Célèbre pour ses frappes au sol, le HIMARS s’apprête à changer de métier.
L’armée américaine vient d’accélérer un programme qui lui permettra de toucher des bateaux en mouvement, très loin des côtes. Le 3 septembre, le Pentagone a basculé son missile PrSM de nouvelle génération vers une procédure d’acquisition accélérée. Doté d’un autodirecteur capable de traquer une cible mobile, il transformera les unités d’artillerie existantes en batteries antinavires. Le tout sans créer un seul lanceur supplémentaire.
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Le problème d’une cible qui n’attend pas
Voilà l’obstacle que ce programme doit résoudre. Les missiles actuels frappent des positions dont on connaît les coordonnées avant le tir. Parfait contre un bunker ou un dépôt de munitions, inutile contre un navire. Un bâtiment naviguant à 25 nœuds parcourt plus de 46 kilomètres en une heure. Autrement dit, le temps que le missile arrive, le bateau a disparu de la zone visée. Il fallait donc un engin capable de chercher sa cible pendant son vol, et non de foncer bêtement vers un point fixe.
Un autodirecteur qui ouvre les yeux en fin de course
La solution retenue tient dans un dispositif embarqué à l’avant du missile. Cet autodirecteur multimode, dont le nom officiel signifie littéralement missile antinavire terrestre, entre en action durant la phase terminale du vol. Il balaye la zone et identifie le navire même s’il s’est déplacé depuis le tir. Le premier essai depuis un HIMARS a eu lieu le 12 mars 2026, avec un missile parcourant 350 kilomètres tout en exerçant cette nouvelle fonction. Techniquement, il ne s’agit donc pas d’un engin entièrement neuf, mais de l’ajout d’une capacité de guidage sur une conception déjà éprouvée, qui file à plus de Mach 3 et porte jusqu’à 400 kilomètres.

Deux missiles là où il n’y en avait qu’un
L’un des avantages les plus concrets se joue sur la place occupée. Grâce à son diamètre réduit, ce missile permet d’en loger deux par conteneur de lancement, contre un seul pour l’ancienne génération. Voici ce que ça change :
| Configuration | Missiles prêts au tir |
|---|---|
| Un HIMARS | 2 |
| Un lanceur chenillé M270A2 | 4 |
| Batterie de six HIMARS | 12 |
| Batterie de six M270A2 | 24 |
Ces chiffres ne comptent pas les recharges. Une simple batterie peut donc menacer une douzaine de navires avant même de devoir se réapprovisionner. Et ce doublement n’a rien d’une promesse industrielle : le missile a déjà connu son baptême du feu lors du conflit avec l’Iran en 2026, où des images officielles ont montré un HIMARS tirant depuis un conteneur à deux cellules.
Aucun nouveau lanceur à construire
C’est peut-être le choix le plus malin du programme. Plutôt que de développer une batterie côtière dédiée, l’armée a conservé la compatibilité totale avec les lanceurs existants. Les soldats eux-mêmes ont poussé dans ce sens, pour éviter d’avoir à réapprendre des procédures et pour conserver leurs habitudes de travail. Résultat, pas de nouvelle flotte à acheter, pas de formation supplémentaire lourde, pas de chaîne logistique parallèle. Les unités d’artillerie actuelles gagnent une mission maritime sans rien perdre de leurs capacités terrestres.

Une menace qui se déplace après avoir tiré
L’intérêt militaire devient évident quand on pense au Pacifique. Des unités d’artillerie déployées sur des îles ou le long de côtes peuvent menacer des navires sans exposer d’avions ni de bâtiments de surface. Mieux encore, ces lanceurs sont mobiles : ils tirent, puis déguerpissent avant la riposte. Une marine adverse doit donc surveiller un nombre considérable de positions de tir possibles, disséminées et changeantes, au lieu de quelques sites côtiers fixes et faciles à cibler. Cette dispersion géographique complique énormément la planification ennemie.
La vraie difficulté n’est pas le missile
Attention toutefois à ne pas surestimer la chose. L’autodirecteur ne règle que les derniers kilomètres du problème. À plusieurs centaines de kilomètres, un servant d’artillerie ne peut pas détecter ni suivre un navire depuis sa position de tir. Il dépend entièrement d’autres capteurs : avions, drones, navires, satellites. Or un bâtiment filant à 30 nœuds parcourt près de 28 kilomètres en une demi-heure. Chaque minute perdue entre la détection, la validation et le tir agrandit d’autant la zone que l’autodirecteur devra fouiller. La rapidité du réseau compte donc autant que la portée du missile.
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Accélérer sans sauter les étapes
Le changement de procédure vise justement à gagner du temps sans brader la sécurité. L’idée consiste à réutiliser tout ce qui a déjà été validé sur la version précédente, et à concentrer les vérifications sur ce qui change réellement, c’est-à-dire l’autodirecteur. Le programme s’appuie sur des essais déjà menés en conditions difficiles, notamment sous brouillage GPS, avec des évaluations de vulnérabilité informatique menées en parallèle. Et ce n’est qu’une étape : une quatrième version est déjà à l’étude, visant cette fois une portée dépassant les 1 000 kilomètres, avec une mise en concurrence des industriels prévue fin 2028.
Sources :
- Capability Program Executive Offensive Fires, annonce du 3 septembre 2026
- Essais en vol Lockheed Martin, mars 2026
- Essais utilisateurs au champ de tir de White Sands, 2025
