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L’Inde regarde avec inquiétude la montée en puissance de son plus grand rival qui veut acquérir 50 nouveaux navires de guerre pour sa flotte

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

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Le Pakistan s’arme en silence avec une flotte supplémentaire attendue de 50 navires.. Pendant longtemps, la marine pakistanaise a vécu dans l’ombre de sa voisine et rivale la Marine indienne. …

Le Pakistan s’arme en silence avec une flotte supplémentaire attendue de 50 navires..

Pendant longtemps, la marine pakistanaise a vécu dans l’ombre de sa voisine et rivale la Marine indienne. En 2021 cependant elle a annoncé une expansion sans précédent avec la volonté d’acquérir cinquante navires supplémentaires. Après quelques années sans réelles avancées, cette ambition refait surface aujourd’hui, cette fois-ci suivie d’effets.

Ce plan n’est pas une lubie récente et s’inscrit dans une transformation méthodique, pensée sur vingt ans. Le pays souhaite développer une marine calibrée pour protéger son commerce, tenir tête à l’Inde sans chercher la surenchère, et verrouiller les routes maritimes qui font désormais vivre le pays.

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C’est en 2021 que l’amiral Zafar Mahmood Abbasi, alors chef de la Pakistan Navy, trace la ligne avec l’envie d’acquérir cinquante bâtiments : vingt unités de combat de premier rang, trente navires plus légers, rapides, armés, polyvalents. À l’époque, peu de réactions. Le monde regarde ailleurs, absorbé par les tensions terrestres et aériennes du sous-continent.

En 2026, le contexte a changé. Les chiffres restent les mêmes, mais leur portée stratégique apparaît clairement. Le Pakistan ne cherche pas à rivaliser en prestige ou en tonnage. Il cherche à rendre toute action hostile coûteuse, risquée, incertaine.

Cette flotte est pensée pour la dissuasion maritime, la protection des routes commerciales et la défense des ports.

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Une réponse assumée à la montée en puissance navale indienne

Face à lui, la Marine indienne avance à grands pas : destroyers modernes, frégates lourdes, silos verticaux, missiles de croisière à longue portée. Une marine pensée pour le contrôle régional, capable de frapper loin tout en se protégeant elle-même. Islamabad a choisi une autre voie.

Pas question d’aligner les chiffres. Le pari est plutôt de multiplier les plateformes capables de saturer, de frapper à distance, de compliquer la manœuvre adverse. Une logique de déni d’accès plutôt que de domination.

Dans cette vision, chaque corvette, chaque patrouilleur lourd, chaque missile embarqué compte. Ce n’est pas la taille de la flotte qui fait l’équilibre, c’est sa capacité à rendre la mer dangereuse.

La frégate F-22P Zulfiquar à Port Klang, en Malaisie (27 août 2009).
La frégate F-22P Zulfiquar à Port Klang, en Malaisie (27 août 2009).

La mer comme colonne vertébrale économique du pays

Environ 90 % du commerce pakistanais transite par la mer. Chaque conteneur, chaque cargaison d’énergie, chaque exportation vitale passe par Karachi, Gwadar, Port Qasim. Depuis quelques années, ces ports ne sont d’ailleurs plus seulement pakistanais. Ils sont devenus des nœuds essentiels du corridor Chine-Pakistan avec des Infrastructures portuaires, zones industrielles, routes, pipelines, vitaux pour les 2 pays.

Une marine incapable de protéger ces flux serait une marine inutile. Le plan des cinquante navires est ainsi d’abord une assurance-vie économique.

Des navires pensés comme un système

Dans les vingt unités majeures annoncées, on trouve des frégates, des corvettes et, à terme, des destroyers légers. Des bâtiments capables d’opérer ensemble, de partager des capteurs, de couvrir des zones étendues sans dépendre d’une seule plateforme centrale.

Les trente autres navires joueront un autre rôle : vedettes lance-missiles, patrouilleurs rapides, bâtiments de soutien. Des unités moins visibles, mais essentielles pour saturer l’espace maritime, escorter, surveiller… et frapper vite.

Cette architecture en couches permettra une présence permanente en mer d’Arabie, sans épuiser les équipages ni les budgets.

Le sous-marin, toujours au cœur de la doctrine pakistanaise

À la surface, le Pakistan montre des pavillons. Sous l’eau, il avance avec constance. L’acquisition de sous-marins Type 39B chinois (Hangor-II), s’inscrit dans une tradition ancienne. Le sous-marin reste l’arme préférée d’Islamabad : silencieux, endurant, capable de menacer les lignes adverses sans se montrer. Dans une mer relativement confinée, c’est un multiplicateur de puissance redoutable. Ces bâtiments complètent la flotte de surface et ajoutent une incertitude permanente pour tout adversaire potentiel.

Une modernisation sans calendrier affiché, mais sans retour en arrière

Le plan annoncé ne donne ni dates précises ni montants détaillés. Ce flou est volontaire. Il permet d’ajuster le rythme aux finances, aux partenariats industriels, aux tensions régionales. Ce qui est clair, en revanche, c’est la direction.

Le Pakistan ne veut plus revivre les vulnérabilités maritimes du passé : ports bloqués, routes coupées et  dépendance totale à des acteurs extérieurs. Cette flotte à cinquante navires est une réponse directe à ces souvenirs stratégiques et répondent à un vrai enjeu de souveraineté.

Les INS Vikrant et INS Vikramaditya en 2023
Les INS Vikrant et INS Vikramaditya en 2023

Comparaison détaillée avec sa rivale : la Marine indienne

Dans l’océan Indien, l’Inde et le Pakistan ne jouent clairement pas dans la même catégorie navale, ni avec les mêmes ambitions.

New Delhi aligne une flotte de 293 navires de combat, structurée autour de deux porte-avions, de 18 sous-marins, d’une quinzaine de destroyers et de frégates modernes capables d’opérer loin de leurs bases et longtemps en mer. Cette puissance repose sur un budget naval estimé entre 18 et 19 milliards d’euros par an, une industrie nationale en montée en gamme et des partenariats technologiques multiples avec la Russie, la France et les États-Unis.

L’Inde compte d’ailleurs beaucoup sur son partenariat avec la France :

À l’inverse, le Pakistan ne dispose « que » de 121 navires, sans porte-avions, avec 8 sous-marins, 9 frégates et 9 corvettes, une flotte très fortement dépendante de la coopération chinoise pour ses bâtiments majeurs. Cette asymétrie reflète deux doctrines distinctes : l’Inde cherche à contrôler les routes maritimes, projeter sa puissance et peser à l’échelle océanique, tandis que le Pakistan vise surtout à compliquer toute action adverse, en rendant l’accès à ses eaux dangereuse sans prétendre à une domination durable de l’océan Indien.

Marine indienne vs Pakistanaise - infographie

Résumé des flottes militaires indienne et pakistanaise :

Indicateur Inde (marine indienne) Pakistan (marine pakistanaise) Lecture stratégique
Effectif (personnel) ≈ 68 000 ≈ 32 500 (+ réservistes, Marines, gardes-côtes) L’Inde mise sur la masse humaine et la permanence en mer. Le Pakistan reste plus compact.
Flotte totale (approche large) ≈ 293 unités ≈ 121 unités L’écart est structurel, pas marginal.
Navires de guerre (approche stricte) ≈ 155 ≈ 100 L’Inde aligne une marine complète, le Pakistan une force plus ciblée.
Porte-avions 2 0 Avantage décisif indien pour la projection de puissance aéronavale.
Sous-marins ≈ 18 ≈ 8 Supériorité indienne en volume, endurance et diversité des missions.
Destroyers ≈ 13 0 L’Inde dispose de plateformes lourdes pour défense aérienne et frappe lointaine.
Frégates ≈ 14 ≈ 9 Les deux marines en ont, mais avec un avantage numérique indien.
Corvettes ≈ 18 ≈ 9 Le Pakistan reste très axé sur la défense côtière et régionale.
Patrouilleurs ≈ 135 ≈ 69 Présence maritime quotidienne largement favorable à l’Inde.
Aéronavale ≈ 246 aéronefs ≈ 14 aéronefs Écart massif en surveillance, frappe et lutte ASM.
Budget naval annuel (ordre de grandeur) ≈ 20 Md $ ≈ 3 à 4 Md $ L’écart budgétaire explique l’écart capacitaire sur le long terme.

Sources :

  • Globa Firepower, Comparison of India and Pakistan Military Strengths (2025)
  • Vajiram & Ravi, India vs Pakistan Military Power 2025, Comparison
  • Times of Islamabad, Pakistan Advances Ambitious Naval Fleet Expansion to 50 WarShips and Subamries, 21/01/2026

Image : Le Hamza, sous-marin de la classe Agosta-90, au chantier naval de Karachi, en 2006.

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