Encore une fois déçue de son partenariat avec l’Allemagne, la France va devoir miser sur son plan B pour son nouveau char d’assaut avec le CAPINT

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Guillaume Aigron

Guillaume Aigron

Encore une fois déçue de son partenariat avec l'Allemagne, la France va devoir miser sur son plan B pour son nouveau char d'assaut avec le CAPINT

Le 17 juillet 2026, le char franco-allemand du futur a été discrètement vidé de sa substance.

Le verdict est tombé à l’issue du Conseil franco-allemand de défense et de sécurité, réuni à Brühl et sur la base aérienne de Nörvenich, près de Cologne.

Interrogés sur l’avenir du MGCS, le programme de char commun censé remplacer les Leopard 2 allemands et les Leclerc français, Paris et Berlin n’ont plus évoqué qu’une vague coopération sur des « technologies indépendantes de la plateforme ».

Traduction : le châssis unique qui fondait tout le projet n’est plus à l’ordre du jour. Les observateurs allemands y ont lu ce que chacun pressentait… la fin de fait du char commun.

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La France n’avait pas attendu le constat de décès du MGSC et a déjà son plan B, un char baptisé CAPINT

Un char commun qui n’avançait plus

Lancé en 2017, le MGSCS devait doter les deux armées d’une famille de blindés de nouvelle génération bâtie sur un châssis partagé, à l’horizon 2040. L’arrivée de Rheinmetall dans le tour de table en 2019 a bouleversé un équilibre industriel déjà précaire.

Les négociateurs ont bien signé un accord en 2024, découpant le programme en huit « piliers » de développement, mais le plus sensible d’entre eux, celui de la tourelle et du canon, est resté bloqué : incapables de s’accorder sur une architecture commune, les deux pays ont préféré développer chacun la sienne. Le projet accusait déjà une dizaine d’années de retard.

Un  pendant terrestre du SCAF (système de combat aérien du futur) dont nous vous avons assez parlé sur ce site et qui est également « mort-né » en raison de différents entre Dassault et Airbus.

L’Allemagne est la grande absente de cette nouvelle alliance européenne qui souhaite mutualiser les flottes d’A400M alors qu’elle a la plus grande du monde

Le CAPINT, la réponse française

Heureusement, Paris avait pour une fois senti le mur arriver et avait pris les devants. Dès le salon Eurosatory, à la mi-juin 2026, le groupe KNDS a dévoilé le CAPINT, présenté comme la capacité intérimaire de l’armée française en attendant l’hypothétique MGCS.

L’engin s’appuie sur des briques déjà éprouvées. Son canon ASCALON a tiré quelque 300 obus en essais et réalisé, en janvier 2026 au Portugal, une première mondiale : un tir dynamique depuis une tourelle entièrement téléopérée, sans personne à l’intérieur.

Le char CAPINT a été présenté lors d'Eurosatory 2026 - crédit : Forum-Militaire.fr
Le char CAPINT a été présenté lors d’Eurosatory 2026 – crédit : Forum-Militaire.fr

Le char CAPINT en fiche :

Caractéristique Détail
Désignation CAPINT (capacité intérimaire), proposé par KNDS
Châssis Dérivé du Leopard 2 A8 (KNDS Germany), moteur de 1 500 chevaux
Tourelle Inhabitée et téléopérée, ASCALON de KNDS France
Armement principal Canon de 120 mm à chargement automatique, évolutif vers 140 mm
Équipage Trois hommes dans une « citadelle » blindée à l’avant
Compatibilité Munitions OTAN standard de 120 mm
Cible Environ 200 véhicules pour l’armée de Terre
Calendrier Premières livraisons dans les années 2030

Un cœur français sur un châssis allemand

Ce « plan B tricolore » roulera toutefois sur un châssis dérivé du Leopard 2 allemand (déjà éprouvé). La souveraineté française se logera ailleurs, dans ce qui compte le plus : la tourelle inhabitée et le canon ASCALON, conçus par KNDS France, l’ancien Nexter.

Les responsables français ne présentent pas le CAPINT comme un simple bouche-trou. Ils y voient les premières briques d’une nouvelle génération de blindés, susceptible de devenir entièrement française si la coopération avec l’Allemagne devait définitivement capoter (on est rarement déçu à ce niveau là). Le canon de 120 mm, compatible avec toutes les munitions de l’OTAN, est d’ailleurs conçu pour évoluer un jour vers un calibre de 140 mm, celui-là même qui était envisagé pour le MGCS.

Une façon de garder toutes les portes ouvertes.

L’Allemagne veut prolonger la durée de vie de ce « vieux » chasseur pour pallier l’échec de la coopération avec la France sur le SCAF

Pourquoi la France ne pouvait plus attendre

L’urgence était réelle d’avoir une nouvelle option pour l’armée de Terre. Les Leclerc, entrés en service dans les années 1990, arriveront en bout de course autour de 2038-2040, quand le MGCS ne pointait pas avant la décennie suivante. Entre les deux s’ouvrait un trou capacitaire que nul stratège ne pouvait accepter, à l’heure où la Russie a rappelé que la guerre de haute intensité et le char de bataille n’appartenaient pas au passé. La ministre des Armées, Catherine Vautrin, avait confirmé dès le printemps le financement d’une capacité intérimaire ; l’arbitrage interne a fini par trancher en faveur de la tourelle française sur châssis allemand.

Cette accélération s’inscrit dans un effort budgétaire massif. La France prévoit d’augmenter son budget de défense de 36 milliards d’euros sur quatre ans, pour atteindre 76,3 milliards d’euros par an d’ici la fin de la décennie. De quoi financer, en parallèle des grands programmes, ce char de transition que Paris veut voir rouler sans tarder.

Reste que ce cavalier seul a un prix. En avançant sur son char national, la France affaiblit un peu plus le projet commun qu’elle assure ne pas vouloir enterrer, tandis que Berlin poursuit de son côté ses propres travaux avec Rheinmetall. Deux chars nationaux là où l’Europe rêvait d’un seul : peut-être l’aveu que, sur les grands programmes terrestres comme dans les airs avec le SCAF, Paris et Berlin ne savent plus vraiment construire ensemble.

Le CAPINT roulera. La question est de savoir s’il sera le socle d’une ambition française retrouvée, ou une pierre tombale de plus sur le rêve d’une défense européenne intégrée.

Sources :

  • Présidence de la République, Conclusion du Conseil franco-allemand de défense et de sécurité, (17 juillet 2026)
    https://www.elysee.fr/en/emmanuel-macron/2026/07/17/conclusion-of-the-franco-german-defence-and-security-council-1 /
    Relevé officiel des décisions du Conseil : coopération nucléaire, alerte spatiale, frappe de précision et avenir des programmes communs.Analyse du recentrage du MGCS sur des technologies « indépendantes de la plateforme » et présentation du CAPINT.
  • European Security & Defence, CAPINT: The French Interim Solution on the Path to MGCS, (16 juin 2026)
    https://euro-sd.com/2026/06/news/exclusive-news/51443/capint-the-french-interim-solution-on-the-path-to-mgcs /
    Fiche technique du CAPINT : châssis Leopard 2 A8, tourelle inhabitée ASCALON, canon de 120 mm et calendrier de livraison.
  • The War Zone, Interim Main Battle Tank Unveiled As Future European Tank Project Slips, (16 juin 2026)
    https://www.twz.com/land/interim-main-battle-tank-unveiled-as-future-european-tank-project-slips /
    Sur le concept de tourelle française montée sur châssis allemand et l’évolution possible du canon vers le calibre de 140 mm.
  • The National Interest, NATO’s Franco-German Joint Tank Program Isn’t Going Well, (11 avril 2026)
    https://nationalinterest.org/blog/buzz/natos-franco-german-joint-tank-program-isnt-going-well-ps-041126 /
    Sur le retard d’une décennie du MGCS et l’annonce, par Catherine Vautrin, d’un char intérimaire prioritaire.

Image de mise en avant : Un char Leclerc XLR à Eurosatory 2026 – crédit : Forum-Militaire.fr

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