Quarante-quatre ans après avoir envoyé par le fond des navires britanniques au large des Malouines, le Super Étendard tire définitivement sa révérence.
Le dernier pays au monde à l’utiliser vient d’annoncer sa mise à la retraite. L’Argentine a officialisé le retrait de ses Super Étendard lors d’une cérémonie à la base aéronavale de Punta Indio. Ces chasseurs-bombardiers français avaient marqué l’histoire militaire en 1982 en frappant la flotte britannique. Avec eux disparaît toute une page de l’aviation navale mondiale, et une capacité que Buenos Aires ne pourra pas remplacer.
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Une annonce lourde de symboles
La cérémonie du 20 août n’avait rien d’une formalité administrative. En présentant son plan de restructuration baptisé « Dédalo », le commandement de l’aviation navale argentine a confirmé ce que beaucoup redoutaient. Les Super Étendardquitteront le service actif cette année, à une date encore non précisée. Le contre-amiral en charge a évoqué la fin de plus de quatre décennies d’une trajectoire glorieuse, marquée par une performance remarquable aux Malouines. Une formule diplomatique pour annoncer la disparition d’un mythe.
Le jour où un avion français a changé la guerre navale
Pour comprendre l’émotion, il faut remonter au printemps 1982. Pendant le conflit des Malouines, ces appareils de conception française ont coulé deux navires de la Royal Navy et provoqué un choc mondial. Le duo formé par le Super Étendard et le missile Exocet a démontré qu’un pays disposant de quelques appareils modernes pouvait menacer sérieusement une marine de premier rang. Les états-majors du monde entier ont revu leurs doctrines de défense antimissile après cet épisode. Rarement un avion aura autant marqué l’histoire militaire en si peu de sorties.

Cinq avions achetés qui n’ont jamais décollé
Voilà le chapitre le plus rocambolesque de cette histoire. En 2019, l’Argentine achète à la France cinq Super Étendard Modernisé pour environ 14 millions d’euros, avec l’espoir de retrouver sa capacité de frappe. Sauf que ces avions n’ont jamais volé une seule fois sur le sol argentin. La raison ? Les cartouches pyrotechniques de leurs sièges éjectables sont fabriquées au Royaume-Uni, et Londres a opposé son veto à toute livraison vers Buenos Aires. Sept ans plus tard, ces appareils quasiment neufs sont toujours cloués au sol. Les Britanniques ont ainsi neutralisé sans tirer un seul coup de feu les descendants des avions qui avaient coulé deux de leurs navires.
Une résurrection trop chère pour être tentée
Au-delà du blocage britannique, les chiffres ont fini de sceller le destin de la flotte. Une évaluation technique a estimé qu’une remise en état complète du système coûterait entre 55 et 73 millions d’euros étalés sur une décennie, sans garantie de résultat. Dans un pays soumis à une rigueur budgétaire féroce, la facture était indéfendable. À cela s’ajoutait un problème insoluble : de nombreux composants critiques ne sont tout simplement plus fabriqués. Quand on est le dernier opérateur d’un avion au monde, trouver des pièces devient un parcours du combattant. Maintenir au sol des appareils qui ne volent pas coûtait déjà cher pour un retour opérationnel nul.
Voici ce que représente cet appareil dans l’histoire :
| Élément | Détail |
|---|---|
| Origine | France |
| Service en Argentine | Plus de 40 ans |
| Fait d’armes majeur | Deux navires britanniques coulés en 1982 |
| Arme associée | Missile Exocet |
| Achat de 2019 | 5 appareils, environ 14 millions d’euros |
| Coût de remise en état estimé | 55 à 73 millions d’euros |
| Retrait annoncé | Courant 2026 |
Une capacité perdue, sans rien pour la remplacer
C’est le point le plus dur pour la marine argentine. Avec ce retrait, elle perd officiellement sa capacité d’attaque navale embarquée. Dans les faits, cette perte était déjà consommée depuis des années puisque les appareils ne volaient plus. Mais l’officialisation change tout sur le plan symbolique. Le plus inquiétant reste l’absence de solution de rechange : aucun remplaçant équivalent n’est prévu, ni même un système approchant. La marine argentine se retrouve donc sans outil pour frapper des cibles navales depuis les airs.

Le symptôme d’un mal plus profond
Ce retrait ne sort pas de nulle part. Il s’inscrit dans une tendance de fond qui touche les forces armées argentines depuis plusieurs décennies. Les observateurs locaux pointent deux causes récurrentes : l’étranglement budgétaire chronique et le manque d’attention des responsables politiques successifs. Résultat, des flottes entières vieillissent sans être remplacées, des capacités disparaissent une à une, et les militaires se retrouvent à faire fonctionner du matériel devenu techniquement obsolète. Le Super Étendard n’est que le dernier exemple en date.
Ce que laisse derrière lui un appareil de légende
Au-delà des Malouines, ces avions ont connu une carrière étonnante, allant jusqu’à effectuer des touchers de piste sur le pont du porte-avions nucléaire américain USS Abraham Lincoln. Le plan « Dédalo » promet désormais une modernisation des moyens de l’aviation navale argentine, mais annoncer une transformation est une chose, la financer en est une autre. Plusieurs autres appareils historiques sont concernés par ce vaste plan de restructuration. Ce qui est certain, c’est que le ciel argentin perd cette année l’un de ses symboles les plus puissants, sans qu’aucune relève crédible ne se dessine à l’horizon immédiat.
Sources :
- Armada Argentina, cérémonie du 20 août 2026 à la base aéronavale de Punta Indio
- Déclarations du contre-amiral Román Enrique Olivero, commandant de l’aviation navale
- Comando de Aviación Naval, présentation du plan « Dédalo »
