Les États-Unis et l’Europe dégainent le même jour leur riposte à la guerre des drones : des intercepteurs low cost pour noyer l’ennemi sous le nombre

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Said LARIBI

Said LARIBI

Les États-Unis et l'Europe dégainent le même jour leur riposte à la guerre des drones : des intercepteurs low cost pour noyer l'ennemi sous le nombre

Lockheed Martin vient de dévoiler un intercepteur baptisé PAC-3 ACE, deux fois moins cher que le missile Patriot actuel, pour abattre missiles de croisière et balistiques en grande quantité. Le même jour, l’européen MBDA présentait sa propre arme low cost, taillée pour la nouvelle génération de drones qui volent toujours plus haut.

Se défendre coûte une fortune, et l’ennemi le sait. Il suffit de saturer le ciel de projectiles bon marché pour ruiner l’adversaire. Deux géants de l’armement viennent de répliquer avec des intercepteurs enfin abordables, dévoilés le même jour au plus grand salon aéronautique.

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Un Patriot à moitié prix

L’annonce a fait sensation au salon de Farnborough, en Angleterre. Lockheed Martin a présenté le PAC-3 ACE, un intercepteur anti-aérien conçu pour coûter moins de la moitié du prix du missile Patriot le plus récent, le PAC-3 MSE. L’objectif est limpide : offrir une arme performante mais nettement plus abordable. Car un intercepteur bon marché, c’est un intercepteur que l’on peut produire en masse. Le système est pensé pour contrer un large éventail de menaces, des missiles de croisière aux missiles balistiques de courte portée, le tout sur une seule et même plateforme. Une polyvalence qui en fait une réponse directe à la demande mondiale de défense antiaérienne.

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La recette pour faire chuter la facture

Comment diviser le prix par deux sans tout sacrifier ? Lockheed a une méthode bien précise. L’idée n’est pas de repartir de zéro, mais de rogner intelligemment sur certains composants. Le moteur-fusée logé dans l’autodirecteur du missile, par exemple, sera volontairement bridé. L’entreprise mise aussi sur des techniques de fabrication avancées et sur l’intelligence artificielle pour produire plus vite et moins cher. Autre levier, l’autodirecteur pourrait être fabriqué à l’étranger, à partir de technologies issues du commerce. Le fabricant a même lancé un appel aux entreprises européennes maîtrisant ces technologies, citant en exemple le suédois Saab et l’allemand Diehl.

Représentation de l’intercepteur PAC-3 ACE (Source : Lockheed Martin)
Représentation de l’intercepteur PAC-3 ACE (Source : Lockheed Martin)

Compléter Patriot, pas le remplacer

Attention à ne pas se méprendre sur ce nouveau venu. Il ne s’agit pas de mettre le célèbre Patriot à la retraite. Le PAC-3 ACE est pensé comme un complément, pas comme un remplaçant. Il vient épauler le missile haut de gamme existant en apportant ce qui manque cruellement aujourd’hui, à savoir la quantité. Grâce à ce partenaire moins coûteux, une batterie peut disposer de bien plus de munitions pour tenir dans la durée. Pour aller vite, le système s’appuie sur l’électronique et le logiciel de conduite de tir déjà éprouvés du Patriot, ainsi que sur son réseau de commandement. De quoi raccourcir nettement les délais de développement et de mise en service.

Un premier tir attendu pour 2028

Le calendrier, lui, est déjà fixé. Voici les points clés de ce programme :

Élément Détail
Prix visé Moins de la moitié d’un PAC-3 MSE
Cibles Missiles de croisière et balistiques courte portée
Rôle Compléter le Patriot existant
Premier test Début 2028
Développement Américano-européen

Le premier essai de tir est prévu pour le début de l’année 2028. Pour y parvenir, Lockheed compte collaborer avec des partenaires industriels américains et européens. Ce codéveloppement transatlantique vise aussi à renforcer la résilience de la base industrielle de défense, en répartissant la production. Un point stratégique, à l’heure où les chaînes d’approvisionnement d’armements sont sous forte tension.

MBDA dégaine son arme anti-drones

Lockheed n’était pas seul à dégainer ce jour-là. L’européen MBDA a profité du même salon pour présenter sa propre gamme d’intercepteurs low cost, contre les menaces aériennes de courte portée. Le socle de cette approche, c’est le SL-ASRAAM, la version tirée depuis le sol de l’ASRAAM, l’un des missiles à guidage infrarouge les plus efficaces et les plus éprouvés au combat du marché. En adaptant cette technologie déjà mûre au tir sol, MBDA élimine tout risque de développement et s’appuie sur des lignes de production existantes. L’arme est donc disponible immédiatement, sans attendre dix ans. Au-dessus, un nouvel intercepteur baptisé Counter Mass Interceptor vise plus haut, pour abattre drones, hélicoptères et missiles de croisière. Dérivé du même missile, il pèse 53 kg, se monte sur camion et se veut le plus polyvalent possible, y compris sur des navires sans équipage. Un tir réel est prévu d’ici 18 mois.

Avec son intercepteur Counter Mass dérivé de l'ASRAAM, MBDA vise les drones qui volent trop haut pour les défenses classiques (Source : MBDA)
Avec son intercepteur Counter Mass dérivé de l’ASRAAM, MBDA vise les drones qui volent trop haut pour les défenses classiques (Source : MBDA)

Viser les drones qui montent toujours plus haut

Pourquoi une arme de plus contre les drones ? Parce que la menace évolue à toute vitesse. Le responsable du projet chez MBDA l’explique bien : à mesure que les drones se perfectionnent, ils volent plus vite et surtout plus haut. Or les systèmes anti-drones classiques ont un plafond limité, généralement deux à trois kilomètres d’altitude. Le nouvel intercepteur, lui, double cette hauteur d’engagement. Il est donc taillé pour les affrontements en altitude, là où les défenses actuelles deviennent aveugles. Autre atout mis en avant, la mobilité. Monté sur véhicule, l’ensemble peut se déployer et se déplacer vite, là où une défense fixe met trop de temps à changer de position et devient une cible. Une réponse mobile et bon marché, pensée non pas pour la menace d’aujourd’hui, mais pour celle de demain.

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La leçon retenue des conflits récents

Ces deux annonces racontent la même histoire, celle d’un changement d’époque. Les combats récents ont prouvé qu’un adversaire pouvait déverser des quantités énormes de projectiles, drones comme missiles, pour submerger une défense. Face à ce déluge, disposer de quelques intercepteurs ultra-perfectionnés mais hors de prix ne suffit plus. Il faut du nombre. C’est exactement ce que visent ces nouvelles armes abordables, pensées pour la production de masse. Le patron de la division concernée chez Lockheed résume l’enjeu : il faut des solutions à la fois éprouvées au combat et raisonnables côté budget. Une équation devenue vitale, alors que le marché réclame des systèmes moins chers et en bien plus grand volume que prévu.

Sources

  • Lockheed Martin, communiqué de presse officiel « PAC-3 ACE » (20 juillet 2026, PRNewswire)
  • MBDA, communiqué de presse officiel sur le SL-ASRAAM (Farnborough 2026)
  • Breaking Defense, présentation du PAC-3 ACE et du Counter Mass Interceptor, déclarations de Tim Cahill et Luke Webster

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