En réunissant sous une seule autorité ses forces de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie, Paris renforce l’architecture de la seule puissance européenne présente en propre dans cet océan devenu le centre de gravité de la rivalité mondiale.
Depuis le 1er janvier 2026, un Commandement pour le Pacifique, le CPP (ou FRPACOM dans sa version anglophone calquée sur l’INDOPACOM américain) chapeaute l’ensemble des forces françaises opérant en Asie-Pacifique.
Basé en Polynésie française, il réunit environ 3 200 militaires permanents et s’appuie sur un réseau d’officiers de liaison ainsi qu’une mission militaire dédiée auprès du commandement américain de la zone.
L’occasion pour nous de faire un petit zoom sur cette région du monde qui permet à la France de disposer de la deuxième ZEE du monde.
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Depuis le 1er janvier 2026, la France dispose d’un commandement militaire unique pour le Pacifique.
Deux siècles d’ancrage militaire
La présence française dans cette région du globe ne date pas d’hier. Dès le milieu du XIXe siècle, la Marine entretient dans la région une division navale de l’Océanie, tandis que la France prend pied à Tahiti, placée sous protectorat en 1842, puis en Nouvelle-Calédonie, dont elle prend possession en 1853. Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, ces territoires lointains figurent parmi les premiers ralliements à la France libre : le Bataillon du Pacifique, formé de volontaires calédoniens et polynésiens, s’illustre jusque dans les sables de Bir Hakeim, en 1942.
À partir de 1963, la France déplace ses essais nucléaires du Sahara vers le Pacifique et implante le Centre d’expérimentation du Pacifique, qui conduit 193 essais sur les atolls de Moruroa et Fangataufa entre 1966 et 1996. Cette période, qui a laissé une empreinte sanitaire et mémorielle encore vive en Polynésie, transforme durablement le territoire en base arrière stratégique.
La fin des essais, en 1996, referme ce chapitre et réoriente peu à peu les forces vers leurs missions actuelles : souveraineté, surveillance maritime et secours aux populations.
Deux commandements dans une main
La France alignait jusqu’ici dans le Pacifique deux commandements de souveraineté distincts.
D’un côté, les forces armées en Nouvelle-Calédonie (FANC), à dominante aéroterrestre.
De l’autre, les forces armées en Polynésie française (FAPF), à dominante maritime, dont le chef cumulait déjà la casquette d’amiral commandant la zone Asie-Pacifique. C’est la réunion de ces deux composantes qui donne les quelque 3 200 militaires désormais placés sous le CPP. Deux états-majors, deux logiques, une coordination à distance sur des milliers de kilomètres d’océan.
Attention à ne pas confondre les échelles : ces 3 200 hommes ne couvrent que le Pacifique. Sur l’ensemble de l’Indo-Pacifique, qui ajoute au Pacifique tout l’océan Indien, avec les bases de La Réunion, des Émirats arabes unis et de Djibouti, la France déploie en permanence près de 7 000 militaires, répartis en cinq commandements.
Le CPP n’en rassemble donc qu’une partie : celle qui regarde vers le Pacifique.
Un archipel de souveraineté grand comme un continent
Ce qui distingue la France de tous ses voisins européens, c’est qu’elle n’est pas un simple visiteur du Pacifique, elle y habite. Avec la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française, Wallis-et-Futuna et l’îlot de Clipperton, elle est la seule nation du Vieux Continent à exercer sa souveraineté sur des terres du Pacifique.
La Nouvelle-Calédonie et la Polynésie siègent d’ailleurs de plein droit au Forum des îles du Pacifique, aux côtés des États insulaires de la région.
Cette présence dessine un domaine maritime démesuré. La seule zone économique exclusive de la Polynésie française couvre 5,3 millions de kilomètres carrés… l’équivalent de dix fois la superficie de la France métropolitaine ! Additionnée à ses autres territoires, la France possède la deuxième zone économique exclusive du monde (derrière les États-Unis), dont une part considérable se déploie dans le Pacifique.
Surveiller cette étendue, y faire respecter la pêche, y porter secours… c’est le quotidien de forces qui doivent couvrir des distances que l’on peine à imaginer.

La France dans le Pacifique en chiffres :
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Territoires français du Pacifique | Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Wallis-et-Futuna, Clipperton |
| ZEE de la Polynésie française | 5,3 millions de km² |
| ZEE française (tous océans) | 2e du monde, environ 10,2 millions de km² |
| Personnels permanents en Indo-Pacifique | Environ 7 000, répartis en cinq commandements |
| Principaux moyens navals régionaux | Frégates de surveillance et patrouilleurs outre-mer |
| Statut régional | Membre du Forum des îles du Pacifique (Nouvelle-Calédonie et Polynésie) |
Le Pacifique, nouveau centre de gravité du monde
Le Pacifique est devenu l’épicentre de la compétition entre grandes puissances. La montée en puissance militaire de la Chine, sa pression croissante sur les États insulaires et la rivalité qui l’oppose aux États-Unis ont transformé cet océan en principal théâtre stratégique du siècle. La France y défend depuis 2018 une stratégie indopacifique assumée, qui refuse la logique des blocs tout en affirmant sa présence.
Cette présence se traduit par un maillage d’exercices et de partenariats. Les forces françaises s’entraînent avec les Américains lors de manœuvres de haute intensité, organisent chaque année des exercices avec l’Inde, accueillent des rendez-vous navals régionaux et participent au dispositif d’aide humanitaire FRANZ, aux côtés de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande. Le CPP vient donner à cet activisme une tête de chaîne clairement identifiée.
Des ambitions au dessus de ses moyens ?
Un commandement unifié ne fait pourtant pas une flotte… et c’est là que le bât blesse.
Les moyens des forces de souveraineté restent comptés au regard de l’échelle du théâtre : quelques frégates de surveillance déjà anciennes, de nouveaux patrouilleurs outre-mer qui arrivent au compte-gouttes, des avions de surveillance maritime en cours de remplacement. Le Sénat lui-même a pointé un sous-équipement chronique de ces forces, sommées de tenir un domaine maritime grand comme un continent avec une poignée de bâtiments.
La réforme cherche précisément à compenser cette faiblesse capacitaire par une meilleure organisation : à défaut de multiplier les navires, on rationalise le commandement.
Sources :
- Forces armées en Asie-Pacifique et en Polynésie française, Présentation du Commandement pour le Pacifique (CPP / FRPACOM), (janvier 2026)
https://x.com/CPP_FAPF
Communication officielle des forces françaises annonçant la création du commandement unifié et détaillant son périmètre. - Ministère des Armées, Stratégie française en Indopacifique, (2025)
https://www.defense.gouv.fr/dgris/asie-oceanie-amerique-latine/strategie-francaise-indopacifique
Cadre stratégique d’ensemble : cinq commandements, 7 000 personnels permanents, enjeux régionaux. - Sénat, La stratégie française pour l’Indopacifique : des ambitions à la réalité, (2023)
https://www.senat.fr/rap/r22-285/r22-285_mono.html
Analyse critique des moyens et du sous-équipement chronique des forces de souveraineté du Pacifique. - Ministère des Armées, Forces armées en Polynésie française (FAPF), (2025)
https://www.defense.gouv.fr/operations/indopacifique/forces-souverainete-indopacifique/forces-armees-polynesie-francaise-fapf
Détail de l’organisation antérieure, des missions et de la zone de responsabilité Asie-Pacifique. - Fondation pour la Recherche Stratégique, Présence militaire et diplomatie de défense en Indo-Pacifique, (2023)
https://www.frstrategie.org/node/8525
Panorama des forces, des ZEE et du réseau de coopération de défense française dans la région.
Image de mise en avant récupéré sur le compte X @CPP_FAPF et prise lors de L’exercice MARARA 26.
