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Cette première depuis 2024 pour la Royal Navy ne masquera pas le fait que l’ex première puissance maritime a besoin de ses alliés pour déployer ses porte-avions

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

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Deux porte-avions en mer… un retour en force ou un trompe-l’œil ? C’est un moment rare, presque symbolique ! La Royal Navy s’apprête à aligner (enfin) simultanément ses deux porte-avions, …

Cette première depuis 2024 pour la Royal Navy ne masquera pas le fait que l’ex première puissance maritime a besoin de ses alliés pour déployer ses porte-avions

Deux porte-avions en mer… un retour en force ou un trompe-l’œil ?

C’est un moment rare, presque symbolique ! La Royal Navy s’apprête à aligner (enfin) simultanément ses deux porte-avions, le HMS Queen Elizabeth et le HMS Prince of Wales.

Est-ce vraiment le signe du retour aux affaires de l’ancienne plus grande puissance maritime du monde ? Pas sûr…

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Après deux ans d’attente, la Royal Navy s’apprête à aligner simultanément ses deux porte-avions, le HMS Queen Elizabeth et le HMS Prince of Wales

Le HMS Queen Elizabeth sort tout juste d’une période de maintenance lourde à Rosyth, menée par Babcock International. En cause, un problème de couplage d’arbre d’hélice détecté en 2024.

Des milliers d’heures de travail touchant à la propulsion, la stabilisation et d’importantes réparations structurelles ont été entreprises. Le chantier a pris du retard, prolongeant l’indisponibilité du navire pendant plusieurs mois.

Dans le même temps, le HMS Prince of Wales reprend la mer, lui qui n’avait plus été utilisé depuis son déploiement de huit mois dans l’Indo-Pacifique, dans le cadre de l’opération Highmast en 2025.

Ce sera donc une grande première depuis plus de deux ans, les deux porte-avions britanniques seront en mer en même temps.

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Une puissance aéronavale bien réelle

Sans avoir le « panache » du Charles de Gaulle (qui bien que plus petit est lui nucléaire), la classe Queen Elizabeth reste impressionnante.

Fiche technique de la classe Queen Elizabeth  :

Caractéristique Donnée
Classe Queen Elizabeth-class aircraft carrier
Pays Royaume-Uni
Unités HMS Queen Elizabeth (R08), HMS Prince of Wales (R09)
Type Porte-avions STOVL avec tremplin « ski-jump » pour F-35B
Déplacement Environ 65 000 tonnes en charge (jusqu’à ~80 600 tonnes selon certaines estimations)
Longueur 284 mètres
Largeur 73 mètres
Tirant d’eau 11 mètres
Propulsion Propulsion électrique intégrée avec 2 turbines à gaz MT30 et 4 moteurs diesel
Vitesse maximale Plus de 25 nœuds (≈ 46 km/h)
Rayon d’action Environ 10 000 milles nautiques
Équipage Environ 679 marins (jusqu’à 1 600 personnes avec groupe aérien)
Aviation embarquée Jusqu’à 40 aéronefs (F-35B, Merlin, Wildcat)

 

Leur architecture repose sur un système de propulsion électrique intégré, combinant turbines à gaz et moteurs diesel.

La technologie est certes un poil rustique puisque il n’y a ni catapulte, ni brin d’arrêt mais les porte-avions disposent toutefois  d’un tremplin (ski-jump) à l’avant, optimisé pour les F-35B à décollage court.

Operation Firecrest : un signal envoyé vers le nord

Le HMS Prince of Wales doit prochainement prendre la tête du groupe aéronaval britannique dans le cadre de l’opération Firecrest dans l’Atlantique Nord et le Grand Nord.

Le HMS Prince of Wales en 2023.
Le HMS Prince of Wales en 2023.

On comprend l’empressement des Britanniques à remettre sur l’eau leurs deux fleurons quand on sait que la région accuse une augmentation de 30 % de l’activité navale russe autour des eaux britanniques en deux ans !

La mission est claire du Prince of Wles est ainsi « on ne peut plus claire »:

  • Protéger les infrastructures sous-marines,
  • Sécuriser les routes maritimes,
  • Affirmer une présence au sein de l’OTAN.

Ce déploiement s’inscrit dans une logique de coalition, aux côtés des États-Unis, du Canada et des partenaires européens.

Une démonstration de puissance sous conditions

Voir deux porte-avions britanniques en mer donne une impression de retour à la puissance.

Dans les faits, une question demeure et elle dérange encore dans l’opinion britannique : avec qui les deux colosses vont-ils naviguer ?

Un porte-avions n’est jamais seul. Il a besoin d’un groupe constitué de frégates, de destroyers, de sous-marins d’attaque.

Or, comme on l’a déjà abordé sur Forum-Militaire.fr, la Royal Navy peine à maintenir un nombre suffisant de navires d’escorte disponibles.
Par exemple, depuis quelques semaines, un seul destroyer Type 45 est immédiatement opérationnel dans la flotte britannique !

Une dépendance aux alliés

Les groupes aéronavals britanniques sont conçus pour fonctionner en coalition. Des navires de la Marine nationale, de l’US Navy ou d’autres marines européennes peuvent donc compléter l’escorte.

Ce n’est ni exceptionnel ni uniquement spécifique à la Royal Navy mais dans le cas présent ce qui est plus « embêtant », c’est la nécessité.

Là où cette coopération était un choix stratégique il y a encore quelques années, elle devient parfois un « cache-misère » pour combler un vide capacitaire.

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Une montée en puissance encore incomplète

Le gouvernement britannique n’est pas aveugle sur la situation. Des budget ont été débloqué et la Royal Navy est en reconstruction. Plusieurs programmes sont en cours comme :

Royal Navy : une remontée en puissance encore incomplète
Programme / domaine Objectif annoncé État d’avancement Enjeu principal
Reconstruction de la flotte de surface Maintenir une flotte d’environ 24 grandes unités de surface, entre frégates et destroyers. Trajectoire portée par le Strategic Defence Review 2025 et le National Shipbuilding Pipeline.
La relance est engagée, mais les livraisons restent progressives.
Reconstituer une masse navale suffisante après une décennie de sous-investissement et de cadences trop faibles.
Frégates Type 26
City-class
8 unités prévues. Plusieurs bâtiments sont déjà en construction ou en phase avancée.
Le programme bénéficie aussi de commandes export au Canada et en Australie, qui soutiennent l’écosystème industriel.
Fournir à la Royal Navy une frégate lourde spécialisée dans la lutte anti-sous-marine et l’escorte de groupes aéronavals.
Frégates Type 31
Inspiration-class
5 unités prévues. Programme destiné à compléter les Type 26 avec des frégates plus légères, moins coûteuses et plus polyvalentes. Assurer la présence globale, la protection des routes maritimes et les missions de basse à moyenne intensité sans mobiliser les navires les plus lourds.
Destroyers Type 45
Daring-class
6 unités actuellement en service, spécialisées dans la défense aérienne. Navires très performants, mais vieillissants et coûteux à maintenir.
Leur modernisation reste indispensable avant l’arrivée d’un successeur.
Préserver une défense aérienne crédible face aux missiles modernes, aux drones et aux menaces hypersoniques.
Futur destroyer Type 83 Préparer le remplacement ou la succession partielle des Type 45 autour de 2035–2040. Programme encore en phase de conception et de maturation.
Les options incluent une modernisation poussée des Type 45 ou l’arrivée d’une nouvelle génération de destroyers.
Donner à la Royal Navy une capacité de défense aérienne de nouvelle génération, adaptée aux missiles supersoniques, hypersoniques et aux attaques saturantes.
Sous-marins Dreadnought
SSBN
4 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins pour remplacer les Vanguard. Livraisons attendues entre 2026 et 2034.
Programme central pour maintenir la dissuasion nucléaire britannique.
Garantir la permanence à la mer de la dissuasion nucléaire stratégique du Royaume-Uni.
SSN-AUKUS
sous-marins nucléaires d’attaque
Nouvelle génération de sous-marins d’attaque développée avec les États-Unis et l’Australie. Construction prévue à partir des années 2030.
Ces bâtiments remplaceront progressivement les Astute.
Renforcer la guerre sous-marine, l’escorte des groupes aéronavals et l’interopérabilité avec les alliés dans l’Indo-Pacifique.

C’est ambitieux et personne ne le nie, le problème, c’est le calendrier.
Ces navires arriveront progressivement… d’ici la fin de la décennie et en attendant, la flotte actuelle doit tenir.

Sources :

  • UK Government, The Strategic Defence Review 2025: Making Britain Safer, Secure at Home, Strong Abroad (8 juillet 2025),
    https://www.gov.uk/government/publications/the-strategic-defence-review-2025-making-britain-safer-secure-at-home-strong-abroad/the-strategic-defence-review-2025-making-britain-safer-secure-at-home-strong-abroad
    document officiel présentant la stratégie de défense du Royaume-Uni à horizon 2025, incluant les priorités capacitaires, les budgets et les orientations en matière de sécurité nationale.
  • UK Defence Journal, Britain is about to have two aircraft carriers at sea (24 avril 2026),
    https://ukdefencejournal.org.uk/britain-is-about-to-have-two-aircraft-carriers-at-sea/
    article décrivant la montée en puissance de la Royal Navy avec la mise en service simultanée de ses deux porte-avions, illustrant ses capacités de projection de puissance.
  • Ministère des Armées, Porte-avions (consulté en avril 2026),
    https://www.defense.gouv.fr/marine/forces-surface/porte-avions
    page officielle présentant les porte-avions français, leurs caractéristiques, leurs missions et leur rôle dans la stratégie navale nationale.

Image de mise en avant :

Le HMS Queen Elizabeth fait escale à Gibraltar lors de sa première visite opérationnelle à l’étranger.

Crédit : Dave Jenkins / InfoGibraltar (Flickr, licence CC BY 2.0, vérifiée le 6 avril 2018 via FlickreviewR 2)

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