KNDS a dévoilé à Eurosatory un char inédit qui mêle une tourelle française à un châssis de Leopard 2 allemand, une solution de transition pour combler le trou béant en attendant le char du futur, attendu seulement vers 2045.
Le char Leclerc vieillit. Son successeur définitif n’arrivera pas avant deux décennies. Entre les deux, la France risque de se retrouver à découvert. Pour éviter ce scénario, un industriel franco-allemand vient de sortir une parade astucieuse. Mi-française, mi-allemande, mais bien réelle.
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La France a un problème de calendrier
Voilà le nœud du problème. Le Leclerc, char de bataille de l’armée française, approche de la fin de sa carrière. Or son remplaçant officiel, baptisé MGCS et développé avec l’Allemagne, accumule les retards. Personne ne l’attend avant le milieu des années 2040. Faites le calcul : il y a donc un trou de plusieurs années pendant lesquelles la France pourrait manquer de chars modernes. C’est précisément ce vide que KNDS veut combler avec un engin de transition, présenté comme une brique de construction du futur MGCS plutôt qu’un simple bouche-trou.
Une recette franco-allemande maligne
L’idée est presque cousue de fil blanc, mais redoutablement efficace. Plutôt que de tout réinventer, KNDS prend une tourelle flambant neuve conçue en France et la pose sur un châssis éprouvé, celui du Leopard 2 allemand. Ce char hybride a un nom de code : Capint, pour capacité intermédiaire. Et si le châssis allemand est retenu, l’industriel prévoit de le fabriquer en France. La raison est double : préserver le savoir-faire national, mais aussi parce que les usines allemandes tournent déjà à plein régime pour honorer les commandes existantes. Produire vite, chez soi, voilà le réflexe affiché.
Un canon qui frappe plus fort que les autres
Le clou du spectacle, c’est l’armement. La tourelle embarque un canon de 120 mm à chargement automatique, baptisé Ascalon, avec la possibilité de monter en gamme vers un calibre de 140 mm. Selon KNDS, ce canon est nettement plus puissant que les 120 mm standards de l’OTAN. Et ce n’est pas du vent : l’arme aurait déjà tiré environ 300 obus lors des essais. Mieux, en janvier, un démonstrateur a réussi un tir en roulant avec une tourelle pilotée à distance, une grande première mondiale selon l’entreprise. De quoi prouver que le projet repose sur du concret, pas sur de jolis dessins.

Une tourelle sans personne dedans
Grande nouveauté, cette tourelle ne contient aucun être humain. On parle de tourelle inhabitée, téléopérée depuis l’intérieur du blindé. Les trois membres d’équipage prennent place à l’avant, dans ce que l’industriel décrit comme une véritable citadelle ultra-protégée. L’avantage est évident : en cas d’impact sur la tourelle, l’équipage reste à l’abri dans son caisson blindé. Cette architecture annonce déjà ce que KNDS appelle un système de combat de quatrième génération, avec une intelligence artificielle intégrée, une protection sur plusieurs niveaux et la capacité de frapper des cibles au-delà de la simple ligne de vue.
Des robots pour l’accompagner au combat
C’est sans doute l’aspect le plus futuriste. Ce char ne partira pas seul à la bataille. Il sera escorté par un ou deux robots compagnons, ces fameux drones terrestres pensés à l’origine pour le programme MGCS. Le cahier des charges est un exercice d’équilibriste : ces robots doivent être assez gros pour suivre le rythme du char, mais assez petits pour ne pas faire exploser la facture. Leur nombre augmentera progressivement, et leur niveau de blindage dépendra de leur valeur. Un robot coûteux sera mieux protégé qu’un modèle bon marché et sacrifiable. Une manière de démultiplier la puissance sans multiplier les équipages humains.
Un bouclier maison contre les menaces
La protection de cet engin combine trois approches. D’abord un blindage passif en matériaux composites, la défense classique. Ensuite un blindage réactif, qui explose vers l’extérieur pour contrer un projectile. Enfin une protection active, répartie entre la tourelle et le châssis, qui intercepte les menaces avant l’impact. KNDS assure utiliser des solutions maison, un peu différentes du système israélien Trophy bien connu, capables de gérer des menaces difficiles à arrêter. Les détails restent classifiés. À cela s’ajoute une dimension devenue incontournable : la lutte anti-drone, grande leçon des conflits récents où les engins volants déciment les blindés.
Un calendrier serré et des enjeux européens
Reste à transformer l’essai. Voici le calendrier visé par l’industriel :
| Étape | Année visée |
| Démonstrateur présenté à la DGA | 2030 |
| Premières unités de série | 2035 |
| Déploiement dans les forces | 2037 |
| Char de nouvelle génération MGCS | Vers 2045 |
En toile de fond plane une question politique sensible. La France et l’Allemagne poursuivront-elles vraiment le programme MGCS ? Abandonner ce projet serait une très mauvaise nouvelle pour l’Europe, prévient le patron de KNDS. Le contexte donne du poids à cette inquiétude : les deux pays viennent justement de renoncer à développer ensemble leur avion de combat du futur. Si la coopération sur les chars venait elle aussi à capoter, ce char intermédiaire pourrait bien devenir, par défaut, la principale réponse française pour les décennies à venir.
Source : KNDS Eurosatory