Que donnerait sur le papier un rapprochement entre les flottes militaires italienne et française ?
La France a entrepris cette année l’un des exercices militaires les plus ambitieux de son histoire moderne avec ORION 26 qui va impliquer 12 500 miliaires de l’Hexagone et 24 nations alliés. Dans cet article nous allons nous intéresser à un en particulier : l’Italie.
Comme nous allons le voir les deux nations ont tout à gagner à un rapprochement, en particulier de leur flotte militaire, pour une présence accrue en mer Méditerranée.
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France-Italie : une coopération militaire qui s’accélère avec l’exercice ORION
L’objectif d’ORION 26 est de préparer les forces françaises et alliées à un conflit de haute intensité. Nous avons beaucoup écrit sur ce sujet depuis plusieurs semaines et pour en comprendre les enjeux nous vous invitons à lire cet article détaillé. L’effet de bord intéressant c’est que ORION 26 aussi de laboratoire pour tester la coopération entre armées européennes.
Dans ce cadre, les forces italiennes occupent une place importante.
Des unités de l’armée italienne participent en effet aux manœuvres terrestres, tandis que la coopération navale entre les deux pays s’intensifie. Ce rapprochement n’est pas un nouveauté en soi. Depuis plusieurs années, Paris et Rome multiplient les programmes communs :
- frégates FREMM construites en coopération
- programme de frégates de défense aérienne Horizon
- coopération industrielle via Naval Group et Fincantieri
- projets communs dans l’aéronautique et les missiles avec MBDA
Les deux pays partagent ainsi une partie de leur industrie militaire et l’exercice de cette année peut leur permettre d’apprendre à mieux agir de concert pour atteindre des objectifs communs.
Deux armées parmi les plus puissantes d’Europe
La France et l’Italie disposent des deux forces armées les plus importantes d’Europe occidentale :
| Pays | Effectifs actifs | Budget défense | Particularités |
| France | ~205 000 militaires | ~47 milliards € | puissance nucléaire, dissuasion stratégique |
| Italie | ~170 000 militaires | ~31 milliards € (en hausse) | forte présence en Méditerranée |
La différence majeure tient évidemment à la dissuasion nucléaire française, qui confère à Paris un rôle stratégique unique en Europe mais l’Italie compense en partie par une forte présence militaire en Méditerranée et par une armée très engagée dans les opérations internationales, notamment sous mandat de l’OTAN.
Depuis quelques années, Rome augmente aussi ses dépenses militaires. Selon plusieurs analyses économiques, l’Italie a lancé une hausse rapide de son budget de défense (dans l’objectif d’atteindre 2% de son PIB), même si les détails de cette augmentation restent encore flous.
Long de 244 mètres, il peut embarquer des avions F-35B, des hélicoptères et des troupes, combinant capacités aéronavales et amphibies.
Deux marines parmi les plus puissantes de la Méditerranée
Si on regarde une carte en détail, un détail saute aux yeux : la France et l’Italie ont tout intérêt à s’entendre pour une maitrise commune de leur espace naturel d’influence : la Méditerranée.
Cela tombe bien car les deux nations misent une grande partie de leurs efforts sur leur flotte respective.
La Marine nationale française dispose notamment de :
- 1 porte-avions nucléaire
- 3 porte-hélicoptères amphibies
- 15 frégates de premier rang
- 10 sous-marins dont 4 nucléaires lanceurs d’engins
La Marina Militare italienne, elle, possède :
- 2 porte-aéronefs
- plusieurs grands navires amphibies
- une flotte moderne de frégates FREMM et PPA
- une force sous-marine performante
Comparées individuellement, ces deux marines figurent déjà parmi les plus importantes d’Europe, en combinés nous avons deux flottes qui compensent chacune leur faiblesse (technologique pour l’Italie, manque de soutien pour la France) :
| Catégorie | Italie (actifs) | France (actifs) | Total combiné | Notes clés |
|---|---|---|---|---|
| Porte-avions / LHD | 2 (Cavour, Trieste) | 1 (Charles de Gaulle) + 3 BPC (Mistral) | 6 | Italie : 1 porte-aéronefs + 1 grand LHD ; France : 1 porte-avions nucléaire + 3 bâtiments amphibies. |
| Destroyers | 3 (classe Horizon) | 10 (Horizon, FREMM AAW) | 13 | La France dispose d’une forte capacité de défense aérienne ; l’Italie prépare la nouvelle génération DDX. |
| Frégates | 9 (FREMM, PPA) | 12 (FREMM, FDI, La Fayette) | 21 | Programme FREMM franco-italien emblématique ; coopération industrielle étroite. |
| Sous-marins | 8 (Todaro AIP, Sauro) | 9 (SNLE et SNA nucléaires) | 17 | France seule puissance nucléaire stratégique européenne ; Italie forte en sous-marins AIP conventionnels. |
| Navires amphibies | 4 (classe San Giorgio) | 3 (classe Mistral) | 7 | L’Italie dispose d’une forte capacité d’intervention en Méditerranée. |
| Navires anti-mines | 10 | 19 | 29 | La France est l’un des leaders européens dans la guerre des mines. |
| Total opérationnels | 140 | 115 | 255 | Combinaison puissante : dissuasion nucléaire française et volume naval italien. |
Avec 255 bâtiments, une flotte franco-italienne pourrait théoriquement former l’une des plus importantes puissances navales au monde (potentiellement troisième flotte mondiale derrière les États-Unis et la Chine en termes de volume et de projection combinée).
Une maîtrise potentielle du centre de la Méditerranée
Géographiquement, la France et l’Italie occupent une position stratégique presque idéale.
La France contrôle l’accès occidental de la Méditerranée avec :
- Toulon
- la Corse
- ses bases en Afrique du Nord et au Levant
L’Italie, elle, se situe au cœur du bassin méditerranéen.
Ses bases navales couvrent :
- la mer Tyrrhénienne
- l’Adriatique
- le canal de Sicile
- l’accès vers l’est de la Méditerranée
Si l’on superpose ces zones d’influence, on obtient un maillage presque continu.
En pratique, une coopération navale étroite entre Paris et Rome permettrait :
- de surveiller les principales routes maritimes méditerranéennes
- de sécuriser les flux énergétiques et commerciaux
- de renforcer la présence européenne face aux flottes russe ou turque
- de soutenir les opérations de l’OTAN dans la région
Pour les stratèges militaires, c’est une évidence : la Méditerranée est un espace de plus en plus disputé :
- La Russie y déploie régulièrement des navires depuis sa base syrienne de Tartous.
- La Turquie développe une marine ambitieuse.
- Et la Chine commence à s’intéresser aux infrastructures portuaires de la région.
Dans ce contexte, une coordination franco-italienne deviendrait un multiplicateur de puissance.
Vers une colonne vertébrale navale européenne ?
Dans les cercles militaires européens, une question revient souvent : qui peut réellement assurer la sécurité maritime de l’Europe ?
Aujourd’hui, deux marines dominent largement le continent :
- la Royal Navy britannique
- la Marine nationale française
L’Italie se rapproche rapidement de ce niveau grâce à une flotte moderne et à des investissements importants. Malheureusement elle est souvent « oubliée » dans l’esprit français comme partenaire des choix alors qu’elle reste 3e puissance maritime européenne !
Si la Royal Navy est une fidèle alliée avec laquelle notre pays doit bien entendu continuer de dialoguer, la France ferait bien de considérer son voisin transalpin comme un autre axe à développer en ces heures décisives.
Le cœur naval de l’Europe pourrait bien se trouver entre Toulon, Rome et Naples et l’exercice ORION 26 n’être qu’un avant-goût de ce que pourrait devenir cette coopération franco-italienne.
Parfois, les grandes alliances militaires ne naissent pas dans les traité et commencent simplement par des soldats qui s’entraînent ensemble…
Sources :
- Global Military, Italian Navy Fleet Inventory (consulté en 2026),
https://www.globalmilitary.net/fr/navies/ita/
base de données recensant les bâtiments en service au sein de la Marina Militare italienne, avec des informations détaillées sur les frégates, destroyers, sous-marins et navires de soutien composant la flotte. - Global Military, French Navy Fleet Inventory (consulté en 2026),
https://www.globalmilitary.net/fr/navies/fra/
inventaire des navires de la Marine nationale française présentant les principales classes de bâtiments de combat et de soutien, ainsi que leur répartition au sein des forces navales. - Ministère des Armées, ORION 26 : coopération étroite entre la France et l’Italie (03 mars 2026),
https://www.defense.gouv.fr/operations/actualites/orion-26-cooperation-etroite-entre-france-litalie
article institutionnel décrivant la coopération opérationnelle entre les forces françaises et italiennes dans le cadre de l’exercice interarmées ORION 26, illustrant l’interopérabilité des forces navales européennes.
Image de mise en avant : Le Cavour opère avec le Harry S. Truman (au centre) et le Charles de Gaulle (au fond).
Crédit image : Le Cavour – Armando Mancini, originellement sur Flickr : https://www.flickr.com/photos/armando46/4688372448