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Un duel de titans se profile entre la France et la Turquie pour décrocher ce contrat à plus de 600 millions d’euros pour deux corvettes croates

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

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La Croatie lance un appel d’offres pour deux corvettes. La marine Croate traverse une petite crise depuis quelques années. Son navire de combat le plus récent, la corvette Kralj Dmitar …

Un duel de titans se profile entre la France et la Turquie pour décrocher ce contrat à plus de 600 millions d'euros pour deux corvettes croates

La Croatie lance un appel d’offres pour deux corvettes.

La marine Croate traverse une petite crise depuis quelques années. Son navire de combat le plus récent, la corvette Kralj Dmitar Zvonimir, date de 2001 et sa conception, elle, remonte à 1993. Autrement dit, une autre époque.

Depuis, Zagreb a bricolé avec ce qu’elle avait : une flotte héritée de l’ex-Yougoslavie, complétée par quelques acquisitions d’occasion, comme les vedettes lance-missiles finlandaises de classe Helsinki. Suffisant pour surveiller ses eaux, insuffisant pour répondre aux standards actuels de l’OTAN.

D’où un appel d’offres lancé pour deux corvettes modernes, avec un budget estimé entre 600 millions et 1,6 milliard d’euros.

Lire aussi :

Naval Group se positionne sur l’appel d’offres croate avec deux corvette Gowind 2500

La Croatie ne veut pas seulement acheter des navires. Comme de nombreuses nations sur les contrats d’armement modernes elle exige :

  • des transferts de technologies
  • une participation de ses chantiers navals
  • et un retour industriel local

Contrairement aux achats récents (Rafale, CAESAR ou Leopard) où Zagreb s’est tourné vers des solutions clés en main, ce programme entend faire travailler l’industrie nationale.

Le Japon commande trois frégates high-tech qui n’ont rien à envier à la FDI française pour suivre la cadence infernale de la flotte chinoise qui atteint 350 navires en 2026

Parmi les industriels ayant répondu présent on compte pour le moment :

Les principaux constructeurs en lice pour les corvettes croates
Constructeur (pays) Programme / classe Positionnement et remarques
Naval Group (France) Gowind 2500 Offre française haut de gamme, polyvalente.
Forte capacité anti-sous-marine et défense aérienne (VL MICA, Exocet).
Intégration possible avec des systèmes occidentaux comme le Rafale.
STM (Turquie) Ada-class / programme Milgem Corvette de milieu de gamme.
Optimisée pour la lutte anti-sous-marine.
Défense aérienne plus limitée, mais coût plus attractif.
Fincantieri (Italie) Variantes Doha / frégate-corvette Offre de haut niveau technologique.
Déjà exportée (ex : Qatar).
Positionnée comme concurrent direct sur le segment premium.
Damen Shipyards (Pays-Bas) Sigma 10514 Plateforme modulaire très exportée.
Construction locale facilitée (ex : Indonésie, Mexique). :contentReference[oaicite:0]{index=0}
Argument fort pour les transferts industriels.
thyssenkrupp Marine Systems (Allemagne) K130 Braunschweig Corvette moderne déjà en service en Allemagne.
Plateforme performante, mais généralement plus coûteuse.
Navantia (Espagne) Avante 2200 / Alfa 3000 Corvette multi-missions exportée (Venezuela, Arabie saoudite). :contentReference[oaicite:1]{index=1}
Plateforme équilibrée (AAW, ASW, ASuW) avec coûts maîtrisés.
HD Hyundai / KSOE (Corée du Sud) PKG / Incheon-class (export) Offre industrielle très compétitive.
Capacité de production élevée et prix agressifs sur le marché export.


La Gowind, un retour attendu pour Naval Group

Après plusieurs revers à l’export , notamment en Norvège, au Canada ou Roumanie, Naval Group entend se relancer.

Sa carte : la corvette Gowind 2500, un navire déjà éprouvé et exporté.

Fiche technique corvette Gowind 2500

Contrairement à certains concurrents qui promettent des concepts, la Gowind arrive avec un modèle éprouvé :

  • 10 navires construits et en service
  • des clients solides : Égypte, Émirats arabes unis, Argentine
  • une production en cours depuis plus de 10 ans

Côté technique, la Gowind 2500 coche presque toutes les cases du cahier des charges croate :

  • Déplacement : ~2 400 tonnes
  • Longueur : 102 mètres
  • Vitesse : ~25 nœuds (46,3 km/h)
  • Autonomie : ~3 700 milles nautiques
  • Équipage : ~65 marins

Et surtout, un armement qui la place clairement dans le haut du panier des corvettes :

  • 16 missiles surface-air VL MICA
  • 8 missiles antinavires Exocet MM40 Block 3
  • canon de 76 mm
  • torpilles
  • sonar de coque + sonar remorqué

Ajoutez à cela le système de combat SETIS et le mât intégré PSIM, qui regroupe capteurs et communications dans une architecture compacte.

Un besoin très clair : traquer sous l’eau et survivre dans le ciel

La doctrine croate est limpide. La menace principale n’est pas forcément visible en surface..
Dans une mer Adriatique verrouillée par des alliés comme l’Italie et la Grèce, un adversaire viendraitplus probablement par le dessous (sous-marins) ou par le dessus (missiles, drones)

D’où une exigence forte dans le cahier des charges sur lutte anti-sous-marine avec une défense aérienne crédible

Deux domaines où la Gowind est à l’aise.

En face, la Turquie avance avec une offre plus agressive

Le principal rival identifié : la corvette turque classe Ada.

Positionnement très différent.

Là où la Gowind joue le haut de gamme, l’Ada propose une approche plus accessible :

  • optimisée pour la lutte anti-sous-marine
  • moins performante en défense aérienne
  • coût probablement inférieur
Gowind 2500 vs classe Ada : deux visions de la corvette moderne
Critère Gowind 2500 (France – Naval Group) Classe Ada (Turquie – STM)
Prix unitaire estimé Environ 300 à 400 millions d’euros
(≈ 375 M€ selon programmes récents)
Environ 180 à 220 millions d’euros
(coût initial, en hausse aujourd’hui)
Positionnement Plateforme haut de gamme polyvalente.
Capable de missions de surface, lutte anti-sous-marine et défense aérienne.
Solution plus économique.
Axée sur la surveillance côtière et les opérations anti-sous-marines.
Défense aérienne 16 missiles VL MICA.
Potentiel d’évolution vers Aster selon configuration.
Capacité limitée.
Missiles légers sans VLS longue portée.
Lutte anti-sous-marine (ASM) Sonar de coque + sonar remorqué.
Hélicoptère embarqué, torpilles et missiles ASM.
Optimisée ASM.
Sonar de coque et torpilles, mais absence de sonar remorqué permanent.
Missiles antinavires Exocet MM40 Block 3.
Alternatives possibles selon client.
Atmaca (missile national turc).
Performances proches de l’Exocet.
Philosophie Polyvalence et survivabilité.
Furtivité, intégration OTAN, système de combat avancé.
Efficacité et coût maîtrisé.
Bonne capacité opérationnelle avec transfert industriel facilité.

On peut être européen et acheter de l’armement européen comme le prouve le Danemark qui contrairement à l’Allemagne a opté pour le système franco-italien SAMP/T

Une décision qui dépasse largement deux navires

Sur le papier, il ne s’agit que de deux corvettes. Dans la réalité, Zagreb s’apprête à trancher une orientation stratégique pour les vingt prochaines années.

Opter pour Naval Group reviendrait à renforcer l’axe européen, s’inscrire pleinement dans un écosystème OTAN déjà structuré et miser sur une plateforme capable d’évoluer avec les menaces.

À l’inverse, choisir une autre offre ouvrirait la voie à une réduction potentielle des coûts, à une diversification des partenariats industriels et à un pari différent sur le long terme.

Le calendrier, lui, ne laisse aucune marge : la Croatie veut un premier navire dès 2030, ce qui ferme la porte aux grands programmes européens encore incertains comme la corvette EPC. Derrière ce choix, une réalité s’impose : Zagreb n’achète pas seulement des navires, elle définit son positionnement stratégique en mer Adriatique. Dans une Europe où toutes les marines accélèrent leur modernisation, cette décision sera scrutée bien au-delà des eaux croates.

Sources :

  • tportal.hr, Francuski div nudi nam moćne korvete… (21 avril 2026),
    https://www.tportal.hr/vijesti/clanak/francuski-div-nudi-nam-mocne-korvete-gradile-bi-se-u-hrvatskoj-otvorilo-bi-se-vise-od-1000-radnih-mjesta-20260421?meta_refresh=1
    article évoquant la proposition d’un groupe industriel français pour la construction de corvettes en Croatie, avec des retombées économiques importantes et la création de plus de 1 000 emplois.
  • narodno.hr, Naval Group potpisao sporazume s hrvatskim tvrtkama za program korveta Gowind (26 février 2026),

    Francuski Naval Group potpisao sporazume s hrvatskim tvrtkama za program korveta Gowind


    article détaillant la signature d’accords entre Naval Group et des entreprises croates dans le cadre du programme de corvettes Gowind, mettant en avant la coopération industrielle et les perspectives locales.

  • Naval Group, Navires de surface (consulté en 2026),
    https://www.naval-group.com/fr/navires-de-surface
    page officielle présentant la gamme de navires de surface développés par Naval Group, incluant frégates, corvettes et patrouilleurs, avec un aperçu des capacités opérationnelles et des solutions proposées à l’export.

Image de mise en avant : ELFATEH, la première Corvette Gowind 2500 de Naval Group.

À propos de l'auteur, Guillaume Aigron