Pendant 18 mois, on ne connaissait le mystérieux J-36 chinois que par des photos d’amateurs. Ce week-end, Pékin l’a glissé une petite seconde dans une vidéo officielle. Un teasing assumé, mais qui ne révèle presque rien de technique sur ce chasseur de sixième génération.
La Chine est passée maître dans l’art de la révélation calculée. Son avion de combat le plus secret vient d’apparaître à l’écran pour la première fois, le temps d’un clignement d’œil. Derrière ce geste se cache une stratégie redoutable. Faisons le tri entre ce qui est confirmé et ce que l’on raconte.
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Une apparition d’une seconde qui affole les experts
L’image a duré à peine plus d’une seconde, mais elle a suffi à mettre le monde de la défense en effervescence. Dans une vidéo officielle de quatre minutes, diffusée par l’armée chinoise pour célébrer les dix ans de son avion de transport Y-20, la caméra quitte le cockpit d’un ravitailleur pour filmer brièvement une silhouette sans empennage glissant à ses côtés. Cette forme arrondie, surnommée « feuille de ginkgo » par les commentateurs chinois, correspond au fameux J-36. C’est la première fois que Pékin lui-même montre l’appareil, après un an et demi de photos floues prises par des passionnés. Mieux, selon les analystes, c’est tout simplement la première fois qu’un chasseur de sixième génération apparaît dans une production officielle, quel que soit le pays. Une vraie première mondiale.
Un premier vol à la date très symbolique
Tout a commencé bien avant cette vidéo. L’appareil a effectué son premier vol le 26 décembre 2024, une date loin d’être anodine puisqu’elle coïncide avec l’anniversaire de Mao Zedong. Le décollage a eu lieu près des installations de Chengdu, dans le Sichuan, escorté par un J-20S biplace servant d’avion suiveur. Petit détail amusant, le nom « J-36 » n’a rien d’officiel. Ce sont les analystes qui l’ont baptisé ainsi, après avoir repéré le chiffre 36 peint sur l’avant du fuselage. Les médias d’État chinois, eux, l’avaient d’abord évoqué de façon détournée en le surnommant « l’avion feuille de ginkgo » dès mars 2025.

Trois moteurs et une silhouette inédite
Ce qui frappe sur les images, c’est l’allure très particulière de l’engin. Il s’agit d’un grand avion sans queue, doté d’une configuration rarissime à trois moteurs et trois entrées d’air. Deux sont placées sous les ailes, et une troisième derrière le cockpit. Une vraie rupture avec les deux moteurs habituels des chasseurs modernes. Son ventre semble offrir la place pour des soutes internes capables d’emporter des missiles de frappe à longue portée. Les photos récentes montrent un cockpit à deux sièges côte à côte et trois soutes à armement. Ses tuyères encaissées dans le dessus du fuselage visent à réduire sa signature thermique, une astuce qui rappelle l’américain YF-23, recalé jadis face au F-22.
Déjà trois prototypes en l’air
Le programme avance à une vitesse impressionnante. Un deuxième prototype a commencé ses essais en octobre 2025, avec plusieurs modifications notables : de nouvelles tuyères équipées de volets orientables pour dévier la poussée, des entrées d’air revues et un train d’atterrissage modifié. Un troisième exemplaire aurait même été aperçu en vol vers Noël 2025. Avoir autant d’appareils en l’air en moins d’un an pousse les analystes à penser que le projet a dépassé le simple démonstrateur pour devenir un vrai programme d’ingénierie. Attention toutefois, cette cadence ne garantit pas le succès. Les retards du bombardier furtif H-20 rappellent que les projets ambitieux peuvent toujours déraper.

Tout ce qu’on ignore encore
C’est là que le bât blesse, et que les gros titres s’emballent un peu vite. En vérité, on ignore l’essentiel. À commencer par sa mission réelle. Les experts hésitent : chasseur lourd, intercepteur, bombardier régional ou avion de frappe ? Personne ne tranche. Voici l’état des connaissances :
| Ce qui est confirmé | Ce qui reste inconnu |
| Premier vol le 26 décembre 2024 | Sa mission exacte |
| Configuration sans queue, 3 moteurs | Le type de moteurs |
| Au moins 3 prototypes en vol | Son rayon d’action réel |
| 3 soutes à armement internes | Ses capteurs et son électronique |
Même les moteurs restent un mystère. Certains parlent du WS-10C, d’autres du WS-15 conçu pour le J-20, mais rien n’est sûr. Quant aux chiffres de portée ou d’armement qui circulent, ils proviennent souvent de sources peu fiables. Même son coût relève de l’estimation : faute de données officielles, les analystes évoquent un investissement total compris entre 18 et 28 milliards d’euros, sans aucune confirmation.
Pourquoi Pékin joue la carte du mystère
Cette façon de distiller les informations en dit long. Premier vol à une date symbolique, photos qui circulent pendant un an sans la moindre censure, et maintenant une apparition fugace à l’écran. Tout cela ressemble à une stratégiesoigneusement orchestrée. En laissant fuiter des images non officielles, la Chine alimente le débat et affiche ses progrès, sans jamais rien confirmer qui puisse l’engager. Un haut gradé de l’armée de l’air a tout juste qualifié l’appareil de vision chinoise d’un avion de sixième génération. L’effet recherché est clair : imposer le calendrier chinois dans la conversation mondiale et influencer la façon dont ses rivaux préparent l’avenir.
La course est lancée face aux États-Unis
Cet appareil débarque en plein bras de fer technologique. Les États-Unis développent de leur côté leur propre chasseur de sixième génération, le F-47, ainsi qu’un modèle naval, le F/A-XX. Face au J-36, les responsables américains affichent un mélange d’inquiétude et de confiance. Ils admettent que l’avion chinois pourrait entrer en service plus tôt, tout en pariant que le leur sera meilleur. Les deux appareils sont attendus au début des années 2030. La logique d’un gros avion à long rayon d’action colle parfaitement à la géographie du Pacifique, où les distances sont immenses. À titre de repère, le J-20 actuel afficherait un rayon de combat d’un peu plus de 2 000 km, contre environ 1 000 km pour le F-35. Un appareil volant plus loin étendrait considérablement la portée de l’aviation chinoise dans la région. Attention enfin à ne pas tout mélanger : la Chine développe en parallèle un second chasseur de sixième génération, plus petit et bimoteur, le J-50, attribué au constructeur Shenyang et probablement destiné à un usage naval.
Sources :
- Bloomberg, première apparition vidéo officielle du J-36
- South China Morning Post, analyse du signal envoyé par Pékin
- Military Watch Magazine, scène de ravitaillement et première mondiale officielle
- WION, distinction entre le J-36 (Chengdu) et le J-50 (Shenyang)
- 19FortyFive, ce qui est confirmé et ce qui relève de la spéculation
