90 % de ce missile sort d’une imprimante 3D : une start-up américaine promet d’en fabriquer 500 par an pour regarnir les stocks

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Said LARIBI

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90 % de ce missile sort d'une imprimante 3D : une start-up américaine promet d'en fabriquer 500 par an pour regarnir les stocks

Une jeune entreprise américaine mise sur l’impression 3D pour fabriquer à la chaîne des moteurs de fusée et un missile hypersonique baptisé Havoc, capable de filer à plus de cinq fois la vitesse du son pour environ 2,8 millions d’euros pièce. Son but : aider l’Amérique à reconstituer d’urgence ses stocks d’armes.

Fabriquer des missiles coûte cher et prend un temps fou. Une société américaine pense avoir trouvé la parade grâce à l’impression 3D métallique. Elle promet une usine capable de changer de production en quelques mois, et un missile hypersonique d’un genre totalement nouveau.

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Une jeune pousse qui bouscule les géants

Dans le monde très fermé de l’armement américain, une nouvelle génération d’entreprises s’impose peu à peu. Parmi elles, une société du Colorado qui a décidé de tout faire autrement. Elle a dévoilé son missile Havoc le 24 février 2026, à Denver. Son approche repose massivement sur la fabrication additive, autrement dit l’impression 3D, et plus précisément l’impression de pièces métalliques assistée par intelligence artificielle. À tel point que 80 à 90 % du missile sortirait tout droit d’une imprimante 3D. Son ambition est claire : aider les États-Unis à combler leur retard le plus vite possible. Plutôt que de proposer un énième produit classique, l’entreprise veut apporter une vraie réponse au besoin criant de remplir à nouveau les arsenaux. Un pari qui séduit déjà l’armée américaine.

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Le nerf de la guerre, fabriquer vite

Le problème que cherche à résoudre cette société est bien réel. Lors de récents conflits, les États-Unis ont tiré un nombre colossal de missiles, plusieurs centaines de missiles de croisière et d’intercepteurs coûteux. Résultat, les stocks se vident bien plus vite qu’on ne les remplit. Les délais de réapprovisionnement sont devenus un vrai casse-tête. Pour le patron de l’entreprise, les armes hypersoniques représentent le dossier le plus urgent, suivi de près par les moteurs de fusée à poudre. Sa conviction, c’est que sa méthode de production le place idéalement pour répondre à ce besoin pressant de munitions fabricables en grande quantité.

Ursa Major fait un usage important de la fabrication additive dans tous ses moteurs. Ursa Major
Ursa Major fait un usage important de la fabrication additive dans tous ses moteurs. Ursa Major

Une usine caméléon

Voici le cœur de l’innovation. Traditionnellement, une ligne de production de moteurs de fusée est conçue pour un seul modèle. L’entreprise compare cela à un constructeur automobile qui possèderait une usine gigantesque, mais ne fabriquerait qu’une seule voiture. Ruineux et rigide. Grâce à l’impression 3D et à un outillage modulaire, cette société affirme pouvoir produire n’importe quel moteur, d’un petit calibre de 5 cm jusqu’à un gros de 56 cm de diamètre, sur la même ligne. Mêmes machines, mêmes équipes, même bâtiment. Pour augmenter la cadence, il suffit selon elle de dupliquer l’usine. Et si la demande change, la ligne peut basculer vers un autre modèle en quelques mois seulement.

Le verrou enfin brisé

Où se cachait le vrai blocage ? Pas là où on l’imagine. En décortiquant la fabrication d’un moteur à poudre, les ingénieurs ont découvert que le goulet d’étranglement se situait dans les pièces métalliques, ce tube qui contient ensuite la matière propulsive. Fabriquer ces structures pouvait prendre plus de 36 mois. La poudre, elle, n’était pas le principal souci. En imprimant ces éléments métalliques en 3D, l’entreprise supprime cet obstacle et gagne un temps précieux. Elle assure avoir gardé la même formule de propulsif, éprouvée depuis des années, tout en repensant entièrement la façon de construire l’enveloppe. Un travail mené depuis trois ans avec plusieurs grands groupes et la marine américaine.

Le démonstrateur de missiles rapides abordables d'Ursa Major, propulsé par le moteur de fusée liquide Draper de l'entreprise. États-Unis Armée via Ursa Major
Le démonstrateur de missiles rapides abordables d’Ursa Major, propulsé par le moteur de fusée liquide Draper de l’entreprise. États-Unis Armée via Ursa Major

Un moteur impossible sans impression 3D

C’est là que l’histoire devient fascinante. L’entreprise a mis au point un moteur baptisé Draper, développant environ 1 800 kg de poussée. Sa particularité, il fonctionne avec de l’eau oxygénée et du carburant, et non avec de l’oxygène liquide glacial qui oblige à de longues préparations. Ce choix le rend stockable et utilisable sur le terrain, prêt à être largué d’un avion ou tiré d’un navire. Mais ce moteur n’aurait jamais pu exister sans l’impression 3D. Il a fallu six ans de développement acharné pour maîtriser la géométrie incroyablement complexe des pièces. Autre atout majeur, ce moteur est modulable : on peut le régler de 10 à 100 % de sa puissance, l’allumer et l’éteindre à volonté.

Pourquoi ce missile change la donne

Cette technologie a donné naissance au missile Havoc. Et ses capacités sortent de l’ordinaire. Pour comprendre, comparons les grandes familles de propulsion :

Type de propulsion Atout Limite
Statoréacteur Très longue portée Coûteux, atmosphère uniquement
Moteur à poudre Simple, stockable Impossible à contrôler une fois allumé
Moteur liquide Draper Réglable, dans et hors atmosphère Inédit dans l’hypersonique

L’avantage d’un moteur liquide, c’est qu’il emporte son propre carburant et son comburant. Il peut donc voler très haut, très bas, dans ou hors de l’atmosphère, et surtout changer de trajectoire en une fraction de seconde. Un missile à poudre, lui, file tout droit sans pouvoir dévier. Cette imprévisibilité rend Havoc très difficile à intercepter. À titre de comparaison, la Chine aligne déjà 600 à 700 planeurs hypersoniques classiques. Astuce supplémentaire, ce même engin peut aussi servir de cible manœuvrante pour entraîner les défenses face aux missiles hypersoniques adverses.

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Un arsenal 3D à grande échelle

Reste la question de la production de masse. L’entreprise assure pouvoir monter en cadence très vite. Dans un bâtiment de 9 300 m², elle dit pouvoir assembler 500 missiles complets par an, remplis de carburant juste avant l’expédition pour des raisons de sécurité. Son siège du Colorado s’étend sur environ 376 000 m², complété par un autre site de plus de 1,6 million de m² dédié aux moteurs à poudre, et une usine spécialisée dans l’impression 3D dans l’Ohio. Chaque missile Havoc vise un coût d’environ 2,8 millions d’euros. Le laboratoire de recherche de l’armée de l’air a d’ailleurs accordé un contrat d’environ 26 millions d’euros pour financer le vol de démonstration du moteur. La prochaine grande étape, un vol hypersonique complet avec propulseur d’appoint, est visée pour 2027. Un calendrier qui montre l’ambition de bousculer tout un secteur.

Sources :

  • Aviation Week
  • New Atlas
  • Overt Defense
  • Ursa Major
  • TWZ

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