À l’occasion du salon Eurosatory 2026, l’alliance entre l’italien Leonardo et l’allemand Rheinmetall dévoile pour la première fois son nouveau char de combat, un engin bardé de systèmes anti-drones et anti-missiles, vendu près de 60 millions d’euros pièce et destiné à conquérir le marché du blindé lourd en Europe.
Le char de combat n’est pas mort, contrairement à ce que beaucoup annonçaient. Mais il doit se réinventer face aux drones bon marché et aux missiles qui transpercent l’acier. À Paris, deux géants de l’armement européen présentent leur réponse commune à ce casse-tête. Un engin pensé pour survivre aux guerres d’aujourd’hui.
A lire aussi :
- Un pays inattendu rejoint le club des constructeurs de chars : le Vietnam dévoile son T-1 amphibie capable de traverser les fleuves à 80 km/h avec un canon de 76 mm pour se libérer du matériel russe et chinois
- Les États-Unis injectent près de 439 millions d’euros dans un nouveau char Abrams plus léger pour éviter le piège des monstres de 70 tonnes devenus trop vulnérables aux drones
Un mariage industriel entre Rome et Düsseldorf
Tout part d’une coentreprise baptisée Leonardo Rheinmetall Military Vehicles, ou LRMV. Cette société réunit à parts égales l’italien Leonardo et l’allemand Rheinmetall, deux poids lourds du secteur. Créée fin 2024, elle a installé son siège à Rome et ses installations opérationnelles à La Spezia, dans le nord de l’Italie. Son ambition dépasse largement les frontières italiennes : devenir un acteur de référence du blindé en Europe. C’est elle qui présente le nouvel engin, simplement désigné IMBT pour Italian Main Battle Tank dans la presse spécialisée, au salon Eurosatory 2026 qui se tient à Paris du 15 au 19 juin.
L’héritier d’un vétéran des années 90
Pourquoi un nouvel engin ? Parce que l’actuel char italien, l’Ariete, accuse son âge. Entré en service dans les années 90, il a été conçu avant que la guerre en Ukraine et les conflits récents ne bouleversent tout. À l’époque, personne n’imaginait qu’un drone à quelques centaines d’euros pourrait détruire un blindé de plusieurs millions. Le nouveau venu s’appuie sur une base allemande éprouvée, le KF51 Panther de Rheinmetall, retravaillée par Leonardo. L’idée n’est pas seulement de remplacer un vieux modèle, mais de proposer une plateforme ultra-connectée, taillée pour les opérations dites multi-domaines où terre, air et cyber se mélangent.

Un bouclier qui frappe avant d’être touché
Le vrai bond en avant se cache dans la protection. La pièce maîtresse est le StrikeShield, un système de protection active dit « hard-kill » signé Rheinmetall. Concrètement, des capteurs repèrent un projectile qui fonce vers le char, roquette ou missile guidé, et le système le détruit à très courte distance avant qu’il ne touche le blindage. Mieux : il est présenté comme le seul dispositif du genre à limiter les dégâts collatéraux pour les fantassins qui accompagnent le véhicule. Une préoccupation directement tirée des combats urbains, où protéger les soldats à pied autour du char compte autant que protéger le char lui-même.
Disparaître dans un nuage en une seconde
Deuxième couche de défense, le système ROSY. Là encore, l’idée est maligne. Dès qu’une menace est détectée, ce lanceur projette en une fraction de seconde un nuage de fumée autour du véhicule. Mais pas n’importe quelle fumée : elle masque le char à l’œil nu comme aux capteurs infrarouges. Résultat, un missile qui se guide sur une image optique ou thermique perd sa cible, et l’équipage gagne de précieuses secondes pour manœuvrer et se mettre à l’abri. Voici les trois boucliers réunis sur cet engin :
| Système | Concepteur | Rôle principal |
| StrikeShield | Rheinmetall | Détruit missiles et roquettes avant l’impact |
| ROSY | Rheinmetall | Écran de fumée masquant aussi en infrarouge |
| Blaze 30 | Leonardo | Tourelle téléopérée de 30 mm contre drones et infanterie |
Tirer sans jamais sortir la tête
Le troisième élément vient de Leonardo : la tourelle téléopérée Blaze 30. Armée d’un canon de 30 mm, elle permet à l’équipage de tirer sur des cibles aériennes, des véhicules légers ou de l’infanterie sans jamais ouvrir une trappe. Et c’est tout sauf un détail. Avec la multiplication des drones armés, des tireurs embusqués et des armes antichar, sortir la tête pour manier une mitrailleuse classique est devenu un geste suicidaire. Ces tourelles pilotées depuis l’intérieur du blindé sont désormais un standard sur tous les engins modernes, précisément parce qu’elles gardent l’équipage à l’abri.

Une addition à 60 millions l’unité
Parlons argent, car le programme est colossal. Le contrat italien prévoit un budget d’environ 8 milliards d’euros pour le développement et la livraison d’une flotte complète de nouveaux chars. Ramené à l’unité, cela représente près de 60 millions d’euros par engin, soit environ trois fois le prix d’un Leopard 2A8 ou d’un M1A2 Abrams américain actuel. Une somme qui peut sembler vertigineuse, mais qui s’explique par l’électronique embarquée, les systèmes de protection et la connectivité de pointe. Ce char ne se contente pas de tirer des obus, c’est un véritable nœud numérique roulant au cœur du champ de bataille.
Une vitrine pour viser toute l’Europe
Le choix d’Eurosatory n’a rien d’anodin. En dévoilant son engin au plus grand salon terrestre du continent plutôt qu’à une cérémonie italo-allemande discrète, LRMV affiche clairement ses ambitions à l’export. La coentreprise n’a d’ailleurs pas attendu pour montrer qu’elle livre vraiment : elle a remis ses quatre premiers blindés d’infanterie Lynx à l’armée italienne en janvier 2026, moins d’un an et demi après sa création. Avec des budgets militaires en hausse partout en Europe depuis l’invasion russe, plusieurs pays cherchent à remplacer leurs vieux blindés. Le marché européen atteint des niveaux de dépenses inédits depuis la guerre froide, et les deux partenaires comptent bien en récupérer une large part.
Sources :
- Eurosatory
- Rheinmetall
- Leonardo
- Photo (NichoConcu)
