Début juillet 2026, le commandant sortant des forces terrestres belges a lâché une petite phrase qui fait plaisir à Paris : la Belgique, qui ne possède aucune artillerie de roquettes, s’intéresse de près au Thundart, le lance-roquettes français.
L’armée belge ne dispose aujourd’hui d’aucun lance-roquettes multiple, et son artillerie lourde reste sommaire. Un manque longtemps assumé (pas prioritaire du moins), qui n’était plus tenable au vu des leçons de la guerre en Ukraine, où les HIMARS américains ont montré tout ce que vaut une frappe précise à cent kilomètres derrière les lignes.
Si rien n’est encore signé, le « plat pays » lorgne toutefois sur le lance-roquettes de MBDA et Safran qui a également convaincu la France en juin dernier.
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La Belgique serait intéressée par l’acquisition du système de lance-roquettes français Thundart
Le déclic est venu de l’accord dit « d’Arizona », publié fin janvier 2025 par le gouvernement de Bart De Wever. Ce texte vise à porter les dépenses de défense à 2 % du PIB d’ici 2029, puis 2,5 % d’ici 2034. Parmi les priorités affichées figure, pour la première fois, l’achat d’un lance-roquettes multiple, assorti d’une protection anti-drones, d’un stock de munitions et du personnel qui va avec. Bruxelles compte y consacrer 418 millions d’euros.
Les choses se sont précisées le 2 juillet 2026. Dans un entretien au blog Forces Operations, le général de division Jean-Pol Baugnée, alors patron de la composante terre, a confié son intérêt pour le Thundart français. Son raisonnement tient en une idée : puisque Paris a tranché en faveur de ce système, et que la coopération militaire franco-belge est étroite, autant s’aligner.
Prudence, toutefois : le général quittait ses fonctions au moment de parler, et rien ne dit que son successeur, le général Gert Van Goethem, verra les choses du même œil. Auparavant, le favori belge était d’ailleurs l’israélien PULS. La décision définitive n’est pas attendue avant 2030.
Thundart, le pari français de la souveraineté
En juin 2026, à Eurosatory, la ministre des Armées Catherine Vautrin a annoncé sa sélection pour remplacer le vieillissant lance-roquettes unitaire, le LRU, dérivé français du M270 américain. Développé par MBDA et Safran dans le cadre du programme Frappe longue portée terrestre, l’engin est une roquette guidée d’une portée de 150 kilomètres, filant jusqu’à cinq fois la vitesse du son sur une trajectoire quasi balistique, coiffée d’une charge explosive de 100 kilos.
Son atout maître se niche dans son guidage, signé Safran, directement hérité de la bombe AASM qui a fait ses preuves en Ukraine. Là-bas, la capacité de l’AASM à frapper juste malgré un brouillage intense du signal GPS a pesé lourd dans le choix français. MBDA apporte la cellule, l’ogive et la fusée, Roxel le moteur-fusée, mis au point en moins de dix mois, et l’ensemble s’installe sur un robuste camion Scania 8×8 à cabine blindée, doté d’un bras de levage pour un rechargement rapide. Chaque conteneur abrite quatre roquettes, et le lanceur en emporte deux, soit huit coups prêts au départ.

Le Thundart en fiche technique :
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Concepteurs | MBDA et Safran (programme FLP-T) |
| Portée | Environ 150 km |
| Vitesse | Jusqu’à Mach 5, trajectoire quasi balistique |
| Charge militaire | 100 kg, explosive à détonation d’impact |
| Guidage | GPS/inertiel Safran, dérivé de la bombe AASM (résistant au brouillage) |
| Moteur | Roxel, propergol solide |
| Lanceur | Camion Scania 8×8 à cabine blindée, deux conteneurs de quatre roquettes |
| Entrée en service (France) | Vers 2029 |
Un bémol, tout de même : ce champion n’a pas encore fait feu pour de bon. Le premier tir de démonstration a été réussi mi-avril 2026, et le système n’entrera toutefois en service dans l’armée française que vers 2029. La France en veut au moins treize d’ici 2030, et vingt-six d’ici 2035 pour armer un bataillon complet.
Choisir le Thundart, pour la Belgique, ce serait donc parier sur un système encore en devenir.
Toute l’Europe cherche son HIMARS
L’Europe n’a jamais eu vraiment de système de lance-roquettes souverain. Longtemps, les armées européennes soucieuses de frapper loin n’avaient le choix qu’entre trois solutions étrangères. Le tandem américain M270 chenillé et M142 HIMARS sur roues, le PULS israélien du groupe Elbit, ou le Chunmoo sud-coréen de Hanwha. Aucune option pleinement européenne dans le lot.
La guerre en Ukraine a sans doute été l’électrochoc dont le vieux continent avait besoin pour se réveiller. Elbit s’est allié à l’européen KNDS pour proposer une version continentale du PULS. Rheinmetall a fait équipe avec l’américain Lockheed Martin sur un système baptisé GMARS.
La France, elle, a donc choisi la voie la plus exigeante, celle de la souveraineté complète, avec un Thundart entièrement conçu sur son sol. Chacun avance ses pions sur un marché qui promet d’être colossal, tant les stocks européens sont maigres et les besoins immenses.
Les principaux lance-roquettes en lice en Europe :
| Système | Origine | Portée typique | Particularité |
|---|---|---|---|
| Thundart | France (MBDA-Safran) | Environ 150 km | Souveraineté totale, en développement |
| M270A2 / M142 HIMARS | États-Unis (Lockheed Martin) | 70 à 300 km selon la munition | Éprouvé en Ukraine, dépendance américaine |
| PULS / EuroPULS | Israël (Elbit) et KNDS | Jusqu’à 300 km | Version européanisée en cours |
| GMARS | Allemagne et États-Unis (Rheinmetall-Lockheed) | Jusqu’à 300 km et plus | Coentreprise germano-américaine |
| Chunmoo (K239) | Corée du Sud (Hanwha) | Jusqu’à 290 km | Déjà retenu par la Pologne |
La Belgique aura bientôt en face d’elle le dilemme de toute une génération d’états-majors européens.
Acheter américain, éprouvé mais dépendant. Miser sur l’Israélien ou le Coréen, disponibles tout de suite… ou parier sur une solution française encore sur la planche à dessin, au nom de la souveraineté et de la coopération entre voisins.
Bruxelles s’est donné jusqu’en 2030 pour choisir. D’ici là, une certitude demeure : celui qui remportera la mise belge tiendra un précieux argument pour rafler, ensuite, tous les autres marchés d’un continent pressé de se réarmer.
Sources principales :
- Forces Operations Blog (FOB), La Belgique, ELSA et les feux dans la profondeur, (2 juillet 2026)
https://forcesoperations.com/la-belgique-elsa-et-les-feux-dans-la-profondeur /
Entretien du général Jean-Pol Baugnée : intérêt belge pour le Thundart français, budget de 418 millions d’euros et intention de décider avant 2030. - Janes, Eurosatory 2026: Thundart selected as France’s next generation rocket artillery, (16 juin 2026)
https://www.janes.com/defence-intelligence-insights/defence-news/weapons/eurosatory-2026-thundart-selected-as-frances-next-generation-rocket-artillery
Sur la sélection du Thundart, ses caractéristiques (150 km, Mach 5, charge de 100 kg), le guidage Safran et le châssis Scania 8×8. - The War Zone (TWZ), French Thundart Rocket Unveiled As Longer-Range Alternative To HIMARS, (5 décembre 2025)
https://www.twz.com/land/french-thundart-rocket-unveiled-as-longer-range-alternative-to-himars
Sur le programme FLP-T, le calendrier (tirs de démonstration mi-2026, retrait du LRU en 2027) et les objectifs français (13 systèmes en 2030, 26 en 2035).
Image de mise en avant : Issu de l’expertise conjointe de MBDA et Safran Electronics & Defense, le système Thundart répond au programme FLP-T lancé par la DGA – crédit : Safran
