Montée en puissance de l’artillerie de campagne française d’ici 2035.
Né dans les années 1990 d’une idée simple et redoutablement efficace : mettre un canon de 155 mm sur un camion pour frapper loin, vite et sans la lourdeur d’un automoteur chenillé, le CAESAR a d’abord été regardé comme une curiosité française.
Depuis, ce canon conçu par GIAT Industries, devenu Nexter puis KNDS France, s’est imposé sur plusieurs théâtres, de l’Afghanistan à l’Irak, du Sahel à l’Ukraine, jusqu’à devenir l’un des systèmes d’artillerie européens les plus exportés au monde.
Vingt ans plus tard, la France s’apprête à ouvrir un nouveau chapitre avec le CAESAR Mk II. Plus protégé, plus mobile, plus numérique, ce successeur doit remplacer progressivement les derniers systèmes anciens encore en parc, tout en augmentant le volume global d’artillerie disponible. Derrière cette modernisation, il y a une leçon venue du front ukrainien : l’artillerie n’a jamais disparu, elle revient même au centre du jeu.
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La France prévoit jusqu’à 150 canons CAESAR en ligne d’ici 2035
Aujourd’hui, la France dispose d’un socle d’artillerie de 76 canons en service… moins 30 donnés à l’Ukraine. C’est trop peu, d’autant qu’une partie du parc est constitué des modèles « anciens » MkI.
La Loi de Programmation Militaire 2024-2030 (LPM) revisitée d’avril 2026 prévoit plus d’une centaine de CAESAR Mk II (109 pour être précis pour environ 350 millions d’euros), avec des commandes supplémentaires à l’étude. Selon les scénarios les plus probables, la flotte atteindrait environ 120 systèmes dès 2030, pour monter jusqu’à 150 unités à l’horizon 2035.
CAESAR Mk II : même canon, nouvelle génération
Le CAESAR Mk II ne change pas la recette… il l’optimise.
Le canon de 155 mm reste capable de frapper à plus de 40 kilomètres, mais tout autour a été modernisé. La cabine est désormais blindée, la mobilité améliorée grâce à un moteur plus puissant, et les systèmes de tir deviennent plus numériques, plus rapides, plus précis.
L’ensemble reste monté sur un châssis camion, ce qui permet de conserver l’un des grands atouts du CAESAR : sa capacité à se déployer rapidement, sans logistique lourde.

Une artillerie plus intelligente que jamais
L’autre transformation est moins visible, mais tout aussi importante.
Le CAESAR Mk II peut tirer aussi bien des obus classiques que des munitions de précision, capables de frapper un objectif spécifique à longue distance. Cela change profondément son rôle : l’artillerie n’est plus seulement là pour saturer une zone et peut désormais neutraliser une cible précise, avec un nombre de tirs limité.
Une montée en puissance progressive
Le calendrier reste volontairement flexible, avec plusieurs options sur la table, certaines hypothèses évoquant plutôt une commande importante pour renforcer les unités, d’autres un ajustement plus mesuré.
Dans tous les cas, la logique reste la même : remplacer les systèmes anciens, renforcer les capacités existantes et, au passage, libérer des équipements qui pourraient être transférés à des alliés.
Cette approche progressive permet d’éviter une rupture brutale tout en accompagnant la montée en puissance des forces.
Une arme devenue un standard international
Le succès du CAESAR dépasse largement la France.
Plusieurs pays dans le monde ont déjà fait le choix de ce système, attirés par un équilibre assez rare : une bonne mobilité, une puissance de feu importante, et une mise en œuvre relativement simple.
Ce positionnement en fait un outil particulièrement adapté aux conflits actuels, où la rapidité de déploiement et la capacité à tenir dans la durée comptent autant que la puissance brute.
Clients du canons CEASAR en avril 2026 :
| Pays | Quantité commandée / livrée | Date de commande / livraison | Remarques / statut |
|---|---|---|---|
| France | 109 Mk II prévus, parc combiné Mk I + Mk II de plus de 100 unités | 2004 (Mk I), 2022–2023 (Mk II) | Armée de terre ; montée en cadence pour remplacer les cessions à l’Ukraine et moderniser le parc. |
| Arabie saoudite | 156+ | 2006–2011 | Garde nationale ; assemblage local ; plus gros client export historique. |
| Ukraine | 127+ | 2022–2026 | Livraisons directes et via coalition artillerie ; plus de 120 en service fin 2025 selon plusieurs estimations. |
| Tchéquie | 62 (52 + 10) | 2020–2021, livraisons 2024–2026 | Version sur châssis Tatra ; assemblage local avec Excalibur Army. |
| Lituanie | 48 (18 + 30) | 2022–2025, livraisons à partir de 2027 | Montée en puissance rapide ; financement européen SAFE sur une partie du programme. |
| Indonésie | 55 (37 + 18) | 2012–2017 | Trois bataillons ; commande accompagnée de véhicules de soutien Sherpa. |
| Maroc | 36 | 2020, livraisons 2022 | Livrés avec véhicules d’accompagnement et système de conduite de feu. |
| Arménie | 36 | 2024 | Commande annoncée à Eurosatory ; livraisons en cours ou à venir. |
| Belgique | 28 (9 + 19) | 2021–2022, livraisons à partir de 2027 | Commande inscrite dans la coopération CaMo 2 avec la France. |
| Croatie | 18 | 2025, livraisons à partir de 2029 | Contrat avec équipements de soutien et capteurs associés. |
| Danemark | 19 | 2022, transfert 2023 | Tous les exemplaires ont été transférés à l’Ukraine. |
| Estonie | 24 (12 + 12) | 2024–2026 | Destinés notamment au troisième bataillon d’artillerie ; premières livraisons déjà engagées. |
| Portugal | 36 | 2024, livraisons d’ici 2034 | Doit permettre l’uniformisation progressive du parc portugais. |
| Slovénie | 12 | 2025, livraisons à partir de 2030 | Remplacement des anciens M-71 ; appui du mécanisme SAFE. |
| Thaïlande | 6 | 2006, livraisons 2009 | Premier client asiatique du système. |
Une guerre qui remet l’artillerie au centre
Pendant des années, certains pensaient que les drones et les missiles allaient reléguer l’artillerie au second plan. Le terrain montre clairement l’inverse.
L’artillerie reste l’un des rares outils capables de combiner portée, volume et endurance à un coût maîtrisé. La différence aujourd’hui, c’est qu’elle devient plus mobile, plus précise, et mieux intégrée dans les réseaux de combat.
Pas étonnant du coup de le voir figurer dans les priorités de la LPM revisitée d’avril 2026 ! La défense de la France passera nécessairement dans les années à venir par l’augmentation du nombre de ces canons dans ses rangs… en priant pour ne jamais avoir à s’en servir !
Sources :
- Ministère des Armées, Loi de programmation militaire (LPM) (avril 2026),
https://www.defense.gouv.fr/sites/default/files/ministere-armees/LPM.pdf
document officiel présentant la programmation des moyens militaires français sur plusieurs années, incluant les budgets, les priorités capacitaires et les grandes orientations stratégiques des armées. - Ministère des Armées, Caesar MkII (consulté en avril 2026),
https://www.defense.gouv.fr/en/node/13486
Page présentant canon CAESAR MKII - KNDS, CAESAR 6×6 (consulté en avril 2026),
https://knds.com/fr/produits/systemes/caesar-6×6
page officielle présentant le système d’artillerie CAESAR 6×6, avec ses caractéristiques techniques, ses capacités opérationnelles et ses configurations d’emploi au sein des forces armées.
Crédit photo : KNDS
