fournie par Naval Group à la Grèce.

La presse belge ne s’y est pas trompée, certains titres évoquant ouvertement un appel à l’aide adressé à la France. Naval Group aurait tout intérêt à saisir une ouverture qui, après la Grèce et la Suède, consoliderait la FDI comme la frégate européenne de taille moyenne à la mode.

Rien n’est joué pour autant : la FDI, plus légère que l’ASWF, devra convaincre qu’elle répond aussi bien aux exigences pointues de lutte anti-sous-marine que réclame Bruxelles.

Encore une fois déçue de son partenariat avec l’Allemagne, la France va devoir miser sur son plan B pour son nouveau char d’assaut avec le CAPINT

La surprise venue de Turquie

L’entrée la plus inattendue de la liste vient de Turquie. La Belgique adresse de cette façon un signal politique fort. Francken s’est rendu en mai au chantier Sedef d’Istanbul, saluant une « puissance maritime émergente » capable de produire vite et à coût compétitif. La frégate turque de classe I n’est toutefois pas un bâtiment anti-sous-marin à proprement parler, et il faudrait l’adapter aux capteurs, aux armes et aux standards d’intégration de l’OTAN qu’exige la marine belge.

Pour Bruxelles, la vraie question ne se résume pas au prix affiché sur le papier. Le futur navire devra remplir les missions anti-sous-marines, s’intégrer sans accroc aux dispositifs de l’OTAN, être livré avant que la flotte actuelle ne devienne intenable, et rester abordable sur des décennies d’exploitation.

La décision d’octobre dépassera donc le simple choix d’un fournisseur. Elle dira si la Belgique préserve son partenariat historique avec les Pays-Bas autour de Damen, ou si l’urgence opérationnelle et la réalité industrielle la poussent à changer de cap. Dans le second cas, une porte s’ouvrirait grand pour les chantiers rivaux, et la France sait qu’une place est à prendre en mer du Nord.

Sources :

  • Naval News, Belgium Eyes ASWF Alternatives as Damen Timeline and Costs Soar, (21 juillet 2026)
    https://www.navalnews.com/naval-news/2026/07/belgium-aswf-frigate-alternatives-damen-delays
    Analyse de la demande d’informations belge, des cinq candidats potentiels et des atouts de chaque constructeur.
  • Hürriyet Daily News, Belgium eyes Turkish frigates as Dutch defense deal falters, (21 juillet 2026)
    https://www.hurriyetdailynews.com/belgium-eyes-turkish-frigates-as-dutch-defense-deal-falters-224632
    Sur l’intérêt belge pour l’industrie navale turque et l’état de la Marine belge.
  • Chambre des représentants de Belgique, Le dossier des frégates de lutte anti sous-marine (ASWF) — Rapport de la commission de la Défense nationale (DOC 55 3465/001), (28 juin 2023)
    https://www.dekamer.be/doc/FLWB/Pdf/55/3465/55K3465001.pdf
    Rapport officiel du débat parlementaire sur le programme.

Image de mise en avant : Représentation artistique de la ASWF de Damen réalisée à l’aide de Canva et de Dall-E – crédit : Forum-Militaire

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