Les États-Unis foncent dans le mur avec le cuirassé de classe Trump.
Le 5 août 2026, l’arbitre budgétaire du Congrès américain a mis un prix sur le cuirassé de Donald Trump, et le chiffre a de quoi faire tousser : 23,4 milliards de dollars (environ 19,9 milliards d’euros) pour le seul navire de tête, l’USS Defiant, et près de 275 milliards (environ 234 milliards d’euros) pour les quinze bâtiments prévus.
De quoi en faire les navires de guerre les plus chers jamais construits, et offrir de nouvelles munitions à ses détracteurs.
Lire aussi :
- Le destroyer le plus cher du monde entre enfin en service après quinze ans de galère
- La Frégate de défense et d’intervention (FDI) française a un nouveau concurrent allemand à l’international mais celui aura tout à prouver sur un marché déjà bien obstrué
Le classe Trump pourrait coûter 275 milliards de dollars pour les 15 navires prévus selon un rapport du Congrès américain
Le Congressional Budget Office, le CBO, n’est pas un pamphlétaire. C’est le service non partisan qui chiffre à froid les projets pour les élus, et ses estimations pèsent lourd dans les débats budgétaires. Son rapport, demandé par le sénateur démocrate Jeff Merkley, tombe au pire moment pour un programme déjà sous le feu des critiques.
Plus cher qu’un porte-avions
Avant de basculer vers le nucléaire, la Navy tablait sur environ 15,1 milliards de dollars (environ 12,8 milliards d’euros) pour le premier cuirassé, et 10,2 milliards pour les suivants. Le passage à l’atome, dans le plan « Golden Fleet » de 2027, a encore fait grimper la note d’environ 13 %.
Chaque navire de tête coûterait désormais plus cher que l’USS Gerald Ford, le plus grand porte-avions du monde à 13,2 milliards de dollars (environ 11,2 milliards d’euros) qui détenait jusqu’ici le titre de bâtiment le plus onéreux de l’histoire. Un cuirassé plus cher qu’un porte-avions nucléaire : la phrase, à elle seule, résume l’audace (ou l’absurdité selon) du pari.

Le cuirassé USS Defiant en fiche technique :
| Caractéristique | Détail |
|---|---|
| Désignation | BBGN, classe Trump, navire de tête USS Defiant |
| Déplacement | Environ 35 000 tonnes, le plus gros bâtiment de surface du monde |
| Propulsion | Nucléaire, réacteur A1B (celui des porte-avions Ford) |
| Armement | 128 cellules Mk41, 4 tubes hypersoniques Conventional Prompt Strike, canon électromagnétique, missiles nucléaires SLCM-N |
| Capteurs et défense | Radar AN/SPY-6 agrandi, lasers, canons, leurres, brouilleurs optiques anti-drones |
| Coût du navire de tête | 23,4 milliards de dollars (environ 19,9 milliards d’euros) |
| Programme | 15 navires d’ici 2056, environ 275 milliards de dollars (environ 234 milliards d’euros) |
| Entrée en service | USS Defiant vers 2036, commande en 2028 |
Le navire qui dévore le budget
Au-delà du prix d’un navire, c’est l’effet sur toute la planification navale qui inquiète. Selon le CBO, glisser le cuirassé dans le plan de construction ferait plus que doubler le budget annuel des grands bâtiments de surface, de 6,9 à 15,2 milliards de dollars (d’environ 5,9 à 12,9 milliards d’euros). Sur trois décennies, la marine achèterait 72 grands combattants de surface, dont 15 cuirassés et 57 destroyers DDG-51 Flight III. Chaque dollar englouti dans un Defiant est un dollar qui manquera ailleurs, et le Congrès, méfiant, demande d’ailleurs à la Navy de continuer en parallèle à développer un destroyer de nouvelle génération plus modeste.
Un seul chantier, un seul fournisseur, trop de bouches à nourrir
Outre son prix démentiel, il y a un autre problème. Aux États-Unis, la construction de navires de surface à propulsion nucléaire ne repose que sur un seul chantier, celui de HII à Newport News. Or ce site accumule déjà retards et surcoûts sur les porte-avions Ford. Le second établissement certifié pour le nucléaire naval, General Dynamics Electric Boat, ne fabrique que des sous-marins, priorité absolue de la marine, et n’a aucune place à offrir.
Du côté des réacteurs, c’est encore pire. Une seule entreprise, BWX Technologies, fournit les cœurs nucléaires de toute la flotte américaine. Elle alimente déjà les porte-avions et deux grands programmes de sous-marins à la fois. Ajouter le cuirassé à cette liste, sans capacité supplémentaire, reviendrait à faire entrer un troisième convive à une table déjà trop petite. Les réacteurs se commandent deux à trois ans avant les coques qu’ils doivent équiper, le moindre détournement de composants ou d’ingénieurs qualifiés se fait sentir bien avant que le navire ne prenne forme.
Consciente du problème, la commission des forces armées de la Chambre a exigé de la Navy qu’elle explique comment ce cuirassé ne viendrait pas perturber les porte-avions Ford et l’ensemble de la filière nucléaire.
Dans la cour des programmes les plus fous
Pour mesurer le gouffre, il faut replacer ces 275 milliards dans l’histoire navale américaine. Le cuirassé de classe Trump ne serait pas seulement le navire le plus cher jamais construit : son programme éclipserait tous les autres, porte-avions et sous-marins nucléaires compris.
À lui seul, le programme du cuirassé coûterait ainsi presque autant que les porte-avions Ford et les sous-marins Columbia réunis, les deux piliers les plus onéreux de la flotte américaine actuelle. Pour un navire dont l’utilité même divise les états-majors, la démesure saute aux yeux.
L’arme des sceptiques
Le CBO prend soin de le rappeler : ses chiffres sont « très incertains » et pourraient encore grimper. L’histoire lui donne raison, puisque le seul USS Gerald Ford avait dépassé son devis initial de près de 3 milliards de dollars. Le Sénat évoque même 455 milliards de dollars (environ 387 milliards d’euros) si la flotte atteignait les 25 navires un temps promis par Trump. Autant dire un chèque en blanc pour une génération.
Toute cette débauche de moyens pour un bâtiment dont l’utilité même divise. La doctrine navale américaine des dix dernières années prône le combat distribué, la multiplication de plateformes plus petites et interconnectées, tout l’inverse de la concentration d’une puissance de feu colossale sur une seule coque géante et repérable. Concentrer autant de valeur sur un unique navire, à l’ère des missiles hypersoniques et des essaims de drones, ressemble à une hérésie stratégique.
Aussi le scepticisme est-il vif à Washington. Beaucoup voient dans le BBGN un projet de prestige, une lubie qui pourrait bien disparaître dès que Trump quittera la Maison-Blanche. Le Congrès, lui, soutient plutôt le futur destroyer conventionnel DDG(X), moins spectaculaire mais autrement plus utile.
Sources principales :
- USNI News (Sam LaGrone), First Trump-class Battleship Could Cost $23.4B, Says CBO, (5 août 2026)
https://news.usni.org/2026/08/05/first-trump-class-battleship-could-cost-23-4b-says-cbo /
Détail de l’estimation CBO : 23,4 milliards pour le navire de tête, 275 milliards pour le programme, armement et hypothèses de calcul. - Stars and Stripes, Planned Trump-class battleship could cost $275 billion, CBO reports, (5 août 2026)
https://www.stripes.com/branches/navy/2026-08-05/trump-golden-fleet-455-billion-estimate-22466336.html /
Sur le scénario à 455 milliards pour 25 navires et l’ambition « Golden Fleet ». - Navy Lookout, US Navy’s nuclear battleship plan raises questions for carriers, submarines and AUKUS, (juillet 2026)
https://www.navylookout.com/us-navys-nuclear-battleship-plan-raises-questions-for-carriers-submarines-and-aukus /
Analyse du goulet industriel (HII Newport News, BWX Technologies), des retards Columbia et Virginia et des implications pour AUKUS et le Royaume-Uni. - National Security Journal, The Trump-Class Battleship Will Be Nuclear, Like The Ford-Class Aircraft Carrier, (20 mai 2026)
https://nationalsecurityjournal.org/the-u-s-navy-just-ended-the-debate-the-trump-class-battleship-will-be-nuclear-like-the-ford-class-aircraft-carrier /
Sur le calendrier (15 navires d’ici 2056, USS Defiant vers 2036), le coût unitaire et l’initiative « Golden Fleet ».
Image de mise en avant : représentation d’artiste en 3D du cuirassé classe Trump réalisée à l’aide des esquisses de l’US Navy, de Canva et de Dall-E.

