La guerre a commencé le 28 février 2026. Cinq mois plus tard, la première armée du monde compte ses munitions, et le décompte a de quoi inquiéter.
Le 4 août 2026, deux enquêtes de Reuters et de CNN ont fait l’effet d’une douche froide à Washington : cinq mois de guerre contre l’Iran auraient vidé la quasi-totalité des missiles de frappe longue portée de l’armée américaine et une large part de ses intercepteurs antimissiles. Selon CNN, l’état de ces stocks aurait même pesé dans la décision de renoncer à de nouvelles frappes. Le Pentagone, lui, dément avec véhémence.
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Des placards qui se vident et une inquiétude croissante du côté de la presse américaine
D’après Reuters, l’armée de terre a tiré la quasi-totalité de ses ATACMS, ces missiles sol-sol d’environ 305 kilomètres de portée, ainsi que de leurs successeurs, les Precision Strike Missiles, capables d’aller au-delà de 500 kilomètres et qui coûtent la bagatelle d’environ un million de dollars pièce (environ 850 000 euros).
Les Tomahawk, les missiles de croisière navals qui forment le fer de lance de la frappe à distance de l’US Navy, ne sont guère mieux lotis : près de la moitié du stock est partie, contre 30 % seulement lors du précédent pointage, en avril.

Vient ensuite le bouclier, et c’est peut-être là que les deux enquêtes divergent le plus nettement. Sur les intercepteurs THAAD, la fine fleur de la défense antimissile balistique américaine, Reuters évoque une baisse « d’au moins 38 % » sous le niveau d’avant-guerre.
CNN, s’appuyant sur d’autres sources, avance un chiffre bien plus alarmant… de près de 80 % !
L’écart est énorme, et il faut le garder en tête. Sur les Patriot, en revanche, les deux s’accordent autour de la moitié du stock consommé, quand Reuters penche même pour 65 %.
L’état des stocks américains après cinq mois de guerre :
L’arithmétique cruelle du réapprovisionnement
Car le vrai problème n’est pas tant ce qui a été tiré que la lenteur avec laquelle on peut le remplacer. Les chiffres avancés par les sources de CNN donnent le ton : les États-Unis produisent actuellement environ quinze Tomahawk et vingt Patriot… par mois.
À ce rythme, remplacer la moitié d’un stock de plus de deux mille Patriot prendra du temps.
Pour le THAAD, le think-tank CSIS estime qu’il faudra trois ans ou plus pour revenir au niveau d’avant-guerre. Seuls les PrSM et les JASSM devraient se refaire une santé relativement vite, vers le milieu ou la fin de 2027.
Le Pentagone n’a pas attendu ces révélations pour réagir. Le 29 juillet, l’armée a transformé une commande de Patriot d’un an en un contrat de sept ans pouvant grimper jusqu’à 58,6 milliards de dollars (environ 49,8 milliards d’euros), le plus gros accord jamais signé pour ce missile et le 3 août, veille des révélations, le département de la Guerre a confié à Northrop Grumman un contrat-cadre de 3 milliards de dollars (environ 2,55 milliards d’euros) pour tripler la production des moteurs-fusées des PAC-3 et quadrupler celle des THAAD.
Deux signatures qui montrent que le problème est bien compris par le Pentagone mais on se doute qu’il faudra du temps aux industriels pour atteindre leur plein potentiel de production.
La guerre des chiffres
Le porte-parole du Pentagone, Sean Parnell, assure quant à lui que l’armée « dispose de tout ce dont elle a besoin ». La Maison-Blanche renchérit, évoquant « largement assez de munitions ». Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, est allé jusqu’à taxer le bandeau de CNN affichant les 80 % de « NOT TRUE » (soit « FAUX » dans la langue de Molière). Quant à Donald Trump, il martèle que le pays détient « bien plus de munitions que quiconque au monde ».
Alors, en effet, pour aller dans le sens de Washington, il faut avouer qu’aucun de ces chiffres n’a été confirmé officiellement. Tous reposent sur des sources anonymes, et les estimations de niveaux d’avant-guerre viennent d’un centre de réflexion, le CSIS, non du Pentagone.
Sur un tel sujet, où le renseignement sur ses propres faiblesses est jalousement gardé, la prudence s’impose. Reste que la multiplication des fuites, la concordance des deux enquêtes sur la tendance, et surtout la signature en catastrophe de deux contrats géants dessinent un tableau difficile à balayer d’un revers de main.
Quand la pénurie dicte la stratégie
Selon CNN, l’état des stocks aurait été l’un des facteurs ayant conduit, le week-end précédent, à renoncer à de nouvelles frappes sur l’Iran, alors que les alliés du Golfe redoutaient des représailles qu’ils n’auraient plus eu de quoi intercepter. Voilà le vrai visage de la guerre d’usure moderne : ce ne sont pas seulement les positions ennemies qui fixent les limites d’une campagne, mais le fond de ses propres magasins.
Une superpuissance, qui sur le papier aligne au moins 30 fois le budget militaire de son adversaire (950 milliards de dollars annuels contre 30 selon certaines estimations) peut se retrouver contrainte non par la volonté de l’adversaire, mais par le nombre de missiles qu’il lui reste sur les étagères !
La France a connu, à une échelle bien plus modeste, exactement cette mécanique au-dessus du Golfe, quand ses Rafale ont épuisé plus de quatre-vingts MICA en quelques semaines.
Mais que l’armée la plus puissante de la planète, taillée pour la haute intensité, s’essouffle après cinq mois d’un conflit régional, voilà qui devrait faire réfléchir toutes les chancelleries. Si cinq mois contre l’Iran suffisent à tarir les réserves américaines, la question qui hante désormais Washington a de quoi glacer le sang : que resterait-il après un affrontement, autrement plus vorace, contre la Chine ou la Russie ?
Sources :
- CNN, Nearly 80% of interceptors for a key missile defense system depleted, sources say, (4 août 2026)
https://www.cnn.com/2026/08/04/politics/us-iran-key-missile-interceptors-low
Sur la consommation de près de 80 % des THAAD et de la moitié des Patriot, les stocks jugés « dangereusement bas » et le lien avec l’arrêt des frappes. - The Hill, US supply of long-range missiles, THAAD interceptors nearly exhausted: Reports, (5 août 2026)
https://thehill.com/policy/defense/6009275-us-missile-interceptor-stocks-dwindling-dangerous/
Reprise de l’enquête Reuters (ATACMS et PrSM quasi épuisés, coût unitaire, portées) et des démentis officiels, dont ceux de la Maison-Blanche. - CNN, US weapons stockpiles continue to dwindle with permanent end to Iran war nowhere in sight, (29 juillet 2026)
https://www.cnn.com/2026/07/29/politics/us-weapons-stockpiles-dwindle-iran-war
Estimations CSIS : moins de 827 Patriot et moins de 278 THAAD restants, plus de 60 % des intercepteurs tirés. - GlobalMilitary.net (Chris Whitmore), US Has Used Nearly All Its ATACMS and Up to 80% of Its THAAD Interceptors, Reports Say, (5 août 2026)
https://www.globalmilitary.net/news/us-atacms-thaad-interceptors-depleted-iran-war/
Synthèse des deux rapports, des démentis (Parnell, Kelly, Hegseth) et des deux contrats de reconstitution.
Image de mise en avant : Un destroyer procède au tir d’un missile Tomahawk tactique pour tester sa charge militaire.
Après un vol de 760 milles nautiques, le missile atteint sa cible sur l’île de San Clemente, au large du sud-ouest de la Californie.
