Ce missile japonais a surpris les spécialistes qui ne s’attendaient pas à voir le pays du « soleil levant » se doter d’une capacité de frappe aéroportée à 1 000 km

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

Ce missile japonais a surpris les spécialistes qui ne s'attendaient pas à voir le pays du « soleil levant » se doter d'une capacité de frappe aéroportée à 1 000 km

Les photographes postés autour de la base de Gifu ce 30 juillet ne s’attendaient sans doute pas à un tel scoop.

Le 30 juillet 2026, un chasseur F-2 de la force aérienne japonaise a été photographié à la base de Gifu portant deux missiles longs et effilés, qui semble-t-il, n’avait jamais été observés directement jusqu’ici.

Selon toute vraisemblance, il s’agit de la version aéroportée du Type 25, un missile de croisière antinavire d’environ 1 000 kilomètres de portée. Cette photo est un choc pour tous ceux qui suivent l’histoire militaire du Japon puisque ce missile marque un véritable changement de doctrine pour le pays du « soleil levant ».

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À l’origine, le Type 12 était un modeste missile antinavire de défense côtière, d’une portée d’environ 200 kilomètres. Les ingénieurs japonais l’ont repris, redessiné, allongé, au point qu’il ne reste presque rien de la version initiale. Désormais, le missile a une portée de près de 1 000 kilomètres, cinq fois plus sa version d’origine !

Tir d'essai d'un missile antinavire de type 12 des Forces terrestres d'autodéfense japonaises. JGSDF
Tir d’essai d’un missile antinavire de type 12 des Forces terrestres d’autodéfense japonaises. Crédit : JGSDF

Fin mars 2026, cette version profondément remaniée a été officiellement rebaptisée Type 25, le « 25 » renvoyant à l’année fiscale 2025 de son entrée en service (pragmatisme japonais).

La grande idée, c’est la modularité. Le Type 25 a été conçu dès le départ pour être tiré depuis la terre, la mer et les airs. La version terrestre, montée sur camions, est déjà opérationnelle depuis fin mars au sein du 5e régiment sol-navire, au camp de Kengun, dans la préfecture de Kumamoto, sur l’île méridionale de Kyushu. Les versions navale et aéroportée doivent suivre autour de 2027. Le cliché de Gifu marque donc la première apparition publique de la déclinaison qui manquait encore à l’appel : celle qui vole sous l’aile d’un chasseur.

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Le missile fait la furtivité que l’avion n’a pas

Le mariage vu sur la photo a tout de même de quoi surprendre, car le F-2 n’a rien d’un avion furtif. Dérivé du F-16 américain, codéveloppé par le Japon et les États-Unis dans les années 1990, il traîne une signature radar bien visible et un rayon d’action limité, autour de 830 kilomètres. Face aux défenses aériennes chinoises modernes, l’envoyer au contact reviendrait à jouer avec le feu. C’est là que le missile change tout : accrochez un engin de 1 000 kilomètres sous un chasseur qui rayonne déjà à plus de 800, et vous obtenez une allonge théorique de près de 1 800 kilomètres, sans que l’avion ait besoin de s’aventurer dans la gueule du loup.

Autrement dit, le Type 25 offre au vieux F-2 exactement ce qu’il n’a jamais eu : la discrétion. Pas celle de l’avion, mais celle du missile. Sa forme allongée, ses arêtes marquées et sa prise d’air ventrale trahissent un profil subsonique pensé pour raser les flots à basse altitude et se glisser sous les radars, plutôt que pour foncer à grande vitesse. Un mot de prudence toutefois : cette furtivité reste déduite de la silhouette de l’engin, aucune donnée officielle ne la confirme. De même, son nom définitif n’a pas encore été révélé, même si la désignation ASM-4 circule déjà dans les milieux spécialisés. Pour le guidage, en revanche, on sait que Tokyo mise sur un cocktail de navigation par satellite, de centrale inertielle et d’un autodirecteur imageur capable de faire le tri entre les navires, y compris dans un environnement maritime encombré.

Une panoplie qui donne le vertige à Pékin

Le Type 25 n’arrive pas seul. Il s’insère dans une véritable boîte à outils que le Japon assemble méthodiquement pour tenir l’adversaire à distance. Sa marine vient de tirer pour la première fois un missile de croisière américain Tomahawk depuis un destroyer Aegis, le Chōkai. Ses F-35A emportent le discret Joint Strike Missile, logé en soute. Le missile américain JASSM-ER, de longue portée, a lui aussi été autorisé à la vente. À côté de ces achats sur étagère, le Type 25 a un atout maître : il est japonais, et décliné sur toutes les plateformes à la fois.

Une version aéroportée du Type 25 est bien visible sur ce F-2 japonais - crédits : @AKEBOVO
Une version aéroportée du Type 25 est bien visible sur ce F-2 japonais – crédits : @AKEBOVO

La panoplie standoff japonaise en un coup d’œil :

Missile Origine Portée estimée Plateforme et rôle
Type 25 (ex-Type 12 amélioré) Japon Environ 1 000 km Terre, mer, air ; antinavire à capacité terrestre limitée
Tomahawk États-Unis Environ 1 600 km Navale ; frappe terrestre
Joint Strike Missile (JSM) Norvège / États-Unis Environ 500 km F-35A (en soute) ; antinavire et frappe terrestre, furtif
JASSM-ER États-Unis Environ 900 km Aéroportée ; frappe terrestre, furtif

L’intérêt de cette dispersion saute aux yeux dès qu’on se place du point de vue chinois. Une puissance qui concentre sa force de frappe sur quelques rampes ou quelques navires expose des cibles faciles. Un Japon qui répartit le même missile entre des camions mobiles, des destroyers et des chasseurs oblige l’adversaire à traquer partout à la fois. Impossible de désarmer Tokyo en neutralisant une seule base ou en coulant un seul bâtiment. C’est tout l’inverse d’une vitrine : une architecture de frappe conçue pour survivre.

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Le grand tournant d’un pays longtemps désarmé

Reste le versant le plus lourd de sens, celui qui dépasse de loin la fiche technique. Pendant des décennies, le Japon s’est interdit ce genre d’armes. Sa Constitution d’après-guerre, avec son fameux article 9 par lequel le pays renonce à la guerre, l’a longtemps cantonné à une posture strictement défensive, sans capacité de frapper au loin. Se doter de missiles capables d’atteindre les côtes d’un voisin relevait presque du tabou politique.

Ce tabou a cédé. Dans sa stratégie de sécurité nationale de décembre 2022, Tokyo a assumé une « capacité de contre-frappe » lui permettant, sous conditions strictes, de viser des bases ou des rampes de lancement adverses en cas d’attaque imminente ou avérée. Le déploiement accéléré du Type 25 en est la traduction concrète. Officiellement, il s’agit avant tout d’un missile antinavire, ce qui compte pour un archipel soucieux de tenir la mer de Chine orientale ; mais sa capacité de frappe terrestre, même limitée, ouvre une porte politiquement sensible que les stratèges de Pékin ne manqueront pas d’observer de près.

Depuis Kyushu, cette famille de missiles place déjà une large part de la mer de Chine orientale, les îles Senkaku et les approches de Taïwan à portée de tir. Avec la version aéroportée, ce sont désormais les chasseurs qui étendront encore cette bulle, mobile et imprévisible. Le F-2, lui, vit peut-être là sa dernière grande jeunesse : appelé à s’effacer dans la décennie 2030 devant le futur chasseur du programme GCAP, mené avec le Royaume-Uni et l’Italie, il aura eu le temps d’endosser un dernier rôle inattendu, celui de porteur de la première arme de frappe longue portée conçue par le Japon depuis 1945. Reste la vraie question, à laquelle aucune photo ne répondra : jusqu’où Tokyo est-il prêt à pousser cette logique de dissuasion offensive, dans une région où le moindre missile déplacé peut se lire comme une menace.

Sources :

  • The War Zone (TWZ), Japanese F-2 Fighter Appears With New Large Stealth Cruise Missile Under Its Wings, (30 juillet 2026)
    https://www.twz.com/air/japanese-f-2-fighter-appears-with-new-large-stealth-cruise-missile-under-its-wings
    Sur l’apparition du missile à Gifu, son identification probable comme Type 25 air-lancé et la panoplie standoff japonaise (Tomahawk, JSM, JASSM).
  • The Aviationist, Japan Begins Captive-Carry Flight Tests Of Air-Launched Type 25 Anti-Ship Missile, (30 juillet 2026)
    https://theaviationist.com/2026/07/30/japan-captive-carry-air-launched-type-25/
    Sur les essais en emport captif du 30 juillet, la filiation Type 12 amélioré / Type 25 et la désignation encore inconnue (ASM-4 évoqué).
  • Japan Times, Japan’s ‘counterstrike capability’ takes shape with missile deployments, (31 mars 2026)
    https://www.japantimes.co.jp/news/2026/03/31/japan/japan-sdf-missiles-counterstrike/
    Sur la redésignation Type 25, la capacité de contre-frappe et la rupture avec la posture exclusivement défensive.
  • USNI News, Japan Deploys New Hypersonic, Anti-ship Missiles, (1er avril 2026)
    https://news.usni.org/2026/04/01/japan-deploys-new-hypersonic-anti-ship-missiles
    Sur la distinction entre le Type 25 antinavire subsonique et le Type 25 HVGP hypersonique, et le déploiement à Kengun (Kyushu).

Crédits photo de mise en avant : @AKEBOVO

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