Le missile Oreshnik est officiellement en service dans l’armée biélorusse, marquant le retour en Europe d’un type d’arme interdit depuis près de 50 ans. Hypersonique, mobile et conçu pour emporter plusieurs têtes, il fait craindre une nouvelle course aux armements entre Moscou et l’OTAN.
L’armée russe vient de franchir un nouveau seuil stratégique : un système de missiles balistiques intermédiaires a été livré à une unité positionnée en Biélorussie, à quelques centaines de kilomètres seulement de la frontière polonaise. Une cérémonie officielle a confirmé que les soldats affectés à ce nouveau matériel étaient désormais placés en état d’alerte permanente.
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Une cérémonie solennelle pour un changement d’équilibre
Une vidéo relayée par les médias d’État russes montre les premières images du système Oreshnik. Ce missile balistique hypersonique a été aperçu dès novembre 2024 lors d’un test de combat en Ukraine, mais il entre cette fois officiellement en service dans une unité opérationnelle. Selon le ministère russe de la Défense, les équipages ont été formés sur des simulateurs modernes, incluant les opérateurs de lancement, les équipes de sécurité, de logistique et les techniciens responsables des communications.
Le premier missile interdit à revenir en Europe
L’Oreshnik devient ainsi le premier missile balistique à portée intermédiaire officiellement déployé sur le sol européen depuis la signature du traité FNI en 1987. Cet accord entre les États-Unis et l’URSS interdisait les systèmes terrestres d’une portée comprise entre 500 et 5 500 km. Il avait entraîné le retrait des missiles Pershing II américains et RSD-10 soviétiques. Mais depuis le retrait américain du traité en 2018, les deux camps sont à nouveau libres d’en produire et d’en déployer.
Un système déjà entré en production
La Russie a confirmé l’entrée en production en série de l’Oreshnik dès juin 2025. Selon les analystes occidentaux, il dispose d’une portée estimée à 4 000 km. Il embarque plusieurs têtes nucléaires manœuvrables capables de modifier leur trajectoire à très haute vitesse, ce qui rend leur interception extrêmement difficile. La Biélorussie hébergerait plusieurs unités sur différents sites, d’après l’analyse d’images satellites. Le partage nucléaire entre Moscou et Minsk prévoit que les têtes nucléaires restent sous contrôle russe, mais leur déploiement est autorisé en territoire biélorusse.

Un missile hypersonique réellement opérationnel ?
L’Oreshnik pourrait reposer sur une technologie déjà éprouvée : celle des systèmes nord-coréens Pukkuksong-2, eux-mêmes dérivés de missiles soviétiques adaptés aux plateformes mobiles. Cette hypothèse expliquerait la rapidité avec laquelle la Russie a pu industrialiser le système en moins de trois ans. Le missile utiliserait un planeur hypersonique comme véhicule de rentrée, capable de vols manœuvrants à Mach 8 ou 9.
Une réponse directe aux F-35 européens
Selon Moscou, ce système vise à compenser l’avantage technologique croissant de l’OTAN. La présence massive de chasseurs furtifs F-35A (en cours de livraison à l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas ou la Turquie) représenterait une menace stratégique, notamment en cas de frappe nucléaire. Les missiles Oreshnik permettraient de cibler des bases aériennes, des sites de radar ou des centres de commandement, en échappant à des boucliers comme le Arrow 3 israélien acquis par Berlin.

Une doctrine d’emploi asymétrique
Ce type d’arme favorise une stratégie de réplique immédiate en cas de conflit, en s’affranchissant des contraintes logistiques d’un missile basé en Russie. En positionnant ces capacités à moins de 500 km des frontières de l’OTAN, Moscou vise à déstabiliser les options défensives de l’Alliance. La portée de 4 000 km couvre l’ensemble de l’Europe de l’Ouest, y compris les centres de décision français et les bases américaines en Allemagne ou en Espagne.
Un calendrier qui en dit long
| Date | Événement clé |
| Novembre 2024 | Premier test opérationnel en Ukraine |
| Juin 2025 | Confirmation de l’entrée en production |
| Décembre 2025 | Entrée officielle en service en Biélorussie |
| 2026-2027 | Déploiement prévu sur 3 à 4 sites en Europe de l’Est |
Une réponse attendue de l’OTAN
L’arrivée de l’Oreshnik pourrait précipiter la mise en place de systèmes d’interception avancés dans plusieurs pays de l’OTAN. Les États-Unis prévoient notamment de redéployer des missiles Tomahawk à moyenne portée depuis la Roumanie et la Pologne, tandis que le Système Sky Shield européen devra adapter ses priorités pour intégrer cette nouvelle menace. Le retour des missiles intermédiaires en Europe relance un bras de fer stratégique gelé depuis la guerre froide.
Source : Military Watch Magazine